Pas de compétition : tout le monde est gagnant. Au Festival Lumière, on célèbre un cinéma que l’on aime et des artistes que l’on estime. À l’honneur cette année, le réalisateur, scénariste et producteur hongkongais Wong Kar-wai. Chaque jour, Quentin vous fait le compte rendu de ses journées passé sur place.

Les jours qui suivirent furent plus calme en terme de rencontres et d’événements. Donc on en revient sur les fondamentaux d’un festival : Voir des films.

MARDI 17 Octobre

Procès et Vampires

Le Procès d’Orson Welles – 1962

Considéré par beaucoup comme le meilleur film d’Orson Welles, Le Procès narre l’histoire de Joseph K. qui, du jour au lendemain, est accusé et mit en état d’arrestation. Incapable de comprendre de quoi il pourrait être coupable, K. se perd de plus en plus dans les méandres d’une instruction judiciaire nébuleuse et absurde. En adaptant le roman de Kafka, Orson Welles ne pouvait pas trouver meilleur chaussons pour y glisser son pied. Tirant admirablement parti des décors – Une partie du film fut même filmé à la gare d’Orsay pendant sa période de désaffection – le cinéaste transcende la matériau d’origine afin d’en sublimer toute la folie. Portrait à charge de la justice des hommes – quelle soit institutionnelle ou religieuse – Welles n’y va pas par quatre chemins et laisse le spectateur dans le même état que son personnage principal : Perdu.

Supprimant tout repère de lieu et de temps, le cinéaste dépeint un régime plus ou moins totalitaire très « guerre froide » au sein duquel l’homme en temps qu’être singulier n’a pas sa place. Volontairement tourné en noir et blanc, le film est une merveille sur le plan formel. Comme à son habitude, Welles subjugue par son sens du cadrage. La mince silhouette d’Anthony Perkins – le Norman Bates de Psychose – semble écrasée par son environnement et complète l’aspect anxiogène du film. En revisionnant Le Procès aujourd’hui, un fait devient indéniable : L’influence de Welles sur les grand cinéastes à venir fut déterminante. Que ce soit le Godard d’Alphaville, le Scorcese d’After Hours ou le Terry Gilliam de Brazil, tous lui sont redevable.

cronos-guillermo-del-toro-ron-perlman

Cronos de Guillermo Del Toro – 1993

Premier film du réalisateur mexicain, Cronos frappe par son coté fondamentalement matricielle. En effet, alors que Shape of Water constitue un espèce d’apogée dans la filmographie du cinéaste, on peut à l’inverse déceler dans Cronos tout les prémices des obsessions de Del Toro. Gestion signifiante des couleurs. Fascination pour les insectes, les mécanismes et les marginaux. Opposition entre l’horreur de l’humanité – là encore les humains sont bien plus cruels et effrayants que les monstres – et l’humanisme des créatures.

Bref, si Cronos est naturellement une œuvre perfectible, elle n’en est pas moins significative dans la filmographie du réalisateur. Au XIVe siècle, un alchimiste enferme le secret de l’éternité dans un médaillon. Plus de six siècles après, en 1997, Jesus Gris, un antiquaire, libère cette force antique. Mais cette dernière est également convoitée par De la Guardia qui, mourant, souhaite la vie éternelle. Avec malice, Guillermo Del Toro, se réapproprie le mythe du vampire. Y appose sa patte tout en restant extrêmement respectueux du matériel d’origine. En résulte une série B, modeste et humble mais carré. Certains plans restent, encore aujourd’hui, magnifique et la présence de Ron Perlman dans le rôle de Angel – douce ironie ce prénom – De la Guardia est jubilatoire.

MERCREDI 18 Octobre

Deux femmes et un cadavre

Les Diaboliques de Henri-George Clouzot – 1955

Porté par un casting renversant – Simone Signoret, Vera Clouzot et Paul MeurisseLes Diaboliques constitue un thriller anthologique préfigurant largement ce qui deviendra le giallo italien. Dans une institution pour jeunes garçons, Christina et Nicole, respectivement épouse et maîtresse du directeur Michel Delasalle, s’associent afin d’assassiner l’homme qu’elles ont fini par haïr. Au sommet de son art après le Salaire de la Peur, Henri-George Clouzot n’a plus grand chose à prouver. Comme à son habitude ce dernier fait preuve d’une mise en scène chirurgicale. Le réalisateur prend le temps de poser ses personnages et le cadre de son histoire. Inextricablement, il noue entre ses deux héroïnes une relation de rivalité complice qui trouvera son point d’orgue dans un dénouement aussi surprenant que cynique – comme souvent chez le cinéaste. Amusant d’ailleurs de constater que déjà à l’époque, Clouzot essayait de se prémunir des spoilers en affichant un carton de fin demandant aux spectateurs de ne pas révéler le contenu de cette dernière.

Henry George Clouzot prenait déjà des mesures anti-spoil en 1954. #lesDiaboliques @festlumiere

Une publication partagée par Eklecty-City.fr (@eklectycity) le

JEUDI 19 Octobre

Une belle musique et beaucoup d’ennui

Les Chariots de Feux de Hugh Hudson – 1981

Malgré la présence de Hugh Hudson – le réalisateur himself – pour présenter le film, force est de constater que les Chariots de Feux reste assez peu passionnant. Comme avoue lui-même le cinéaste, le film est bien moins connu que son theme principal. Composé par Vangelis, ce dernier s’est effectivement imposé au fil du temps dans la culture populaire. Notamment en étant repris dans pléthore de spots publicitaire. Hélas, l’effet est à double tranchant. L’on peut s’émouvoir en redécouvrant ce morceau magnifiant à merveille les images de Hugh Hudson. Comme l’on peut être irrité par le folklore qui l’entoure ainsi que son aspect extrêmement référentiel. (Citroën, MacDonald, etc…)

Mais parlons plutôt du film : En 1924, deux britanniques triomphent aux Jeux Olympiques de Paris. Dépassant le simple exploit sportif, le plus important dans cette victoire, ce sont les raisons profondes qui les ont mené l’un et l’autre à se dépasser. Harold Abrahams est juif et court pour combattre l’antisémitisme de Cambridge. Eric Lidell est écossais, fils d’un missionnaire en Chine, et court pour la gloire de Dieu.
Deux parcours extraordinaires à n’en point douter mais que la mise en scène d’Hudson aura du mal à rendre immersive. Peut importe que, pour l’époque, cette dernière est été précurseur et atypique. Peut-importe que les éclairages exceptionnelles et les très beaux ralentis offrent des moments de grâce hypnotique. Peut-importe que les acteurs s’en tirent admirablement et que certains second rôles soient savoureux – Ian Holm, Kenneth Branagh, Michael Lonsdale.

Il manque à ces Chariots de Feux suffisamment d’enjeux pour impliquer le spectateur dans la quête de victoire des deux athlètes présentés. Sans doute intéressante sur le papier, dans les faits, leur vie et leurs raisons ne sont pas plus iconoclaste que celle de n’importe quel sportif. De plus, les deux personnages principaux ne se croisent qu’une fois pendant tout le film. Pas d’amitié, pas de rivalité. Juste une succession de portraits pour lesquels le réalisateur aimerait que l’on se prenne d’empathie, sans jamais nous signifier pourquoi. Dommage.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here