L’Agent 47 quitte un instant le petit écran pour revenir au grand dans le très judicieusement nommé : Hitman: Agent 47.

Toujours adapté du jeu vidéo d’I/O interactive, cette nouvelle tentative d’imposer le costard noir et la cravate en soie rouge au cinéma est signée Aleksander Bach dont c’est le premier et seul film. Histoire de bien faire les choses, le scénario est signé Skip Wood qui n’en est pas à son premier galop (le précédent Hitman, le Die Hard : Belle Journée pour Mourir, l’Agence tous Risques…) et est – heureux hasard – actionnaire d’une société de consultants en manipulation d’armement. Et dire qu’elle sentait le souffre est un euphémisme : bande annonce tiédasse, passif d’adaptation de la franchise plus que douteux, projo presse la veille de la sortie nationale – pile à la fin de l’été… Bref, ça reniflait la bouse indéfendable qu’il fallait refourguer vite fait bien fait, à un public dont le bon sens avait été abandonné sur une aire d’autoroute.

Une histoire fumeuse

Tout d’abord, de quoi retourne-t-il ? De pas grand-chose en fait. Une femme cherche un homme. Un troisième lui offre son aide pour la protéger de l’Agent 47 qui tenterait de la tuer. L’Agent 47 finit par capturer la femme et le méchant n’est pas celui que nous croyions être (alors qu’en fait, si, on savait depuis le début que l’homme qui offre sa protection à la femme, n’est pas qui il aimerait que nous croyions qu’il est…). Donc par un jeu de faux semblants et d’agents doubles extrêmement mal amené, nous apprenons que des méchants veulent mettre la main sur l’homme que la femme recherche car c’est lui qui est à l’origine du programme de création des Agents. Et justement, les méchants, ils aimeraient bien avoir plein d’Agents rien qu’à eux. Probablement pour foutre le boxon, instaurer une dictature ou ne pas se faire piétiner pendant les soldes… mais le film reste assez évasif sur la question.

Hé mec, elle est où ma manette ?

Sous sa façade de scénario complètement con, se cache en fait… un scénario complètement con. Car en plus de soigneusement sous-exploiter les rares pistes scénaristiques proposées (notamment ces deux syndicats de tueurs futuristes qui semblent s’opposer – K.Dick es-tu là ?), Hitman : Agent 47 souffre d’avoir tenté d’adapter trop fidèlement un jeu vidéo. Chaque scène est présentée comme un niveau de jeu (la cinématique d’intro, le didacticiel, le niveau du hangar, le niveau du parking, le niveau de la tour…). Le « sixième sens d’assassin » est utilisé pour présenter le niveau (l’Agent anticipe l’action, les mouvements ennemis, etc.) au cours duquel il déploiera une compétence donnée (conduite, combat, ruse, etc.). Si un scénario prétexte pour passer d’un niveau à un autre peut-être toléré en matière de jeu vidéo, la pilule passe beaucoup moins bien sur grand écran. Justement parce que l’intérêt du spectateur n’est pas éveillé par un comportement actif, l’histoire reste le meilleur (seul ?) moyen d’éviter l’indifférence et/ou l’assoupissement.

Certes l’univers glaçant ultra poseur de Hitman est bien là, mais il n’a pas été suffisamment adapté pour convenir au format cinéma. Avec une manette entre les mains, diriger un assassin génétiquement modifié et l’amener à abattre les « méchants » de sang froid en multipliant les ruses : jouissif ! Sans la manette, les didacticiels, l’exploration de cartes, la voix-off pour boucher les trous de scénar’ et les effets visuels grotesques : c’est vachement moins bandant.

Autre problématique qui n’a pas inquiété les « adaptateurs » dans leur obsession de coller au jeu : comment provoquer l’empathie du spectateur lorsque la particularité de l’Agent 47 est de n’en avoir aucune ? En lui collant une nana sociopathe tout aussi glaçante entre les pattes ? Game over !
Le travail d’adaptation est donc un échec cuisant puisqu’au lieu de permettre à l’univers du Hitman de s’épanouir sur grand écran, il ne fait que reproduire méticuleusement ce qu’il était sur un média différent.

En mode furtif, l’Agent 47 prend en traitre

Au final Hitman: Agent 47 est un film parfaitement dispensable et insipide. L’intrigue est minable, le final risible, et tous les éléments proposés sont parfaitement interchangeables avec les résidus de cinématographie qui nous sont servis depuis une décennie en guise de films d’action. Pour autant l’Agent 47 et sa dégaine de premier de la classe de la Serial Killer High School (ou de James Bond devenu témoin de Jéhovah) ont le mérite d’être réussis. Les scènes d’actions, à défaut d’être jouissives et inventives, sont lisibles et cadrent bien avec le personnage : froides et impersonnelles. En revanche, elles sont dans l’ensemble sacrément putassières et bruyantes, ce qui pour un assassin expert de la discrétion est un comble.

Ce n’est donc pas un bon film. Mais il frappe exactement là où on ne l’attendait pas : trop fidèle aux mécaniques du jeu vidéo (et sans autre volonté que de l’être), Hitman pédale dans le vide et ne sort pas du lot… sans pour autant être le naufrage attendu. La mixture obtenue est donc regardable (si vous n’avez vraiment rien d’autre à faire et que vous gardez en tête que ce n’est ni un bon film, ni une bonne adaptation).

Comment ça, c’est pas EuropaCorp ?

J’aimerai enfoncer un dernier clou. Pourquoi le cinéma d’action actuel* – particulièrement chez Besson qui en a fait sa marque de fabrique – est-il incapable de nous servir une autre soupe que : héros sociopathes, punchlines moisies, grosses berlines en placement de produit à la limite de l’obsession (ici c’est Audi à toutes les sauces), et gonzesses bien roulées aux tétons qui pointent sous débardeurs blancs ? Le tout, bien évidement, ficelé avec un scénario mité.

Quand vous aurez fini d’essayer de nous refourguer vos charrettes à 150.000€, vous pourrez peut-être commencer à faire du cinéma !?

[* à quelques rares exceptions près, dont Mad Max à fait partie]

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