Pas de compétition : tout le monde est gagnant. Au Festival Lumière 2017, on célèbre un cinéma que l’on aime et des artistes que l’on estime. À l’honneur cette année, le réalisateur, scénariste et producteur hongkongais Wong Kar-wai. Chaque jour, Quentin vous fait le compte rendu du festival.

LUNDI 16 Octobre

Un film, des stars et une annonce

Ce lundi 16 octobre était un grand jour pour les cinéphiles lyonnais. En effet, il se tenait deux masterclass très attendues. À 11h30, celle de Tilda Swinton (Okja, Snowpiercer, Only Lovers Left Alive…) au cours de laquelle l’actrice confia qu’elle vécu une année entière en jouant aux courses de chevaux. À 15H, Guillermo Del Toro. Toujours accompagné de son inséparable ami Alfonso Cuaron – qui était dans le public – le réalisateur mexicain se confia avec une sincérité désarmante en abordant son enfance, la religion et sa foi dans l’art cinématographique. (entre autres)

Malheureusement, je n’y étais pas. Néanmoins l’occasion est trop belle pour ne pas rappeler aux intéressés que toutes les masterclass du festival sont disponible à la réécoute via le SoundCloud de Radio Lumière.

Donc j’ai vu un film

Une nouvelle fois présenté dans une copie restaurée d’excellente qualité – je ne cesse de le dire, mais c’est important de le souligner – je découvre Retour à la Vie. Sortie en 1949 et présenté dans le cadre de l’intégrale Henry-Georges Clouzot, Retour à la Vie est en réalité un film à sketch conviant pas moins de cinq réalisateurs français de l’époque. Chaque sketch aborde un « retour à la vie » pour des français exilés du pays à cause de la guerre 39-45.

Ainsi la première histoire confrontera une rescapée de Dachau qui, bien que traumatisée et affaibli, à la cupidité des membres de sa famille.
Dans la seconde – la plus faible d’entre toutes – un prisonnier de guerre fraîchement libéré se voit engagé comme Barman dans un hôtel réquisitionné par un groupe de femme militaire américaine.
Le troisième segment – celui réalisé par Clouzot – sera le meilleur et de loin. Injustement accusé de collaboration, le réalisateur règle ses comptes avec la France bien-pensante. Mais c’est surtout la seconde moitié du sketch qui est remarquable. En tentant de protéger un allemand évadé, le personnage principal – joué par Louis Jouvet, impérial – apprend que c’était un ancien tortionnaire. S’en suit alors un huis-clos dans lequel Clouzot s’interroge sur la nature du « mal », sa banalité et comment ce dernier s’insinue chez les hommes. Une sketch qui trouve encore une résonance aujourd’hui, bien malheureusement.
Ensuite la tension retombe pour une quatrième histoire plus légère et truculente mais néanmoins caustique. Un ancien soldat, artiste de cirque dans le civil, va avoir les mauvaises surprises d’apprendre que sa femme l’a quitté et que son appartement est occupé par un couple de réfugiés et leurs enfants. Le film s’attache ainsi à traduire les traitements assez hypocrite et peu reconnaissant réservé aux soldats qui revenaient du front.
Enfin dans la dernière histoire, un prisonnier de guerre revient dans son village natal accompagné d’une épouse… allemande. Forcément cette dernière aura énormément de mal à se faire accepter par les membres du village. Au point conduire à un événement tragique.

À boire et à manger donc parmi ces cinq sketch. Malgré tout, tous sont intéressants à leur façon. De plus, ils bénéficient d’acteurs de renom : Bernard Blier, François Périer, Louis Jouvet, Noël-Noël, Serge Reggiani, Anne Campion, etc… Belle découverte donc.

À 20h, un coup de tonnerre retenti. « Le cinéma est mort. Faisons dix secondes de silence. » Le chronomètre en main, Nicolas Winding Refn, malicieux, a un truc à nous dire. « Maintenant, fêtons la résurrection du cinéma. » Ouf. On a eu peur…
C’est donc avec tout l’égocentrisme qu’on lui connaît que le réalisateur danois a tenu à annoncer son nouveau projet au Festival Lumière. « Il me paraissait important que cette résurrection prenne vie là ou le cinéma est né. » La première étape ? Le lancement, dès février 2018, d’une plate-forme de streaming, intitulée byNWR.com. Cette dernière sera dédiée à la mise en ligne de films atypiques, méconnus ou oubliés. Généreux, le réalisateur assure la gratuité totale des films. À raison d’un par mois – enfin, trois par trimestre – ces derniers seront uploadés dans des version restaurées aux frais du cinéaste et disponible à volonté.
Encore mieux, le site sera proposé dans un grand nombre de langues – dont le français – et chaque film sera sous-titré. « Le futur du cinéma c’est internet. Aujourd’hui tout le monde regarde des films sur son ordinateur, voir même sur son smartphone. C’est ici qu’il faut-être. » Quand on lui demande s’il entend par là que les salles de cinéma sont dépassées, l’intéressé répond : « Regarder un film, c’est comme faire l’amour. On peut le faire de plein de manières différentes. Il n’y en pas une meilleure que l’autre. Par contre, la mienne est beaucoup plus moderne. »

Les chanceux présent à la présentation ont donc eu la chance de découvrir les deux premier films à être mis en ligne :

The Nest of the Cuckoo Birds en février 2018. « Ce film n’a été vu par personne. Mais les Cramps ont écrit une chanson dessus et c’est est devenu une légende. Le poster original a été vendu 8000 dollars. Il y a 18 mois, j’ai reçu un coup de fil du département cinéma d’Harvard, me disant qu’ils avaient trouvé une copie dans les caves d’un vieux cinéma. La restauration m’a coûté 30 000 dollars. Ensuite j’ai vu le film… *regard dépité* Disons que je n‘avais jamais rien vu de pareil ! C’est comme un film de John Waters sans John Waters. C’est le seul film de Bert Williams mais son nom est mentionné au générique un nombre de fois incalculable. C’est le travail d’un artiste. La vie de Bert Williams est passionnante. Pour accompagner la mise en ligne, il y aura de la documentation et des photos sur le site. Pour imaginer le cinéma du futur, il faut comprendre celui du passé.« 

Puis Night Tide de Curtis Harrington – avec Dennis Hooper au casting quand même. Ces derniers seront rejoint par d’autres bizarreries qui raviront à coup sûr les cinéphiles les plus aventureux.

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