Qui l’eut cru qu’un jour notre génération de cinéphile connaîtrait une telle claque cinématographique en la figure non pas d’un héros, mais d’un anti-héros… pire… d’un des plus grands ennemis de la culture populaire, le Joker.

CRITIQUE AVEC SPOILER

Comment commencer sur un film qui ouvre son rideau sur une scène de pure injustice qui se termine par un clown frappé lâchement par des jeunes… ?

Peut-être commencer simplement par décrire le long-métrage. Le film Joker nous fait entrer dans un monde gris, froid où les seules couleurs proviennent de la télévision, du maquillage criant de clown, du sang brillant. Tout est gris, parfois illuminé par des lumières artificielles, tout est triste mais parfois un sourire nous échappe de certaines scènes de cette comédie tragique. Chaque acteur est excellent, Joaquin Phoenix crève l’écran, son rire est malaisant car ce n’en est pas un, ses actions nous deviennent compréhensibles même si elles sont amorales et on se prend à montrer de la sympathie pour ce clown triste.

Le personnage d’Arthur est doux, sensible, rêveur et ne songe qu’à faire rire les gens et apporter de la joie. De par sa condition particulière qui le handicap et son mental fragile : il est pris pour cible, malmené et moqué. Il est comme un enfant innocent qui ne cherche pas à être mauvais. Malgré ces obstacles il s’accroche à son rêve d’artiste et peut compter sur ces piliers, une mère, une voisine souriante, un boulot crève-la-faim mais un boulot tout de même. Nous verrons son monde s’écrouler petit à petit.

Et c’est bien là la force de ce film, la construction d’un personnage, d’un homme banal, insignifiant, délaissé par la société qui, un jour, passe LA mauvaise journée de trop. Le film est un effet papillon : d’un acte isolé par le protagoniste principal et c’est Gotham qui s’embrase dans une totale folie.

Il n’y a pas besoin de connaître un seul comics Batman ou même un film, chaque personne sur cette terre peut voir ce film sans avoir des codes des comics tellement le film regorge de sujets profonds qui font écho à notre monde qui peut s’effondrer à tout moment dans un chaos. Le film traite des luttes entre riches et pauvres, de la fracture sociale, de la maladie, du handicap, de la précarité, de la violence, du dépassement de soi, du lâcher prise. C’est en çà que le film est réussi, on ne s’attarde pas à la sortie de la séance du Joker ou d’un Batman en culotte courte, on parle des sujets abordés par le film qui ne s’arrête pas qu’à un simple maquillage. Le film nous questionne, nous interroge sur notre société, la paix d’une ville ou d’un pays peut être remise en question de manière violente et il suffit juste d’une étincelle, même isolée, pour faire des dégâts.

Le Joker est ici humanisé, mais n’en reste pas moins un mystère, et même si certains plans de fin peuvent rappeler le mythique The Dark Knight, force est de constater que le film de Todd Philipps ne peut souffrir d’aucune comparaison, il n’imite pas il réinvente et sait raconter ce qu’il faut dire sans vouloir créer de suite. Un film qui se suffit à lui-même ça fait du bien dans ce paysage cinématographique des adaptations de super héros.

Passons aux aspects techniques… rien à dire, la réalisation est superbe, précise, cadrée, avec des instants de poésie pure et des coups de violences qui seront jouissifs pour les uns et surprenants pour les autres. La musique est superbe et arrive à créer un aspect étouffant aux scènes. Le film est sombre comme la mode acutelle mais ce ton est amplement justifié et sert même l’atmosphère de l’histoire. Le maquillage est superbe avec une mention spéciale pour le sang sur le visage blanc.

Ce dernier commentaire prendra l’allure d’un spoiler mais le voici : la dernière blague du Joker version Joaquim Phoenix pourrait être la suivante et résumerait à merveille cette dichotomie qui caractérise les figures de Batman et Joker dans les comics : un enfant qui n’est personne et dont l’avenir a été détruit par la folie, détruit à son tour l’avenir d’un autre enfant qui lui avait un nom.

Toute dernière note sur le débat Joaquin Phoenix meilleur Joker ?

Oui et non, car chaque Joker apporte une nouvelle vision et facette de la folie. Chacun d’entre eux, fait de chair ou de sang ou simplement de papier apportent une nouvelle vision de ce méchant imprévisible. Il n’y a pas de débat à avoir, suivant votre état du moment vous préférerez un Joker.

Celui du Joaquin Phoenix apporte un aspect poétique, tragique et terriblement humain.

Conclusion

Il se passe quelque chose avec ce film, il faut aller le voir, Michael Moore en personne s’est prononcé et je suis assez d’accord. Ce film cristallise notre époque, nos peurs et notre désir de (re)trouver de l’humanité en nous. Voir des personnage de comics n’est qu’un prétexte à raconter une histoire encore plus grande. Le film montre comment tout peut basculer. Je n’ai pas peur de le dire, ce film est un chef d’œuvre… 2019 une grande année pour le cinéma.

La critique de Rami : Joker : Un film magistral
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