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« L’IA ne ressent pas la douleur » : Akio Otsuka se confie sur le doublage, Solid Snake, Hideo Kojima et la saga Metal Gear

Akio Otsuka se confie sur sa carrière, sa relation avec son père, la saga Metal Gear, le doublage et le défi face à l’IA.

Dans un entretien accordé au média japonais Bunshun Online, le comédien Akio Otsuka revient en détail sur son parcours exceptionnel, ses débuts imprévus dans le doublage et les coulisses de ses rôles les plus célèbres. Connu mondialement pour être l’incarnation vocale japonaise de Solid Snake dans la saga vidéoludique Metal Gear, il partage une trajectoire personnelle singulière.

Tout comme David Hayter a façonné l’identité anglo-saxonne du personnage créé par Hideo Kojima avec son timbre rocailleux, Akio Otsuka incarne l’âme du soldat légendaire au Japon, mais aussi celui qui a défini le personnage. Il prête également sa voix à d’autres personnages célèbres comme Batou dans Ghost in the Shell, Daisuke Jigen dans Lupin III ou Black Jack. En avril 2024, il a d’ailleurs franchi une nouvelle étape en fondant sa propre agence indépendante, nommée « TOPPONE ».

Un héritage familial

Fils du célèbre comédien Chikao Otsuka – voix de Nezumi-Otoko dans GeGeGe no Kitaro ou de Yuzan Kaibara dans Oishinbo -, Akio Otsuka grandi en observant les difficultés quotidiennes du monde du spectacle. Témoin des sacrifices financiers et de l’instabilité du métier, il se jure dans sa jeunesse de ne jamais suivre son exemple.

Il se rappelle la détresse de sa mère à cette époque : « Ma mère pleurait très souvent. Un événement m’a particulièrement marqué : alors que j’entrais à l’école primaire, mon père a soudainement démissionné de la troupe théâtrale dans laquelle il évoluait pour s’inscrire comme élève comédien au sein de la « Troupe des Jeunes Comédiens » fondée par Shoichi Ozawa. Mon père avait environ 36 ou 37 ans à l’époque. La règle pour les élèves comédiens interdisait toute activité professionnelle extérieure, ce qui rendait impossible le fait de subvenir aux besoins de la famille. Je me rappelle encore ma mère en larmes lui suppliant de renoncer. Finalement, mon père a rejoint la troupe, et j’ai appris plus tard que nos proches avaient beaucoup aidé ma famille sur le plan financier à cette période. »

Éloigné des planches, il abandonne l’université pour enchaîner les métiers pénibles. Chauffeur de poids lourd, il achemine des véhicules Nissan depuis Murayama vers les parcs d’exportation de Kawasaki ou Yokohama. Il envisage même de s’engager sur un thonier à la suite d’une proposition de son oncle, mais des soins dentaires inachevés l’empêchent d’embarquer. Bloqué dans sa routine, il choisit sur un coup de tête de se tourner vers le théâtre. Il avoue : « Sans patrimoine ni diplôme supérieur, mes perspectives d’avenir se réduisaient à peau de chagrin. Pour mener une vie palpitante, je me disais qu’il ne me restait plus qu’à devenir musicien ou comédien. On pourrait qualifier cela de coup de poker pour faire joli, mais c’est ainsi que j’ai débuté le théâtre. En réalité, je ne réfléchissais à rien du tout. J’étais le prototype même de l’imbécile de l’ère Showa. »

Attiré par le prestige de la troupe Bungakuza, dont les jeunes comédiens décrochent régulièrement des rôles à la télévision, il tente le concours. Retenu parmi 1 700 candidats pour 60 places, il y étudie pendant un an avant d’être écarté de la sélection des élèves titulaires. C’est grâce à la fille de l’écrivain Hisashi Inoue, rencontrée dans sa promotion, qu’il rebondit au sein de la compagnie Komatsu Za.

Il raconte cette transition et ses années de formation dans l’ombre : « Elle m’a dit : « Nous montons des pièces, mais nous manquons de personnel pour le contrôle des billets et l’intendance. Tu ne voudrais pas venir faire un petit boulot chez nous ? ». J’y suis allé et j’ai trouvé ça passionnant. C’est ainsi que je me suis incrusté chez Komatsu Za. Le matin, j’arrivais au studio de répétition pour faire le ménage, je commandais à manger pour les anciens, je répondais au téléphone, j’assurais les déplacements en voiture et je soufflais les textes durant les répétitions. J’ai fait cela pendant environ quatre ans. Comme je n’avais pas d’argent, je cumulais les petits boulots tout en jouant sur scène, et il m’arrivait parfois d’obtenir deux ou trois répliques lors des tournées de Komatsu Za. Je faisais aussi les tournées en portant les bagages du grand comédien Akira Nagoya. »

Du camion au studio de doublage

Son basculement vers les métiers de la voix survient sur la proposition directe de son père. Au départ, Akio Otsuka vise plutôt le cinéma classique et rêve de célébrité à la Ken Takakura. Mais l’expérience du studio s’avère être une révélation : « Quand je travaillais sur les chantiers de construction, je fournissais un effort physique très dur de 8 heures du matin à 5 heures du soir. Mais en faisant du doublage, il me suffisait de me rendre dans un studio climatisé et de dire des répliques pour touchais l’équivalent d’une journée entière de labeur sur un chantier. Je me suis dit qu’il n’existait pas de meilleur métier au monde ! C’est dans cet état d’esprit que j’ai commencé, et très vite, les propositions pour des rôles vocaux se sont enchaînées les unes après les autres. Avant même de m’en rendre compte, tout le monde m’appelait « comédien de doublage ». »

Ses débuts au micro ne sont pas flamboyants, mais il bénéficie du regard avisé de son père, qui l’a incité à faire ses armes sur scène avant de pousser la porte des studios. Après des figurations anonymes, il décroche son premier rôle principal sur une synchronisation de film étranger avec la version cinéma de The Lone Ranger (diffusée dans le Kansai), puis s’impose en prime time sur Fuji TV en prêtant sa voix à Dolph Lundgren.

Malgré les rumeurs récurrentes de tensions colportées par les médias, les deux hommes entretiennent une relation très fusionnelle. Une complicité professionnelle et personnelle qui se poursuit jusqu’à la mort soudaine de Chikao Otsuka, le 15 janvier 2015 à l’âge de 85 ans, terrassé par un arrêt cardiaque dans le métro d’agglomération d’Aoyama à Tokyo, juste après une journée de travail et une soirée de début d’année avec son agence Aoni Production.

À la suite de cette disparition, Akio Otsuka reprend plusieurs rôles mythiques de son père, notamment Yamada-sensei dans Nintama Rantaro ou le Maître Xehanort dans la saga Kingdom Hearts. Il se souvient du jour où il a décroché ce dernier rôle auprès des équipes de production : « Lorsque l’équipe de production m’a confié qu’elle hésitait sur le choix du successeur de mon père, j’ai joué une de ses répliques juste pour rire. Ils sont tous restés bouche bée, les yeux écarquillés. Puis ils m’ont dit : « Nous allons recontacter votre agence officiellement », et le rôle a été décidé ainsi. »

Pour Akio Otsuka, perpétuer ce passage de témoin est avant tout un hommage vibrant à la mémoire de son père : « C’est un vrai bonheur. Juste après sa disparition, quand j’ai repris le rôle de Yamada-sensei dans Nintama Rantaro, en cherchant si son jeu était plutôt comme ci ou comme ça, j’avais l’impression de retrouver sa présence à mes côtés. C’est une sensation formidable. Le jeu de mon père finira par être oublié un jour ou l’autre, j’en ai conscience, mais tant que je serai en mesure de jouer, j’ai l’impression que mon père restera lui aussi en activité. Pour que les gens se disent : « Il y a eu cet homme nommé Chikao Otsuka. La voix de ce personnage joué aujourd’hui par Akio Otsuka en est le portrait craché. » »

La saga Metal Gear

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Au sein de sa carrière, la saga Metal Gear occupe une place primordiale. Akio Otsuka revient notamment sur l’origine de la réplique fétiche de Snake, « Mata seta na » (« Tu m’as fait attendre, hein ? » / (« Kept you waiting, huh? » ) : « C’est une œuvre à laquelle j’ai été associé pendant de très nombreuses années. La réplique emblématique de Snake n’était même pas prévue sous cette forme exacte dans le script original. Lors des premières sessions d’enregistrement, j’ai lancé cette phrase de manière spontanée pour me mettre dans la peau du personnage. Le réalisateur Hideo Kojima a trouvé l’intonation excellente et a décidé sur-le-champ de la conserver pour en faire sa marque de fabrique. »

À l’époque des premiers opus japonais, les voix étant enregistrées avant l’animation, la présence directe du créateur en studio offrait cette liberté créative. L’interview permet également de balayer les rumeurs récurrentes de conflit familial avec son père Chikao Otsuka : « Lorsque nous jouions ensemble, des gens venaient me dire : « Ça fait plaisir de voir que vous vous êtes réconciliés ! », alors qu’en réalité nous ne nous étions jamais brouillés. Nous n’étions qu’un père idiot et un fils idiot qui s’entendaient à merveille, c’est tout ce qu’il y avait à en dire. »

Leur collaboration culmine dans Metal Gear Solid 4: Guns of the Patriots, où Akio Otsuka double Snake tandis que son père prête sa voix à Big Boss lors des retrouvailles finales. Le comédien dévoile à ce propos une anecdote d’enregistrement : « C’était un moment d’une intensité rare. Pour la petite histoire, la capture de mouvement de Big Boss pour cette scène a été réalisée par moi-même sur le plateau. J’ai interprété les mouvements du corps, et c’est ensuite mon père qui est venu poser sa voix sur ces images en studio. Voir mon père doubler un personnage dont j’avais assuré la gestuelle, tout en jouant la voix de Snake en réponse, était une expérience poignante et inoubliable. »

Sa fidélité à Hideo Kojima

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Concernant le départ mouvementé de Hideo Kojima de chez Konami et la création de Kojima Productions, Akio Otsuka exprime une émotion encore vive : « Lorsque Kojima-san s’est retrouvé à devoir quitter l’entreprise alors que certains projets n’étaient pas encore achevés, cela a été une période extrêmement douloureuse. Il a dû repartir de zéro pour fonder son nouveau studio et traverser d’immenses épreuves. Quand le jeu Death Stranding est enfin sorti, j’étais présent au lancement. En le voyant sur scène sous les acclamations du monde entier, je n’ai pas pu contenir mes larmes. Je repensais à toutes les difficultés qu’il avait dû surmonter pour en arriver là. »

Interrogé sur la possibilité d’incarner à nouveau Snake dans un futur projet conçu sans le créateur original, sa réponse reste sans ambiguïté : « Ma position sur ce sujet n’a jamais changé : un Metal Gear auquel le réalisateur Hideo Kojima n’est pas associé, je n’ai pas envie de le faire. C’est une question de loyauté envers le créateur qui a façonné ce monde. Cela dit, au fond de mon cœur, si un jour Kojima-san et les fans devaient se réunir une toute dernière fois pour un ultime projet, ce serait un honneur d’y répondre. »

L’hommage à Atsuko Tanaka

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Un autre pilier de sa filmographie est le personnage de Batou dans Ghost in the Shell. C’est Akio Otsuka lui-même qui a recommandé la comédienne Atsuko Tanaka pour le rôle de Motoko Kusanagi auprès du directeur audio Kazuhiro Wakabayashi : « De l’intuition pure. Il y avait d’autres comédiennes très douées, mais dans cette œuvre, Motoko Kusanagi n’a aucune vulgarité, n’est-ce pas ? Et puis je me disais que ce côté noble et très fier lui irait à merveille. Motoko est à la tête de la Section 9. Face aux paroles d’une personne occupant une position aussi haute, des molosses comme nous répondent « Bien reçu ! » sans brocher. C’est un peu comme James Bond dans 007 : il tire une fierté d’être au service de Sa Majesté la Reine. Je pense qu’il y a là une fierté supplémentaire, différente de celle d’être simplement le subordonné d’un roi. En voyant Motoko sous cet angle, je me suis dit : « Ça, Acchan peut le faire brillamment. » »

L’alchimie entre Atsuko Tanaka (Motoko), Akio Otsuka (Batou) et Koichi Yamadera (Togusa) a marqué l’histoire de l’animation. Akio Otsuka se souvient avec tendresse des surnoms affectueux que leur donnait la comédienne, comparant son duo de partenaires aux deux pièces maîtresses du shōgi (les échecs japonais) : « C’était un vrai bonheur. Acchan [Atsuko Tanaka] avait cette habitude touchante de dire que Yamachan [Koichi Yamadera] et moi étions comme ses « Tour et Fou », ou « mes deux chevaliers ». Cela me faisait tellement plaisir d’entendre ça. »

Évoquant le film Innocence réalisé par Mamoru Oshii et la dynamique sentimentale platonique entre Batou et Motoko, il s’amuse : « Batou remue la queue tellement fort qu’il manque de se l’arracher (rires). Et la façon dont Motoko esquive cela avec la légèreté d’un papillon est tout simplement géniale. Je pense d’ailleurs que Batou apprécie lui aussi cette relation. Si l’on entre directement en fusion dès le départ, il ne reste plus qu’à se séparer. Si cela devient une véritable relation amoureuse, l’histoire s’arrête là. »

Après la disparition tragique d’Atsuko Tanaka le 20 août 2024 des suites d’une maladie, Akio Otsuka s’est remémoré leur dernière apparition publique commune en novembre 2023 pour la promotion de Ghost in the Shell SAC_2045: The Last Human. Ce jour-là, le fils de la comédienne, Hikaru Tanaka, l’avait approché dans les coulisses : « Son fils, Hikaru Tanaka, qui est également comédien de doublage chez Ken Production, est venu me voir le jour de cette présentation sur scène et m’a demandé : « Akio-san, au fond, c’est quoi faire preuve de piété filiale ? ». Ce jour-là, Hikaru filmait sa mère de toutes ses forces. Et puis, sur scène, Acchan s’est mise à pleurer en disant : « S’il vous plaît, ne m’oubliez pas. » À ce moment-là, j’ai compris : « Ah… Acchan va nous quitter. » C’était extrêmement difficile pour moi de contenir mes émotions pour ne rien laisser paraître devant le public. »

En mars 2025, lors de la conférence pour les 20 ans d’Innocence, Mamoru Oshii et Akio Otsuka ont évoqué l’idée d’une suite. Oshii a suggéré qu’une suite pourrait être conçue sans faire apparaître Motoko ou sans la faire parler, une perspective qui enthousiasme le comédien à l’idée de reformer son duo avec Koichi Yamadera.

L’amour du jeu d’acteur

Outre Snake et Batou, Akio Otsuka garde un attachement profond pour la série d’OAV Black Jack réalisée en 1993 : « L’OAV Black Jack est la première très grande franchise à laquelle j’ai participé. J’avais bien joué Anavel Gato dans Mobile Suit Gundam 0083: Stardust Memory, mais c’était une œuvre sortie directement en vidéo. Même si je disais « J’ai joué Gato », la notoriété auprès du grand public restait très limitée à l’époque. Il y avait beaucoup moins d’amateurs d’animation qu’aujourd’hui, et la saga Gundam n’était pas encore le phénomène culturel géant qu’elle est devenue. En revanche, dès que je citais le nom de Black Jack, la réaction était tout autre. C’était une œuvre du maître Osamu Tezuka, prépubliée quelque 50 ans plus tôt dans le Weekly Shonen Champion d’Akita Shoten. »

Il revient également sur son rôle de Koji Takao dans Evangelion: 3.0+1.0 Thrice Upon a Time : « C’était un personnage assez difficile à appréhender au départ, car il arrivait tardivement dans la saga et n’avait pas un ancrage historique profond dans l’intrigue. J’ai choisi de l’aborder comme une sorte d’hommage à mes anciens rôles de capitaines ou de militaires, comme le Capitaine Nemo dans Nadia, le secret de l’eau bleue, une autre œuvre phare de Hideaki Anno. »

Parmi ses interprétations marquantes, il cite de façon plus inattendue le personnage de Rider dans Fate/Zero. Après avoir reçu les quatre épais romans originaux à lire avant l’enregistrement du drama CD initial, il est immédiatement tombé sous le charme du texte : « En lisant, je me suis dit : « Ce personnage de Rider est fantastique ». Dans un récit très sombre et dépressif, chaque apparition de Rider apporte une vraie bouffée d’air frais. Je me disais : « Quel rôle béni ! ». Jouer Rider était un pur bonheur. Comment dire… C’était comme conduire une Harley avec un gros couple moteur, qui avance dans un grondement lourd et puissant. C’est une sensation extrêmement rare dans ce métier. »

Il évoque en particulier l’épisode de la « joute des Rois », où Rider, Saber et Archer débattent de la souveraineté autour d’un verre. Cette séquence verbeuse exigeait une maîtrise parfaite de la part des comédiens : « Pendant cette scène, Rider expose toute sa philosophie avec une grande éloquence. La logique qu’il développe est incroyablement limpide et percutante. C’est une vision de la royauté que peu de gens auraient imaginée. Ce genre de scène est extrêmement rare dans un anime classique : vous avez juste trois personnages qui discutent pendant un épisode entier ! Quand son pouvoir Ionioi Hetairoi apparaît à l’écran, le visuel suffit à impressionner. Mais la joute des Rois repose uniquement sur la parole. Captiver les spectateurs ne dépendait donc que du talent des comédiens. J’ai tout donné pour ce rôle. »

L’évolution du doublage face à l’IA

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Crédit photo : Shiro Miyake / Bungeishunju

Plus d’une décennie après la parution de son essai Seiyū Tamashii (« L’Âme d’un comédien de doublage »), Akio Otsuka observe les transformations de son industrie avec lucidité. S’il salue l’autonomie qu’offrent YouTube et les plateformes numériques aux jeunes comédiens, il regrette une certaine prudence exagérée en studio : « Au niveau du jeu pur en studio, je constate souvent chez les plus jeunes une recherche permanente de la sécurité. Beaucoup cherchent à livrer dès la première prise une prestation propre, calibrée à « 80/100 », sans défaut mais sans prise de risque. Ils craignent de se tromper ou de déranger. Or, le véritable art du comédien naît souvent de la prise de risque, de l’accident ou de l’audace d’aller chercher une émotion brute, quitte à ce que ce soit imparfait. »

Face au développement rapide des intelligences artificielles vocales, Akio Otsuka formule une analyse très ferme sur l’avenir du métier : « Il faut être réaliste : sur le plan purement technique, l’IA finira par dépasser l’humain. Elle sera capable de débiter un texte de manière parfaitement fluide, sans trébucher, avec un timbre impeccable. Dès lors, la valeur d’un comédien ne résidera plus jamais dans la beauté formelle de sa voix ou sa perfection technique. Ce qui fera la différence, c’est l’humanité, l’expérience de vie et l’intention dramatique que l’on met derrière les mots. Il ne s’agit pas juste de prononcer une réplique, mais de la délivrer d’une manière qui vienne planter un coup de poignard en plein cœur du spectateur. L’IA peut imiter des sons, mais elle ne ressent pas la douleur, la joie ou le deuil. C’est sur ce terrain de l’émotion brute que nous devons nous battre. »

Il salue néanmoins le talent de plusieurs comédiens de la nouvelle génération, citant Anna Nagase (Summer Time Rendering) pour sa capacité à jouer avec son cœur sans s’écouter parler, ainsi que Takahiro Sakurai et Koki Uchiyama pour leur justesse naturelle.

Pour conclure, Akio Otsuka résume sa philosophie d’artisan : « Le doublage est un métier d’artisanat. Il s’apprend par la transmission, l’observation des anciens en studio et l’enrichissement de sa propre vie personnelle. Tant que nous préserverons cette sensibilité artistique et cette transmission d’humain à humain, notre métier gardera tout son sens. »

À 66 ans, Akio Otsuka continue d’exercer son métier avec une exigence et une passion intactes. Qu’il prête sa voix à des guerriers aguerris, des figures historiques ou des personnages de jeux vidéo devenus légendaires, son parcours démontre qu’un destin artistique se bâtit parfois sur des détours inattendus. Pour les passionnés de Metal Gear comme pour les amateurs d’animation japonaise, sa voix demeure une empreinte indélébile de la culture populaire moderne, indissociable des moments forts de ces dernières décennies.

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Thomas
Thomas
Rédacteur en chef et chroniqueur anti-protocolaire. Enfant des années 80's / 90’s biberonné à la Pop Culture. Ancien administrateur et rédacteur des sites et forums francophones dédiés à l'univers de Metal Gear.

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