Festival Lumière 2017 : C’est samedi 14 octobre qu’a débuté la neuvième édition du Festival Lumière. Pour rappel, ce dernier fait la part belle aux films de patrimoines. Pas de compétition : tout le monde est gagnant. L’on y célèbre un cinéma que l’on aime et des artistes que l’on estime. À l’honneur cette année, le réalisateur, scénariste et producteur hongkongais Wong Kar-wai. Également présent quelques sommités. Guillermo Del Toro (accompagné de son ami Alfonso Cuaron), Tilda Swinton, William Friedkin et Michael Mann. Du beau monde donc.

Alors que donne cette fournée 2017 ?

SAMEDI 14 Octobre

À la recherche de Guillermo

Dès 17h le coup d’envoi officiel fut donné à la Halle Tony-Garnier par Thierry Frémaux et son équipe – plus tôt pour les festivaliers qui ont profité des premières séances. Tilda Swinton, Vincent Lindon, Guillermo Del Toro, Michael Mann, Pierre Richard, Marina Foïs, Gérard Jugnot, Catherine Frot… et bien sûr Eddy Mitchell, voici quelques-uns des parrains de cette neuvième édition qui ont foulé le tapis rouge lors de la soirée d’ouverture. Après un vibrant hommage à Jean Rochefort et Jerry Lewis, le film surprise est dévoilé. Il s’agira donc de La Mort aux Trousse d’Alfred Hitchcock présenté dans une superbe copie restaurée.

Pendant ce temps, dans la salle principal de l’Institut Lumière, c’est la nuit Del Toro qui se prépare. Le Labyrinthe de Pan, Hellboy, Cronos et Pacific Rim vont y être projeté d’affilé. Il paraît même que Guillermo Del Toro, himself va venir présenter ses œuvres.

Les fêtard quand à eux, trouveront leur bonheur sur la péniche Lumière – votre serviteur y était. L’occasion de croiser les « stars » dans un cadre moins strict que d’ordinaire. On retrouve des têtes connues. Laurent Gerra, par exemple, est un incontournable. Tout comme Vincent Lindon. Au jeu du Kamoulox cinématographique, on s’amuse de voir Alfonso Cuaron tailler bavette à Eric Lartigau. Ces dames ne sont pas en reste et l’on peut noter la présence de Ludivine Sagnier, Marina Fois et Michelle Laroque. Mais LA grande interrogation de la soirée reste : Est-ce que Del Toro va pointer le bout de son nez ? À deux heure du matin, j’apprends qu’il serait en train de chercher un moyen d’acheter de la rosette… À trois heure qu’il a prévu de ramener des croissants à l’institut Lumière pour les gens restés la nuit entière devant ses films. Résigné, l’évidence s’impose il ne viendra pas ce soir.

The-Shape-of-Water

DIMANCHE 15 Octobre

Une forme dans l’eau, des douilles sur le bitume

C’est une grande première mais cette année le Festival Lumière tente les avant-première. Pour une première l’effet n’est pas des moindres puisque c’est le très attendu Shape of WaterLa Forme de l’Eau – qui va être projeté. La salle est comble et électrique. Le public est passionné. Alfonso Cuaron, Tilda Swinton, Vincent Lindon, Laurent Gerra et Bertrand Tavernier sont également présent pour visionner le film. Guillermo Del Toro arrive pour l’introduction. Restant, vague, il annonce qu’il reviendra plutôt parler du film en fin de séance. Il tease malgré tout qu’il s’agit de son œuvre la plus adulte.

Effectivement. Deux heures plus tard il faut se rendre à l’évidence, le mexicain n’avait pas menti. Shape of Water est un film somme. Un conte, évidemment, qui conjugue tout ce qui fait le sel du cinéma de Del Toro. Sous un tonnerre d’applaudissement, c’est au bord des larmes que ce dernier remercie le public avant de se ressaisir. Il l’a dit : Shape of Water constitue à son sens un tournant dans son cinéma. C’était un enfant. Désormais c’est un adulte qui tente de parler en adulte de choses d’adultes. En plus d’être une œuvre vibrante sur la différence, le racisme, la peur de l’autre, Shape of Water est également une déclaration d’amour enflammée. Non seulement aux monstres et à l’humanité qui se cache derrière les apparences mais aussi au cinéma en tant que forme d’expression et d’évasion. Un magnifique moment donc que l’on aurait voulu éternel.

On attends Michael Mann pr sa masterclass suivis de la projection de #Heat. @festlumiere

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Changement d’univers et direction l’Auditorium de Lyon pour la Masterclass de Michael Mann. Le cinéaste est à l’image de ses films. Froid, calculateur et perfectionniste, se dernier se livrera en toute humilité mais avec lucidité et détermination. Aussi apprend-on que le réalisateur n’est pas encore décidé à prendre sa retraite. Il se sent fougueux comme un quarantenaire et n’hésite pas à se qualifier d’auteur. « Dans mes films tout est de ma responsabilité, de la mise en scène aux choix des rideaux. Si ça ne fonctionne pas, c’est de ma faute. »

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Venu pour présenter Heat dans une magnifique version restaurée 4K – tirée en copie DCP spécialement pour l’occasion – la discussion s’oriente autour du film. « Heat fut un projet de longue haleine, ayant nécessité 12 années de travail pour passer d’un simple jet à un script apte à être présenté à la Warner » Un projet clef en main pas forcément apprécié des producteurs qui, s’ils consentent à mettre la main à la poche, se sentent vexé de l’initiative. « Ils avaient prévu, avant même de voir le film, de me demander de couper trente minutes. Finalement, après visionnage, ils se sont ravisés et le film put sortir avec mon montage initial. »

Interrogé sur la « director’s cut » – si l’on peut réellement l’évoquer comme ça – Mann préfère rester évasif. « Sans trop rentrer dans la technique, je peux vous dire qu’il y a eu quelques recadrages. Nous avons aussi retravailler étalonnage pour que tout match mieux ensemble. »

Effectivement, c’est presque un nouveau film qui sera projeté ensuite. Si le montage ne semble – mon dernier visionnage de Heat remonte à plusieurs années – pas avoir bougé d’un iota, les couleurs sont totalement différentes. Impactant profondément les ambiances, le film paraît plus chaud. Les noirs sont plus profond, les rouges plus saturés et les bleus tirent légèrement vers le vert. Bref, de quoi sublimer un film qui frôlait déjà la perfection. Afin de nous achever, le son de l’Auditorium se fait tonitruant. Si la salle n’est pas vraiment faite pour retranscrire au mieux les dialogues, les fusillades se font, elles, assourdissantes. Rendant l’expérience profondément viscérale, l’on peut apprécier à sa juste mesure le travail pharaonique du mixage sonore. Les douilles tintent sur le bitume, les coups de feux résonnent, c’est l’apocalypse. Une bien belle manière de rendre hommage à Michael Mann et à son film le plus abouti.

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