Laissons les tendances de côté et intéressons-nous à l’originalité. Avec Adopte un Créatif, vous allez découvrir des passionnés, des créatifs, des youtubeurs / youtubeuses méconnu(e)s qui font l’actualité du web. Pour ce nouveau numéro, je suis parti à la rencontre de Chris, auteur de la chaîne ComiXrayS.

Passionné de bande dessinée américaine depuis son plus jeune âge, Chris partage son amour des super-héros et des collants ! Avec ComiXrayS, il s’adresse autant aux néophytes qu’aux lecteurs avertis, le but est de faire découvrir au plus grand nombre une face cachée de la bande dessinée américaine, que ce soit au travers d’anecdotes sur des personnages connus de tous, ou via la représentation de phénomènes de société bien réels dans les pages des comic books. Rencontre avec une encyclopédie des comics.

Bonjour Chris, merci de participer à notre chronique ‘Adopte un Créatif’. Dans le cas où il y aurait des internautes ignorant ton actualité peux-tu te présenter et nous rappeler ton parcours?

Chris : Salut et merci de me laisser l’opportunité de parler de mon humble travail !

Je ne vais pas vous faire un plan sur ‘ma vie, mon œuvre’, mais pour résumer, j’ai créé en 2013 une chaîne qui s’appelle ComiXrayS, sur laquelle je parle de comics. Je reviens sur le rapport de la bande dessinée américaine à la société, sur des histoires un peu WTF, ou juste sur les lectures qui m’ont marqué.

J’ai commencé la vidéo en 2010, avec mon frère, aujourd’hui, il réalise des courts-métrage sur sa chaîne : Tilt Trip. Allez voir à vos risques et périls.

Pour ce qui est de la formation, j’ai pas grand-chose à dire. Je suis un mec qui monte des vidéos ‘dans sa chambre’. Encore aujourd’hui, je suis seul aux commandes de la chaîne, ce qui me va très bien !

Quelle est ta toute première expérience avec internet ?

Chris : Pour commencer, je suis vieux, j’ai donc grandi à l’époque où il n’y avait ni internet, ni téléphones portables. Ma culture s’est construite avec la télé et le cinéma, plutôt qu’avec internet. Ça paraît bête, mais aujourd’hui, on parle à des générations qui n’ont pas connu le monde ‘sans internet’ et c’est une grosse différence.

Comme tout le monde, j’ai eu un blog, puis j’ai écrit pour des sites, et j’ai fini par faire de la vidéo. J’ai toujours parlé de comics, de ciné, de musique. Je pense que quand on aime produire du contenu, le support importe peu.

Mon but a toujours été de partager ce que j’aimais. Aujourd’hui, on parle beaucoup ‘d’influencers’, et je pense qu’à notre échelle, nous sommes tous des ‘influencers 1.0’. Pas besoin d’avoir des milliards de followers pour propager la bonne parole. Si tu conseilles un truc à un copain autour d’un verre et qu’il s’y intéresse, c’est déjà gagné.

Présente-nous ton univers :

Chris : ComiXrayS est une sorte de jeu de mot, une contraction pourrie trouvée par mon frère, que je remercie au passage, un mix entre ‘comics’ et ‘X-rays’, les rayons X, ce qui explique le slogan : ‘L’émission qui lit à travers les pages de vos comics‘.
Il y a aussi une petite référence déformée aux ‘cosmic rays’, les rayons cosmiques qui ont transformés les Fantastic Four chez marvel.

Ouais, c’est totalement perché. (Rires)

L’idée derrière l’émission est vraiment de pousser les gens à s’intéresser aux comics au-delà de leur aspect primaire, fait de super-héros en slip colorés qui se foutent sur la gueule. Je voulais montrer que la bande dessinée, même lorsqu’elle paraît simpliste, véhicule toujours un message.

Qu’est ce qui t’a donné ta vocation ?

Chris : Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours eu des livres entre les mains, avant même de savoir lire. J’ai grandi devant le Batman de Burton, le film des Tortues Ninja de 1990, le dessin animé Spider-Man, etc. De façon assez logique, je me suis tourné vers les BD d’où venaient ces héros.

Entrer dans le monde des comics est un exercice qui paraît insurmontable à certains, car c’est un univers incroyablement riche et tentaculaire. Je pense que c’est cette richesse et mes connaissances forcément lacunaires au début qui m’ont poussées à continuer, à en apprendre toujours plus. Comme je le disais, à l’époque, pas d’internet pour aller voir la fiche Wikipédia d’un personnage. Donc il fallait lire, encore et encore, jusqu’à comprendre tous les tenants et les aboutissants d’une intrigue.

Quelle a été la réaction de tes proches ?

Chris : J’ai la chance d’avoir grandi dans un milieu culturel riche et ouvert. On ne m’a jamais dit de ne pas m’intéresser à quelque chose. J’ai grandi dans un mélange de cinéma de genre, de Metal et de jeux vidéo. Tout ce qui rend les enfants ultra-violents et les transforme en tueurs en série d’après certains experts. Je m’en sors pas trop mal du coup !

Quelle sont tes sources d’inspiration ?

Chris : J’ai passé mon adolescence devant Game One et ce genre de petites chaînes qui faisaient tout avec trois fois rien. Marcus, El Didou, Jean-Pat et leurs copains ont été des modèles, pas du tout scolaires. Je pourrais aussi te citer quelqu’un comme Yannick Dahan, une référence en cinéma et en animation pour moi, il est incroyablement communicatif.

Plus tard, avec l’arrivée des vidéastes sur internet, j’ai rapidement découvert le travail de l’Angry Video Game Nerd, du Joueur du Grenier, de Karim Debbache, ou des mecs de ‘Merci Qui ?‘ sur Allociné. Mes potes Punky et Matt de La Sélection Comics sont aussi des modèles d’intégrité et d’indépendance pour moi.

Je ne sais pas si ça m’a vraiment donné envie de faire de la vidéo, mais ces gens ont influencé ma façon de faire, mon état d’esprit.

Quelle est ta première expérience de tournage ? Comment cela s’est passé ?

Chris : Sûrement quand j’avais 6-7 ans, avec le caméscope familial ! (Rires)
Sinon, comme je le disais, j’ai commencé la vidéo avec mon frère, à grands renforts de costumes pourris, dans une émission qui s’appelait ‘Arrête ou mon Geek va Tirer !‘.

De très bons souvenirs, on se marrait beaucoup. C’était un autre Youtube à l’époque. Personne n’avait de plan de carrière ou n’espérait gagner de l’argent, c’était de l’amusement pur et dur.

Quel a été ton meilleur moment de réalisation ? Le pire ?

Chris : Difficile à dire. Il m’arrive de me taper des fou-rire tout seul en tournant, quand je suis particulièrement fier d’une mauvaise blague. Ça doit être très gênant vu de l’extérieur.
Tourner dans des conditions « live », en convention par exemple, est un exercice assez intéressant aussi.

Pour le pire, je dirais que tourner une vidéo avec la grippe est une mauvaise idée. Ne le faites pas.

Quelles sont, dans tes vidéos, celles qui te semblent les plus intéressantes, qui te tiennent le plus à cœur, et pourquoi ?

Chris : C’est un peu mégalo de juger son propre travail, je pense surtout que chaque thème parle à des gens différents.
Mais j’ai particulièrement apprécié creuser le comportement des lecteurs eux-mêmes.
On m’a souvent demandé une vidéo sur ma collection, par exemple. Et au lieu de ça, j’ai plutôt cherché à expliquer le comportement des collectionneur et leur intérêt à entasser des milliers de bouquins chez eux. C’est une attitude moins matérialiste qu’elle en a l’air !

Quel(s) conseil(s) donnerais-tu aux jeunes créatifs qui souhaitent partager leurs univers sur la toile ?

Chris : S’efforcer d’être originaux et s’affranchir des codes, même si le système encourage à faire tout le contraire. Garder une personnalité est super important, face à l’uniformisation des plateformes.
Reprendre et détourner ses codes pour faire passer un vrai message est peut-être la solution.

Si tu pouvais adresser un message à toi-même à l’âge de 10ans, lequel serait-ce ?

Chris : ‘Fonce, oublie que t’as aucune chance ! (Rires)

Que ferais-tu avec un budget digne d’un blockbuster ?

Chris : Bah… Un blockbuster ? Plus sérieusement, je crois que j’essaierais plutôt de bien m’entourer et de faire bosser des gens méritant et talentueux sur un beau projet, même s’il ne serait pas forcément rentable. Un truc d’utopiste quoi. C’est pour ça qu’on me filera pas le budget d’ailleurs ! (Rires)

Nous faisons appel à ton esprit créatif. A toi de nous proposer quelque chose et de commenter.

Chris : En général, quand on me demande un dessin, par instinct, je fais une bite. Je ne suis pas sûr que ce soit vraiment constructif… (Rires)

Tu le sais, notre thématique est la Pop Culture. Que signifie pour toi la culture populaire ?

Chris : Aujourd’hui, la Pop Culture est un paradoxe. « Geek » est passé d’insulte à mode de vie.

Le jeu vidéo, accusé un temps de tous les maux, est aujourd’hui le secteur de divertissement le plus rentable.
Les super-héros, que l’on trouvait ringards il n’y a encore pas si longtemps, remplissent les salles de cinéma et battent tous les records.
Pourtant, face aux millions d’entrées en France, un éditeur hexagonal qui vend 4000 ou 5000 exemplaires d’un comics de super-héros réalise déjà un chiffre plus que correct, surtout si on parle de licences plus secondaires.

De ce fait, elle est aussi de plus en plus fragmentée. À ses opposants classiques, se revendiquant plus intelligents que la plèbe, se rajoutent maintenant des puristes, gardiens du temple, qui jugent du bon goût des choix artistiques dans tous les domaines de la Pop Culture.

La Pop Culture, c’est du rêve, du divertissement, la stimulation de l’imaginaire… Mais aujourd’hui, c’est aussi une grosse machine à fric.

Difficile de conserver un esprit critique pour les uns et de rester objectif pour les autres.
La quête de l’équilibre, c’est quelque chose de très compliqué.

Quelles sont tes œuvres de référence dans la Pop Culture ?

Chris : La liste est interminable. Pour le ciné, je suis un adepte des années 1980 : Robocop, Terminator, et tous les films avec Schwarzenegger d’ailleurs, Mad Max 2 a aussi été une claque incroyable quand j’étais gamin.

Le film des Tortues Ninja de 1990 est pour moi l’une des meilleures adaptations de comics, et Incassable de Shyamalan, l’un des meilleurs films de super-héros. J’en ai déjà parlé en vidéo.

En jeu vidéo, Metroid, Zelda ou Castlevania sont mes sagas cultes.

La musique a aussi une place très importante dans ma culture, et au sens très large, du Doom Metal à Georges Brassens. J’ai lu récemment que nos goûts musicaux devenaient définitif vers 27 ans. J’ai dépassé cette limite il y a 4 ans et je découvre encore des choses, dans plein de styles différents.
Je pense que c’est important rester ouvert à la découverte culturelle tout au long de sa vie, et d’en faire un mode de vie, même.

Et quelles sont tes attentes ?

Chris : Actuellement, sans aucun doute la série Watchmen de HBO. Je suis un très grand fan du comics, ça me rend forcément curieux.

Aujourd’hui, après 22 films, que penses-tu du Marvel Cinematic Universe ?

Chris : Qu’il rapporte assez d’argent pour en faire 22 autres ! Ahah !

Le MCU, c’est compliqué : la plupart des fans n’ont jamais ouvert une BD, et si tu oses critiquer un film publiquement, tu es soit un élitiste qui empêche les gens de s’amuser, soit tu n’as rien compris.
C’est un univers de divertissement bien construit, mais avec ses défauts et ses failles, inhérentes au cinéma. Tout n’est pas parfait, et même décevant quelques fois.

Mais jamais je ne me serais imaginé ça quand j’avais 10 ans et que j’étais le seul gosse de mon école à lire des comics. Quand je vois aujourd’hui des familles entières courir dans les salles de cinéma et vibrer pour un film de super-héros, ça me fait forcément plaisir !

Un avis sur les films DC Comics depuis Suicide Squad ?

Chris : Je suis très fan de Zack Snyder, de son travail sur Watchmen, Man of Steel ou BvS. Le fait que DC/Warner tente de prendre un virage « à la MCU » ne m’a pas trop emballé.

Wonder Woman ou Aquaman sont des films plus lisses, plus calibrés pour plaire à tout le monde. Ça ne veut pas dire qu’ils sont mauvais, mais ils sont sans saveur particulière.

Quant à Justice League, j’en ai entendu beaucoup de mal, alors que finalement, le film est surtout un pétard mouillé. Il est décevant car tout le monde s’attendait à quelque chose de grandiose, et qu’au final, le film est plat et linéaire. Mais il ne mérite pas les torrents de haine qu’il a reçu.

Concernant les séries DC et Marvel, dirais-tu qu’il y a plus de prises de risques à la télévision qu’au cinéma ?

Chris : Pas forcément plus de prises de risques, mais peut-être un peu plus de liberté. Les séries Marvel de Netflix pouvaient être plus violente que les films du MCU. Les séries DC de la CW peuvent utiliser des personnages secondaires plus librement, car le public les connaît moins.

Ça ne fait pas de ces séries des chefs-d’œuvre, en général, mais beaucoup ont leur charme. Ou alors je suis bon public et je me laisse facilement prendre au jeu !

Un mot sur ton actualité ? Tes projets en cours ?

Chris : J’ai sorti récemment le cinquantième et dernier épisode de ComiXrayS. Après presque 6 ans, il était temps de passer à autre chose et de bosser sur de nouvelles idées.

Avec la sortie de la série HBO, je vais consacrer une série de vidéos à Watchmen. Je pourrais parler des heures de Watchmen, et c’est ce que je vais faire ! (Rires)

A quel autre créatif souhaiterais-tu voir poser ces questions ?

Chris : Romain d’Arkéotoys ! Ou Punky ! Ce sont des gars passionnants ! Et au moins aussi bavards que moi ! Vous voilà prévenus !

As-tu beaucoup de retour des personnes qui te suivent ?

Chris : Il y a une communauté très active sur les chaîne et les réseaux sociaux. Même si on ne fait pas ça pour être une star, ça fait forcément plaisir de voir que les gens sont au rendez-vous, partagent, donnent leur avis. De voir que notre travail sert à quelque chose, en somme.
Quand les gens me disent qu’ils ont lu tel ou tel comics à cause de moi, je suis toujours super content. Leur banquier beaucoup moins.

Tes abonnés te soufflent des idées parfois ?

Chris : Il arrive que les gens réclament que je traite certains sujets, mais je dois avouer que jouissant du totale indépendance, je suis le seul à choisir mes thèmes, au final.

Par contre, je trouve toujours très intéressant de pouvoir échanger avec les gens dans les commentaires de la vidéo. Certains abonnés ont vraiment une excellente connaissance de la bande dessinée américaine et moi-même j’apprends beaucoup en faisant ces vidéos.

Que voudrais-tu dire à tous tes abonnés et aux prochains ?

Chris : Que je compte sur eux pour avoir de saines lectures !

Pour terminer, quelle question aurais-tu souhaité que l’on te pose et qu’aurais-tu répondu ?

Chris : Je sais que beaucoup se demandent quel est mon secret pour être aussi beau, drôle et pertinent. Je dirais simplement que je reste moi-même. (Rires)
C’est important, restez vous-même !

Encore une fois merci Chris d’avoir participé à Adopte un Créatif.

Chris : Et bien merci à vous ! Vous avez mon adresse mail pour le Paypal ? (Rires)

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Propos recueillis par Thomas O. pour Eklecty-City.fr, qui remercie Chris / ComiXrayS, de s’être prêté au jeu d’une interview.

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