Girl est une histoire en quête d’un grand rêve, qui fait découvrir une personnalité féminine troublante dans un film intimiste.

Lara, 15 ans, rêve de devenir danseuse étoile. Avec le soutien de son père, elle se lance à corps perdu dans cette quête d’absolu. Mais ce corps ne se plie pas si facilement à la discipline que lui impose Lara, car celle-ci est née garçon.

Dans une bulle

Girl s’attarde sur le quotidien d’un ancien garçon qui a épousée avec joie son identité genré, il est une fille, aucun doute à avoir là dessus et la question de son choix ne sera pas remise en question. Ainsi, on découvre Lara, fébrile à une audition de danse, sa passion, sa vie rêvée, son objectif être une danseuse étoile. On la voit vivre avec sa famille, un quotidien somme toute normal, sauf dans le cadre des cours de danse, des moments particulièrement stressants et difficiles tant par la rigueur du travail que par la peur psychologique du regard des autres.
En dehors de la famille, le reste des personnages sont plus que secondaires dans leur traitement, on ne s’attarde pas sur eux, ils peuvent être des silhouettes, des voix, la caméra ne s’attarde pas sur eux. Le centre de l’intention sera toujours Lara qui semble n’établir quasiment aucun contact, pas de parole, pas d’échange de sentiment hormis avec son père et un moment fort avec son petit frère.

Les différentes séquences ne sont pas filmées de façon extravagantes, les plans alternent entre des cadres rapprochés reflétant intimes, complices pour finir par être plus large, éloignés les personnages des uns des autres. Les seules scènes assez intimes sont celle entre la fille et le père donnant de très beau moment de complicité.

La musique n’est qu’une anecdote, elle est souvent diététique et renforce le sentiment d’être dans la bulle du personnage principal.

Deux acteurs hors normes

Les femmes présentent tout au long du film avec un médecin ou avec les danseuses, le vrai rôle féminin reste Lara, interprétée par l’acteur Viktor Polster (prix d’interprétation Un Certain Regard à Cannes). Âgé de 14 ans lors du tournage, Viktor Polster était la perle rare pour ce rôle exigeant de danseuse qui change son corps. Au niveau physique il n’y a rien à dire, le rôle a été particulièrement compliqué et l’acteur passe haut la main les scènes danses, les mutilations du corps, le maquillage et l’allure féminine. Il arrive aussi avec économie de jeu à faire passer de l’émotion malgré son personnage qui a un caractère introverti qui ne laisse quasiment transparaître aucune émotion.

Le père de Lara est interprété par Arieh Worthalter, un véritable coup de cœur sur le personnage de ce père de famille sans épouse, instable socialement, mais sain d’esprit et de tolérance concernant la transformation de son « fils ». Ici pas de drame, de dispute sur l’identité choisie par sa progéniture, il accepte, soutient, est à l’écoute, aime profondément son enfant. Il est une personnalité touchante, qu’on pourrait penser irréelle devant une situation qui est en réalité et pour beaucoup dur à vivre pour des familles.

A côté de la plaque ?

L’expérience de ce film c’est qu’on a l’impression de plus s’inquiéter sur le sort de Lara que Lara elle même. Le manque de dialogue écarte la question du jugement des autres, des interrogations possible ou du suspense sur des situations. Avec un synopsis comme celui là, on pourrait s’attendre à voir beaucoup de plus suspense, de la concurrence, une explosion de sentiment. Non ce film n’est pas Black Swan et non ce film n’est pas non plus un documentaire. Il est possible d’en ressortir frustré de ne pas voir plus le personnage de Lara exprimer ses émotions, cela donne un sentiment de distance avec elle, heureusement on peut éprouver de l’empathie pour ce personnage qui n’arrive pas à vivre pleinement.

Être ou ne pas être exposé ?

De part le sujet du film et l’opinion exposée qui ne veut en aucun cas faire du mal sur un sujet complexe et délicat sur l’identité genrée d’une personne, je vous invite à commenter ou apporter vos expériences sur le sujet voir même à expliquer votre vision du personnage de Lara si vous avez pu déjà voir le film.

Au niveau du choix scénographique nous sommes partagés par les choix du réalisateurs d’exposer le corps nu de Lara. Le nu intégral existe dans ce film, il n’est pas choquant, pas vulgaire car capté dans une scène intime (et encore une fois banale, il s’agit de s’habiller). On voit donc ce sexe masculin attaché à un corps androgyne surplombé d’une tête de fille. Si ce genre de nudité ne nous donne aucun effroi dans notre rédaction on se pose la question de son utilité. En expérience ressentie d’un côté, la curiosité de voir est satisfaite et la question de la nudité d’un corps d’un transexuel est exposé et si vite oublié pour le spectateur, de ce fait l’attention sur le personnage n’est plus focalisé seulement sur le corps. De l’autre on se pose la question s’il fallait montrer ce corps dans une autre scène qui aurait pu être plus marquante, plus frappante et traumatisante pour le spectateur comme pour le personnage de montrer ce bout de chair entre les cuisses qui irritent et fait souffrir Lara.

Loin de jouer les saintes ni-touches, la première exposition de la nudité dans ce genre de film est un moment clé qui nous semble avoir été exposé trop gratuitement même si cela n’était pas fait de manière appuyé. Mais cessons ici, développer plus le débat reviendrait à créer un nouveau film basé sur celui ci.

Conclusion

Girl n’est pas mauvais mais nous en attendions un peu plus, la faute à un synopsis alléchant sur le papier mais simple en produit fini et des pistes intéressantes pouvant conduire à développer des intrigues sur la compétition, l’expression des sentiments, le ressenti des corps, qui n’ont pas été choisi par le réalisateur Lukas Dhont. Le long métrage reste dans les mémoires grâce aux deux acteurs principaux. Il est aussi intéressant pour ceux qui ne connaissent pas le sujet des transgenres et qui émouvront beaucoup.

Girl sort en DVD, VOD et Blu-RAY le 19 février.

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