Laissons les tendances de côté et intéressons-nous à l’originalité. Avec Adopte un Créatif, vous allez découvrir des passionnés, des créatifs, des youtubeurs / youtubeuses méconnu(e)s qui font l’actualité du web. Pour ce nouveau numéro, je suis parti à la rencontre de Sam Cockeye et de sa chaîne Videodrome sur Youtube.

Passionnée de cinéma – principalement de films de genre – et de sciences sociales, Sam ne cherche pas à faire des critiques de films, mais plutôt des analyses des sujets sociaux ou culturels à travers le cinéma.

Bonjour Sam, merci de participer à notre chronique ‘Adopte un Créatif’. Dans le cas où il y aurait des internautes ignorant ton actualité peux-tu te présenter et nous rappeler ton parcours?

Sam : Bonjour et un grand merci à vous pour l’invitation !
Sur internet, je suis Sam Cokeye, j’ai une chaîne Youtube appelée Vidéodrome sur laquelle je tente d’analyser des problématiques sociales, philosophiques ou culturelles que l’on trouvent dans le cinéma de genre.

J’ai toujours été assez mauvaise à l’école mais j’ai tout de même eu de justesse un bac L. J’ai erré à la fac entre une licence de sociologie et de communication puis j’ai eu envie de partir. J’ai donc travaillé un temps comme ouvrière dans un atelier pour pouvoir aller vivre en Amérique Latine, ça va faire trois ans que je vis au Chili désormais. Ici j’ai eu la chance de pouvoir participer à des projets qui me tiennent à cœur avec d’autres personnes comme un site de politique et de sciences sociales, un documentaire sur la sexualité et justement ouvrir ma chaîne youtube Vidéodrome.

Quelle est ta toute première expérience avec internet ?

Sam : J’ai eu accès à internet un peu plus tard que les autres, mais je me souviens bien du grésillement et du clignotement du modem, cet ordinateur gigantesque qui trônait dans la pièce. Je me rappelle des premiers forums, des blogs – j’ai du en avoir au moins 4 tous aussi honteux les uns que les autres – les petits jeux en ligne et puis MSN bien sûr avec ses « wizz » intempestifs.

Présente-nous ton univers :

Sam : Je n’aime pas le cinéma élitiste, lisse, en recherche d’une sorte de «perfection » esthétique et qui ne prend pas trop de risques. J’aime celui qui est plus sale, plus dégoulinant, voir parfois plus « anarchiste », ou « immoral » comme le gore et le porno par exemple. Ce qui m’intéresse dans un film – ou toute autre œuvre culturelle – c’est l’idée qu’il porte, consciemment ou non.

Je suis assez engagée politiquement car je pense que la politique et les sciences sociales sont la base de nos vies. Prendre conscience des rouages de nos sociétés est une forme de libération sauf que pour faire cette longue démarche il faut des outils. Je crois que la culture « illégitime », comme le cinéma de genre par exemple, en est un. C’est d’ailleurs parce que cette culture n’est pas prise au sérieux qu’elle est souvent plus transgressive, plus vulgaire – dans le bon sens du terme – ou plus dérangeante pour les élites.

Le nom de ma chaîne Videodrome ainsi que mon pseudo Sam Cockeye sont des références aux réalisateurs qui ont fait naître ma cinéphilie et qui m’ont justement invité à réfléchir à travers le film de genre. David Cronenberg pour « Videodrome », Sam c’est pour Sam Peckinpah, la typographie de mon titre est celle qu’a utilisé Brian De Palma et enfin Cokeye est un personnage secondaire chez Sergio Leone, Cockeye veut aussi dire « œil tordu » et je crois c’est justement le genre d’œil qu’il faut pour regarder mes vidéos.

Qu’est ce qui t’a donné ta vocation ?

Sam : Je pense que je voulais participer à cet engouement d’internet pour l’analyse vidéo, l’invitation à penser « entre nous », loin des institutions et de l’académisme. C’est d’ailleurs le reproche que je fais à ma chaîne qui reste trop scolaire et qui n’intéressera peut-être que les personnes qui ont déjà des connaissances sur le sujet.

Je voulais aborder un thème du cinéma et le mettre en lien avec une question sociale, culturelle ou politique. Je n’ai jamais beaucoup aimé la critique ciné je préfère de loin l’analyse, les symboliques d’un film, l’idéologie qu’il porte, sa façon de présenter un personnage etc…
Sur ma chaîne pour l’heure je ne parle que de cinéma horrifique mais enfaite mon genre de prédilection c’est le western italien je n’ai pas encore fait de vidéo dessus, c’est celui que je connais le mieux et pourtant je n’ai pas encore trouvé comment l’amorcer.

Quelle a été la réaction de tes proches ?

Sam : À vrai dire je ne leur parle presque pas, beaucoup de mes ami.e.s ne parlent pas français. Autrement, mes proches francophones ont leurs propres centres d’intérêts et je n’ai pas envie qu’ils se sentent obligés de suivre mes vidéos qui sont tout de même assez spécifiques. Dans la vie en générale, j’ai l’immense chance d’être entourée de personnes qui me soutiennent dans ce que je fais.

Quelle sont tes sources d’inspiration ?

Sam : Niveau cinéma probablement les cinéastes italiens du western à l’horreur et surtout les années 60 à 90. Mais j’accorde beaucoup d’importance à ne pas m’appuyer que sur le cinéma US ou européen pour lutter un peu contre l’eurocentrisme. Je suis très attachée au cinéma d’Amérique Latine par exemple, les westerns boliviens, l’horreur mexicaine, les documentaires chiliens etc…

À une époque j’ai lu pas mal de bouquin sur le cinéma de genre en France comme ceux de Jean-Baptiste Thoret, Philippe Ortoli, Philippe Rouyer… Ils m’avaient beaucoup appris.

Autrement, des figures emblématiques de la liberté sexuelle ou du féminisme comme Angela Davis, Hija de perra, Françoise Héritier, Jules Falquet, Silvia Federici, Virginie Despente, José Carlos Henríquez

Côté vidéaste j’aime beaucoup la chaîne du Hacking Social (Horizon Gull), j’ai adoré Mes Chers contemporains d’Usul et puis niveau cinéma certainement Karim Debbache et puis les émissions « d’arte » comme Blow Up – prendre un sujet puis le chercher au cinéma c’est parfois ce que je tente de faire -, le Nanaroscope ou Bits.

Quelle est ta première expérience de tournage ? Comment cela s’est passé ?

Sam : J’ai la particularité de m’être lancée sur youtube sans avoir de caméra donc mes vidéos sont basées sur une voix off et des images. Je suis finalement contente de ne pas avoir à me montrer, j’aime l’idée que l’on accorde moins d’importance à la personne qu’à ses propos.

Ma première vidéo, c’était un test, je n’avais même pas vraiment l’intention de la publier. À vrai dire j’avais le nez sur des tutos de montage et je voulais apprendre les bases de l’audiovisuel, et puis alors sans micro, ni même de logiciel de montage, j’utilisais/j’utilise l’ordinateur d’un coloc… . Finalement je me suis dis qu’à ce moment là j’avais du temps et donc pourquoi pas publier sur youtube. C’est une vidéo pleine de soucis techniques et de bafouillages elle n’a eu aucun visionnage pendant des mois mais j’ai adoré la réaliser et elle m’a donné l’envie de continuer.

Quel a été ton meilleur moment de réalisation ? Le pire ?

Sam : Suite à mon analyse du film Thanatomorphose le réalisateur Éric Falardeau m’a contacté et j’ai eu la chance de pouvoir le rencontrer. C’était ultra flatteur et vraiment très enrichissant.

Le pire, il n’y en a pas vraiment, mais ce qui m’énerve beaucoup c’est lorsque la technologie nous fait perdre un temps fou. J’ai peu de vidéos en ligne car il y en a qui me demandent parfois des mois de travail et certaines ont été supprimées – une sur The Wicker Man et une autre sur Phantom of the Paradise – c’est très frustrant car ce sont des vidéos qui me tiennent à cœur et on a pas forcément le temps ni l’envie de les monter à nouveau.

Quelles sont, dans tes vidéos, celles qui te semblent les plus intéressantes, qui te tiennent le plus à cœur, et pourquoi ?

Sam : Pour le moment ma préférée est certainement celle sur la Transformation des adolescentes dans les films d’horreur. J’ai énormément appris en la réalisant que ce soit sur le cinéma mais aussi et surtout sur le corps des femmes, la vision de leur sexualité, la représentation du désir, de la violence etc… Dans un tout autre genre, ma vidéo sur le cinéma d’horreur mexicain comporte bien moins d’analyse, c’est plutôt une présentation de films. Mais c’est un cinéma que j’aime tellement et dont peu de personnes parlent en France donc même si à première vue elle n’y ressemble pas c’est une vidéo très personnelle.

Quel(s) conseil(s) donnerais-tu aux jeunes créatifs qui souhaitent partager leurs univers sur la toile ?

Sam : Chacun fait comme il en a l’envie mais je dirais qu’ils doivent se lancer sans se mettre de pression, sans vouloir ressembler aux autres. Que ce soit leur univers, peu importe si les gens accrochent ou non. Ne pas viser la perfection technique ou une régularité strict mais prendre leur temps et ne pas se censurer pour plaire à tout prix. Il vaut mieux une création qui est fidèle à nos idées et nos goûts, même si elle n’attire que peu de personnes, qu’une création qui vise le plus grand nombre mais qui ne t’apporte rien. Internet est aussi un espace de créativité et de partage, l’expérience ne peut être qu’enrichissante !

Si tu pouvais adresser un message à toi-même à l’âge de 10ans, lequel serait-ce ?

Sam : Certainement d’aller parler à ce garçon de ma classe qui est d’une immense gentillesse mais que tout le monde rejette et dont tout le monde se moque parce qu’il n’arrive pas à s’intégrer. Et à moi même : ne pas avoir peur d’être différente.

Que ferais-tu avec un budget digne d’un blockbuster ?

Sam : Certainement pas un film, je crois que je serais incapable de diriger. Pourquoi pas un festival, un truc très simple, très populaire, avec des concerts, des projections en plein air de films peu connus, des discussions et beaucoup de bière évidemment.

Nous faisons appel à ton esprit créatif. A toi de nous proposer quelque chose et de commenter.

Sam : Ayant peu de talent manuel, je vous ai fait un « Monstre du quotidien ». C’est vraiment dégueulasse et immature, j’espère que vous ne m’en voudrez pas.

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Tu le sais, notre thématique est la Pop Culture. Que signifie pour toi la culture populaire ?

Sam : Aujourd’hui le terme est repris par des milieux éloignés des classes populaires justement et j’ai parfois l’impression qu’il ne veut plus dire grand-chose… Parfois la frontière entre culture populaire et stratégie commerciale est mince et selon moi c’est assez dangereux.

Durant ma crise d’adolescence avec des ami.e.s ont se prenaient un peu pour un groupe de gangsters alors que l’on était juste des petits cons bruyants qui traînaient dans la rue. Du coup je suis rentrée dans une pop culture bien éloignée d’un esprit « geek » : on aimait les films noirs, Scarface – à mort -, Thirteen ou La cité de dieu entre autres, les films de Spike Lee, de Scorsese et de Tarantino, le rap bien sûr, la funk, le break dance et autres GTA Vice City. Aujourd’hui j’ai beaucoup changé et j’ai découvert des univers musicaux, cinématographiques complètement éloignés mais c’est bien sûr toujours marquant car la culture populaire se rapproche parfois de la nostalgie.

La pop culture est un champ immense, elle est primordiale pour l’art et la société. Je pense que c’est un thème qui réunit beaucoup de personnes autour de quelque chose qu’ils aiment, peu importe que cette chose ne soit pas reconnue par la bourgeoisie. Elle crée des ponts entre les gens, un défouloir ou un échappatoire, des souvenirs, elle donne aussi bien du divertissement que de véritables armes sociales.

Quelles sont tes œuvres de référence dans la Pop Culture ?

Sam : Les westerns italien, même les plus nanardesques ! Le cinéma d’horreur bien sûr. Les films de requin c’est clairement un sous genre qui me parle beaucoup. Le cinéma bis en général… il y a tant de choses ! La pornographie que l’on ne prend jamais au sérieux alors que c’est un genre à part entière. Oh et puis tout ces films où il va y avoir un personnage géant – mais tendre dans le fond – qui détruit tout sur son passage.

Pour la musique niveau pop culture je suis un peu vieux jeu, j’écoute beaucoup d’artistes qui sont déjà morts… Sinon j’écoute des groupes d’Amérique Latine comme Soda Stereo, Inti Illumani, Pescado Rabioso…

Autrement j’aime L’Attaque des Titans, Santo, Spiderman et puis clairement le zombie sous toutes ses formes et dans tous les domaines.

Pour les jeux vidéos j’ai passé du temps avec Zelda sinon je reste beaucoup dans l’horreur avec une préférence pour Silent Hill. J’avais adoré Fallout 4 mais malheureusement je ne joue plus depuis quelques années.

Et quelles sont tes attentes ?

Sam : Je ne serais pas vraiment répondre, je suis un peu à la masse… Je dirais le prochain film de Brian De Palma car il n’a rien réalisé depuis 2012 et c’est probablement mon réalisateur vivant préféré. Sinon il semblerait que Cronenberg veut s’atteler à une série et je serais curieuse de voir ce que ça donne !

Un mot sur ton actualité ? Tes projets en cours ?

Sam : Je vais encore rester sur le cinéma bien sûr mais la chaîne pourrait prendre des libertés pour aborder d’autres sujets à mon avis ce sera toujours en lien avec les sciences sociales, la philosophie, l’art ou la culture. J’ai beaucoup d’idées de vidéos dont certaines qui ne parlent pas de cinéma même si elles restent dans la thématique de notre rapport au corps, à la violence ou à la sexualité. Mais il faut consacrer pas mal de temps pour creuser un sujet comme je voudrais le faire alors ce ne sera pas pour tout de suite.

A quel autre créatif souhaiterais-tu voir poser ces questions ?

Sam : Il y en aurait 100 mais disons The Ultimate Rico surtout pour son podcast Shark Parade, Le Bizarreum qui vulgarise la mort et puis Arnaud Beaudry qui parle de porno sur youtube.

Choisir est très difficile, j’ai beaucoup de noms en tête mais disons que ceux là parlent de 3 sujets qui sont rarement abordés et qui sont passionnants. De plus ils abordent leur thèmes de façon très intelligente tout en les rendant accessibles.

As-tu beaucoup de retour des personnes qui te suivent ?

Sam : Je n’ai jamais eu beaucoup de visibilité et cela me permet de connaître chacune des personnes qui commentent ou qui me soutient au fil du temps. C’est très encourageant, ce sont des personnes avec qui je partage l’amour du cinéma de genre et parfois l’engagement politique qui va avec mon propos. Mon analyse qu’elle soit féministe, anticapitaliste ou autre peut en rebuter certains, ce que je comprend totalement, mais je ne crois pas à l’objectivité. Ajoutons à cela que mes vidéos sont longues et traitent de sujets assez spécifiques donc les personnes qui me suivent sont très certainement des personnes qui me ressemblent beaucoup et leur conseils sont précieux.

Tes fans te soufflent des idées parfois ?

Sam : Ce ne sont pas des « fans », mais clairement des gens qui aiment les même choses que moi, et nous ne sommes pas non plus super nombreux. Bien sûr ils me soufflent des idées, ils m’envoient des références qui m’interpellent, engagent le débat sur un thème en particulier, parfois ils me partagent leur propre travail et c’est formidable. D’ailleurs je crois que la meilleure raison de publier son travail sur internet c’est de pouvoir faire des rencontres passionnantes.

Que voudrais-tu dire à tous tes fans et aux prochains ?

Sam : Un immense merci pour leur soutien, pour leur humour et leur bienveillance. Je ne pensais pas que mes vidéos intéresseraient réellement… Leur conseil et leur aide sont précieux. Cette chaîne m’a permis de découvrir pleins de gens géniaux, c’est vraiment une des choses que j’apprécie le plus dans ce projet.

Pour terminer, quelle question aurais-tu souhaité que l’on te pose et qu’aurais-tu répondu ?

Sam : Si vous m’aviez demandé comment est il possible de se revendiquer féministe, anti-colonialiste etc… tout en adulant le western j’aurais probablement commencé à bafouiller. J’y répondrais peut être un jour dans une vidéo de 4 heures qui servira surtout à me donner bonne conscience !

Encore une fois merci Sam d’avoir participé à Adopte un Créatif.

Sam : Un grand merci à vous ! Ça me fait drôle de répondre à une interview sur Vidéodrome, cette toute petite chaîne. Et puis de parler beaucoup trop de moi, mais l’exercice est plaisant.
Et puis merci à Dollywood, encore une personne qui apporte des choses formidables à internet et en qui je me retrouve beaucoup.

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Propos recueillis par Thomas O. pour Eklecty-City.fr, qui remercie Sam Cockeye, de s’être prêtée au jeu d’une interview.

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