Laissons les tendances de côté et intéressons-nous à l’originalité. Avec Adopte un Créatif, vous allez découvrir des passionnés, des créatifs, des youtubeurs / youtubeuses méconnu(e)s qui font l’actualité du web. Pour ce nouveau numéro, je suis parti à la rencontre de Matthieu, auteur de la chaîne Le Coin du Bis.

Depuis le lancement de la chronique, je souhaitais proposer un numéro avec ‘Le Coin du Bis‘. Si vous êtes des lecteurs attentifs vous avez sans doute remarqué que son nom ressort régulièrement. La chaîne ‘Le Coin du Bis‘ a pour but de faire découvrir (ou redécouvrir) le Bis, ce cinéma complètement fou qui reste encore malheureusement assez méconnu. Dans une ambiance eighties / vidéoclub, Matthieu, son auteur, vous parle de ces films que vous ne verrez plus jamais à la télévision, que la critique de l’époque a souvent démoli mais qui méritent infiniment que l’on se penche dessus.

Bonjour Matthieu, merci de participer à notre chronique ‘Adopte un Créatif’. Dans le cas où il y aurait des internautes ignorant ton actualité peux-tu te présenter et nous rappeler ton parcours ?

Matthieu : Merci pour ton invitation ! Alors pour faire simple, j’écris et réalise la chaîne YouTube Le Coin du Bis dédiée justement au cinéma bis et plus largement aux films de genre méconnus qui, selon moi, mériteraient d’être un peu plus mis en lumière. Tous les épisodes ont été tournés dans mon vidéoclub que j’ai tenu pendant 5 ans et que j’ai fermé il y a environ un an. En parallèle, je rédige quelques articles notamment pour le magazine lyonnais The Jelly Brain (Ndlr : Pour information, Quentin – rédacteur critique sur Eklecty-City – en est le rédacteur en chef).

Quelle est ta toute première expérience avec internet ?

Matthieu : Aussi loin que je me souvienne, ça devait être pour les débuts du net avec les modems 56k, les abonnements limités et toutes les conneries que l’on s’échangeait entre potes : la chanson « Ingénieur informaticien », la fameuse vidéo de l’alien qui chante « I will survive », le Star Wars kid… Mais concernant YouTube, je ne m’y suis intéressé que très tard. Je n’allais sur le site que pour voir des bandes annonces ou alors des vidéos virales à base de chats qui se cassent la gueule ! Le côté culturel, je ne l’ai découvert que bien après lorsque des amis ont commencé à m’expliquer le principe des chaînes et des abonnements.

C’est comme ça que j’ai découvert avec quelques années de retard les travaux du Joueur du Grenier, du Fossoyeur de films, d’Antoine Daniel, de Benzaie, d’Axolot et de beaucoup d’autres vidéastes…

Présente-nous ton univers :

Matthieu : Je suis passionné de cinéma de genre depuis l’enfance et j’ai grandi avec les films que l’on trouvait dans les vidéoclubs ou qui passaient sur Canal + dans les années 80 / 90. Dans ma collection de VHS, il y avait d’un côté les gros blockbusters devenus cultes aujourd’hui et de l’autre, des petits films moins faciles d’accès mais dont les résumés et les images promettaient toujours quelque chose de fou. Je voyais aussi des noms revenir très souvent : Christopher Lee, Mario Bava, Wes Craven, John Carpenter, Tsui Hark

Je ne le savais pas à ce moment-là mais j’avais déjà une forte attirance pour le cinéma bis ! Dans mon vidéoclub, j’avais un endroit spécialement dédié à ces films et petit à petit, cet endroit a pris de plus en plus de place. Il était situé dans un coin au fond du magasin – mon pseudo vient de là – et était encadré par de grands rideaux rouges, ce qui fait que la plupart des gens n’y allaient pas tout de suite, pensant qu’il s’agissait du coin porno ! Mais celles et ceux qui s’y sont aventurés revenaient fatalement me voir avec des questions sur ce qu’ils avaient vu.

« C’est quoi le bis ? C’est vraiment des bons films ? Vous pouvez nous conseiller quelque chose pour démarrer ? »…

Au fil des années, j’ai même eu des clients qui venaient de l’autre bout de la ville exprès pour me louer ces films-là et ça faisait rudement plaisir !

Qu’est ce qui t’a donné ta vocation ?

Matthieu : Pour le vidéoclub, c’est parti d’un constat tout simple : j’aime conseiller les gens. Et puis c’était aussi une espèce de pari en 2013 que de créer un vidéoclub qui puisse tenir face à Internet et au streaming. L’idée d’aller à contre-courant me plaisait bien… Tout le monde me donnait 6 mois d’existence, j’ai fait 5 ans. Ça n’a pas toujours été simple mais ça m’a ouvert pas mal de portes et j’ai pu faire des rencontres fabuleuses dont certaines ont été décisives pour la suite.

Pour la chaîne, ça s’est fait lentement. Pendant une nuit d’insomnie durant l’été 2015, je suis tombé sur une vidéo d’Antoine Daniel qui donnait des conseils pour se lancer sur YouTube. Je n’avais absolument pas l’intention de créer une chaîne à ce moment-là mais j’ai cliqué quand même… Dans sa vidéo, il disait surtout que si quelque chose n’existait pas sur la plateforme c’était signe qu’il fallait le créer immédiatement.

Gonflé à bloc, j’ai aussitôt cherché si une chaîne parlait de cinéma Bis et ne trouvant rien de concret, j’ai décidé de m’y mettre. A 6 heures du matin, j’avais la structure de mes 4 premiers épisodes et on a commencé le tournage du pilote en octobre. Une fois le montage terminé, j’ai ensuite hésité pendant des mois à publier la vidéo, de peur de retours négatifs mais au final ça s‘est plutôt bien passé.

Quelle a été la réaction de tes proches ?

Matthieu : Je pense que mes parents ne savent toujours pas ce qu’est le bis ! Ils ne regardent pas vraiment ce qui se passe sur Internet donc ils suivent ça de très loin. Concernant mes amis, j’ai eu du soutien assez rapidement et même si la plupart ne vont pas forcément regarder les films dont je parle, je sais que je peux compter sur eux lorsque j’ai besoin d’un retour ou d’un conseil.

Quelle sont tes sources d’inspiration ?

Matthieu : Quand j’étais gamin, les présentations de Jean-Pierre Dionnet sur Canal+ me fascinaient. En l’espace de 2 minutes, on avait toutes les infos nécessaires et je me demandais comment on pouvait savoir autant de choses sur des films aussi peu connus ! Mais honnêtement, rien de tout ça n’aurait été possible si je n’avais pas découvert le Fossoyeur de Films. J’ai compris qu’il y avait un public pour ce type de contenu et que YouTube pouvait être une prolongation logique de ce que je faisais au quotidien dans mon vidéoclub : conseiller les gens et leur faire découvrir des films rares et décalés.

Quelle est ta première expérience de tournage ? Comment cela s’est passé ?

Matthieu : Le tout premier tournage s’est déroulé pendant une pause entre midi et 14 heures et c’était un beau bordel. Déjà parce que j’étais limité niveau temps, que je n’avais pas encore l’habitude d’être filmé et surtout parce que mon pote Olivier derrière la caméra ne se privait pas pour m’envoyer des vannes dès que je bafouillais ou faisais une erreur. Du coup, on a passé le plus clair de notre temps à rigoler et lorsqu’il a fallu rouvrir le vidéoclub, on avait presque rien tourné de valable. Au fil des épisodes, c’est heureusement devenu plus carré même si Olivier ne se prive toujours pas de balancer des vannes ! Il intervient même régulièrement dans les vidéos…

Quel a été ton meilleur moment de réalisation ? Le pire ?

Matthieu : Hormis les moments où l’on se marre sur les tournages, les instants que je préfère sont ceux qui se déroulent pendant le montage. Je n’en avais jamais fait auparavant – j’ai appris les bases via des tutoriels – et j’adore voir ce que j’ai en tête prendre forme. A l’inverse, l’étape qui m’agace le plus c’est tout ce qui concerne le mixage sonore, le choix des musiques, etc.

Quelles sont, dans tes vidéos, celles qui te semblent les plus intéressantes, qui te tiennent le plus à cœur, et pourquoi ?

Matthieu : Je suis mal placé pour juger lesquelles sont plus intéressantes que d’autres – d’autant que je ne regarde plus mes vidéos une fois publiées – mais celles que je préfère ou en tous cas que j’ai eu le plus de plaisir à monter sont celles sur la nunsploitation et Les Diables.

La nunsploitation a été l’occasion pour moi de plonger dans le film de nonnes, un des genres cinématographiques les plus obscurs et méprisés qui soit. Au fil de mes découvertes, je me suis rendu compte qu’il y avait là des merveilles absolues et qu’il fallait que j’en cite le plus possible !

Concernant Les Diables, le film aurait dû faire partie la vidéo sur la nunsploitation mais il y avait tellement de choses à dire dessus que j’ai choisi de le traiter à part et surtout de prendre mon temps pour l’aborder (il a fallu vérifier pas mal d’éléments et notamment des informations qui se contredisaient d’une source à une autre). Et puis l’histoire autour de ce film est tellement dingue…

Quel(s) conseil(s) donnerais-tu aux jeunes créatifs qui souhaitent partager leurs univers sur la toile ?

Matthieu : Si vous avez une passion et que vous souhaitez la partager d’une manière originale, lancez-vous. Il y aura toujours quelqu’un qui appréciera la même chose que vous et qui en parlera peut être autour de lui. A mon sens, l’important est d’être honnête avec ce que l’on fait et de ne pas oublier de se faire plaisir avant tout.

Si tu pouvais adresser un message à toi-même à l’âge de 10ans, lequel serait-ce ?

Matthieu : Tu as déjà fini tous les Sonic 15 fois donc pose ta Megadrive cinq minutes, sors et va t’acheter un magazine qui s’appelle Starfix.

Que ferais-tu avec un budget digne d’un blockbuster ?

Matthieu : Une adaptation en film de The Secret of Monkey Island. Sans Johnny Depp et avec de l’humour.

Nous faisons appel à ton esprit créatif. A toi de nous proposer quelque chose et de commenter.

Matthieu : Moulage effectué par un pote il y a quelques années. J’ai ça dans mon salon et j’aime bien voir la tête des gens qui le découvrent pour la première fois !

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Tu le sais, notre thématique est la Pop Culture. Que signifie pour toi la culture populaire ?

Matthieu : A mes yeux, la culture populaire équivaut à la culture tout court et elle n’a plus vraiment à prouver quoi que ce soit. La génération – la mienne en fait – qui a grandi avec tout ce qui est sorti dans les années 80 / 90 est en train de transmettre ça à ses enfants et plus personne n’ira contester l’importance qu’ont pu avoir des œuvres comme Watchmen, Star Wars, Mario Bros ou Half Life… Le simple fait que le terme geek ne soit plus connoté péjorativement aujourd’hui en dit quand même long sur l’évolution des choses.

Après, ma seule crainte est que cette culture stagne et finisse par s’auto-appauvrir à force de trop regarder dans le passé… J’aimerai que l’on tente un peu plus de choses nouvelles au lieu de refaire ce qui a été fait.

Quelles sont tes œuvres de référence dans la Pop Culture ?

Matthieu : Mon premier amour remonte à l’enfance : j’ai fait un blocage total sur SOS Fantômes à l’âge de 6 ans et j’ai dû voir ce film entre 120 et 150 fois (la dernière remonte à 10 jours). J’ai ensuite visionné tout ce que je pouvais qui avait un rapport de près ou de loin avec le fantastique et très rapidement Spielberg est devenu mon réalisateur préféré – comme beaucoup d’enfants des années 80 je pense ! Mais à part ce film et les doudous classiques – Gremlins, Retour vers le futur, Predator, Short Circuit, Terminator, Last Action Hero, La cité de la peur… -, je voue aussi un culte à Evil Dead, The Blues Brothers, Morse, Massacre à la Tronçonneuse, Mad Max Fury Road, Les Diables, 2001 l’Odyssée de l’Espace et surtout Mulholland Drive qui reste encore aujourd’hui la plus grosse claque que j’ai pris de ma vie dans une salle de cinéma.

Pour les séries, j’en regarde assez peu par manque de temps mais j’adore Twin Peaks, Game of Thrones, Breaking Bad, Millenium et Trailerpark Boys.

Ma série méconnue préférée : L’ours Maturin et la famille Wallace. Ça ne dure que 90 minutes mais si vous parvenez à voir tous les épisodes d’affilée sans saturer ou devenir dingue, vous avez toute mon admiration ! Concernant les jeux vidéo, j’ai grandi avec une Megadrive du coup j’étais plutôt team Sega. Je suis passé ensuite au PC et j’ai pas mal bloqué sur les point and click comme Day of the Tentacle, Sam & Max, Phantasmagoria, Sanitarium ou la saga des Monkey Island (le deuxième étant mon œuvre préférée, tous médias confondus).

Les derniers jeux à m’avoir marqué sont The Witness, le nouveau God of War et Thimbleweed Park.

Et quelles sont tes attentes ?

Matthieu : Je me rends compte que j’ai assez peu d’attentes pour 2019… La dernière fois où j’ai compté les jours avant la sortie d’un film ça devait être pour Ready Player One. Je vais citer en vrac Il était une fois à Hollywood, le nouveau Godzilla, la série Too Old To Die Young de Nicolas Winding Refn, Midsommar et la suite du Fils d’El Topo en BD.

En fait, j’attends surtout de revoir en salles Ne Coupez Pas ! que j’ai découvert dans un festival en avant-première. Ca sort le 24 avril et c’est la comédie la plus géniale de ces 5 dernières années !

Un mot sur ton actualité ? Tes projets en cours ?

Matthieu : Actuellement, la chaîne est en pause. En réalité,c’est une pause un peu obligatoire vu que j’ai vendu le local dans lequel je tournais mes vidéos mais du coup, j’en profite pour lire et voir tout ce que j’avais mis de côté depuis un moment… Je serai aussi présent lors du Festival des Intergalactiques fin avril. En parallèle, je réfléchis au futur de la chaîne et aussi à la forme qu’elle prendra… Ce ne sont pas les idées de sujets qui manquent par contre !

A quel autre créatif souhaiterais-tu voir poser ces questions ?

Matthieu : J’aurai pu citer pas mal de créateurs qui sont déjà passés avant moi dans cette rubrique ! J’aime également beaucoup ce que font Romain Houlès, les Masebrothers, Conneries sur VHS, Azz l’épouvantail, MisterFox, Gorkab et plein d’autres que j’oublie forcément… Mais histoire de sortir un peu du cinéma de genre, j’aimerai mettre en avant Le Bizarreum. C’est une chaîne de vulgarisation qui traite de la mort de manière intelligente donc si vous aimez l’histoire et l’archéologie, il faut que vous alliez voir ça. La jeune femme qui dirige la chaine est une passionnée et vu la difficulté du sujet traité, elle mérite tout notre soutien.

As-tu beaucoup de retour des personnes qui te suivent ?

Matthieu : J’essaye de lire tous les commentaires qu’on me laisse et de prendre en compte les remarques. Pour le moment, j’ai la chance d’avoir une communauté vraiment cool et surtout très curieuse de découvrir des œuvres atypiques. Pour les dernières vidéos, je craignais que les sujets évoqués par certains films en fassent fuir quelques-uns mais au final il n’y a pas eu de soucis. Mais je crois que les retours que je préfère sont ceux où la personne me parle de la claque ressentie devant le visionnage de tel ou tel film. Comme dans le vidéoclub en fait : j’adorais le moment où le DVD revenait et où je voyais que la personne avait apprécié alors qu’elle ne connaissait pas forcément le film à la base.

Tes fans te soufflent des idées parfois ?

Matthieu : Je ne sais pas si le mot fan est vraiment approprié, disons que j’ai plutôt affaire à des gens curieux ! Mais dans les commentaires, on me demande souvent si je peux traiter tel ou tel sujet. Ceux qui reviennent le plus sont le giallo, le western italien et les films de la Hammer. Soit pile les trois sujets que je refuse de faire pour le moment ! Trop gros, trop complexes, trop attendus et pas franchement utiles vu qu’il y a déjà des documentaires très complets qui existent sur le sujet. Je préfère garder ça pour plus tard, le temps de trouver un angle d’attaque original, et me focaliser sur d’autres œuvres ou genres beaucoup moins populaires. Mais à l’inverse, c’est déjà arrivé que je change de sujet de vidéo suite à la lecture d’un commentaire !

Que voudrais-tu dire à tous tes fans et aux prochains ?

Matthieu : Merci énormément pour tous vos retours, continuez de découvrir un maximum de films et soyez patients, la suite arrive. Je ne sais pas quand mais elle arrive !

Pour terminer, quelle question aurais-tu souhaité que l’on te pose et qu’aurais-tu répondu ?

Matthieu : – ‘Que réponds-tu aux personnes qui qualifient Netflix de vidéoclub d’aujourd’hui ?’
– ‘Vous n’avez jamais foutu les pieds de votre vie dans un vidéoclub.’

Encore une fois merci Matthieu d’avoir participé à Adopte un Créatif.

Matthieu : Merci également !

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Propos recueillis par Thomas O. pour Eklecty-City.fr, qui remercie Matthieu / Le Coin du Bis, de s’être prêté au jeu d’une interview.

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