Entre héritage du DCEU et formatage créatif, le nouveau DCU de James Gunn a du mal à décoller. Notre édito sur une stratégie en plein doute.
Après Creature Commandos, la deuxième saison de Peacemaker, Superman et Supergirl, force est de constater que nous avons toujours autant de mal à adhérer au nouveau DCU de DC Studios. Bien que nous ayons, par nature, une affection particulière pour les personnages de l’écurie DC, Warner Bros peine à convaincre avec ses adaptations de comics. À titre de comparaison, même si Marvel Studios traverse une longue période de turbulences depuis Avengers Endgame, le studio parvient encore à susciter l’intérêt du public. Que ce soit la hype sur les réseaux sociaux, les différents records battus par les bandes-annonces ou les résultats au box-office, le MCU maintient, avec les difficultés qu’on lui connaît, son cap, là où DC tâtonne.
Nous avons le sentiment que depuis la sortie de The Dark Knight Rises, qui achevait la trilogie de Christopher Nolan, Warner Bros cherche désespérément une direction, ce qui nous rappelle la période floue entre les films Batman de Joel Schumacher et l’arrivée de Christopher Nolan sur Batman Begins. Clairement, le studio aurait dû laisser Zack Snyder achever son arc narratif en cinq films avant de passer à autre chose (quant aux fans hardcore de Snyder, ils doivent aussi passer à autre chose). Au lieu de cela, ils ont multiplié les réajustements jusqu’à l’arrivée de James Gunn et Peter Safran.
Si leur nouvel univers tente de poser de nouvelles bases, il reste paradoxalement rattaché aux vestiges du DCEU via Peacemaker. C’est sans doute pour cela que le public peine à s’impliquer. Cela manque de rupture franche et crée une confusion chez les spectateurs, nous en parlions dès le début chez Eklecty-City, disant que cela allait poser problème. Aujourd’hui, les résultats (critiques, box-office, retour des spectateurs) de Superman et Supergirl montrent que le DCU peine à convaincre. Si nous avons passé un bon moment devant Superman, nous lui préférons Man of Steel. Quant à Supergirl, le projet final est un film malade qui avait un énorme potentiel, notamment avec Milly Alcock, qui fait ce qu’elle peut avec le matériau fourni. Mais on se fait royalement chier devant le film. Alors, oui, nous avons appris via le Hollywood Reporter qu’il y a eu des différends créatifs en post-production et un processus inhabituel de double montage imposé entre le réalisateur Craig Gillespie et James Gunn. Toutefois, même ces coulisses chaotiques et ce manque d’alignement ne suffisent pas à expliquer tout ce qui ne va pas avec le DCU.
Le dilemme artistique de James Gunn
Selon nous, le cœur du problème réside peut-être dans l’omniprésence de la patte de James Gunn. Nous avons une affection particulière pour le réalisateur, il a clairement fait des merveilles avec les Gardiens de la Galaxie chez Marvel Studios. Sa trilogie est un ovni dans le MCU puisqu’il est parvenu à insuffler une vision d’auteur dans un univers lui aussi formaté. Cependant, transposer le style Gunn à l’ensemble du DCU ne fonctionne pas. Ce qui était sa force chez Marvel devient un formatage étouffant chez DC.
Si nous étions déjà inquiets à l’idée de voir le réalisateur de The Flash, Andy Muschietti, à la direction de Batman: The Brave and the Bold, les rumeurs selon lesquelles James Gunn pourrait finalement prendre la direction du film ne nous rassurent pas non plus. Si l’adaptation de Batman pour ce nouvel univers semble prendre du temps, c’est non seulement parce qu’il devra coexister avec la version de Matt Reeves, mettant en scène Robert Pattinson, mais aussi parce qu’une adaptation de Batman ne laisse aucun droit à l’erreur. Si Superman incarne l’essence même de la bande dessinée, Batman reste l’icône fédératrice par excellence, capable de rassembler toutes les générations et de séduire une audience bien plus large, ce qui rend le défi de lui offrir une nouvelle incarnation particulièrement complexe.
Entre l’héritage des précédentes versions et la nécessité d’imposer une identité forte sans tomber dans une vision trop « pop » qui a déjà montré ses limites avec Superman et Supergirl, James Gunn fait face à un casse-tête stratégique. Et comme nous l’avions évoqué dans un précédent article, s’inspirer de la saga vidéoludique Batman: Arkham apparaît comme une obligation, tant elle constitue la synthèse parfaite de toutes les grandes interprétations du personnage, loin des cadres tonaux trop limités des précédentes adaptations.
A ce stade, Clayface de James Watkins, attendu en salles le 21 octobre 2026, est le seul projet du DCU qui retient encore notre attention, car depuis l’annonce et les premières images, le film pique notre curiosité avec une approche proche du Joker de Todd Phillips adaptée au personnage de Gueule d’Argile. Toutefois, le fait que ce projet semble directement rattaché au DCU nous laisse craindre qu’il ne subisse lui aussi ce formatage omniprésent. Hormis Clayface, ni la série Lanterns avec sa proposition inspirée de True Detective prévue pour le mois prochain, ni Man of Tomorrow, qui est le second film Superman attendu en juillet 2027, ne parviennent à éveiller la moindre once de curiosité chez nous.
Un bruit de couloir suggère que Supergirl de Craig Gillespie était un projet si défaillant que James Gunn n’aurait eu d’autre choix que de reprendre la main en urgence pour tenter de sauver le film, mais il est encore trop tôt pour confirmer la véracité de ces rumeurs. Ce qui est certain après les quatre premiers projets du DCU, c’est que tous semblent calibrés sur la vision de James Gunn née avec Les Gardiens de la Galaxie chez Marvel Studios. Un constat paradoxal quand on se souvient que le codirecteur de DC Studios avait promis un univers riche en projets possédant chacun leur propre identité.
Et alors que la fusion entre Warner Bros et Paramount Skydance sera effective cette année et que la filiale DC Comics passera sous la direction des conservateurs de la famille Ellison, nous ne sommes pas à l’abri d’un énième ajustement pour les films DC, d’autant plus que les contrats de James Gunn et Peter Safran à la tête de DC Studios courent jusqu’à fin 2027.






