À l’occasion de la sortie de son disque Mirage, l’ancien robot de Daft Punk, Thomas Bangalter, livre des confidences exclusives.
Avec la sortie de Mirage, une composition de cinquante minutes conçue pour le chorégraphe Damien Jalet et le plasticien Kōhei Nawa, Thomas Bangalter confirme sa rupture définitive avec les rythmiques synthétiques de son passé. Dans les colonnes du quotidien britannique The Times, le musicien parisien livre un regard sans concession sur sa trajectoire, évoquant la lourdeur physique de son ancien costume, le deuil de son duo mythique et ce besoin vital de bousculer ses habitudes de création.
L’épreuve physique des casques
Pour le public mondial, le souvenir de Daft Punk reste indissociable de ces visages de métal qui protégeaient l’anonymat des deux musiciens. Pourtant, derrière la magie de cette mise en scène visuelle, la réalité des concerts imposait des contraintes physiques extrêmes. Thomas Bangalter se souvient notamment d’une répétition sous la chaleur du festival de Coachella, en 2006, où son complice Guy-Manuel de Homem-Christo et lui-même avaient choisi de revêtir des vestes de ski pour tester leur endurance.
L’artiste se rappelle ses consignes de l’époque : « J’ai dit à Guy-Man : « Portons des vestes de ski – si nous traversons cela, tout le reste sera facile. » Et c’est ce que nous avons fait – c’était le pire moment de notre vie. »
Alors que l’industrie du spectacle pousse de nombreuses formations à se reformer pour des sommes astronomiques, à l’image des récents accords conclus par le groupe Oasis, Thomas Bangalter refuse catégoriquement l’idée d’un retour. Interrogé sur la tentation d’une reformation, sa réponse fuse, sans appel : « Non. Je suis vraiment heureux que, tout au long de notre long parcours, nous ayons réussi à ne pas tout gâcher. Il y a d’autres choses à explorer. » En abandonnant ce double virtuel, il affirme retrouver une existence simple, loin des projecteurs : « J’étais l’un des robots, mais maintenant je suis juste un humain sans aucun super-pouvoir. »
Un retour aux racines familiales
Si le choix de composer pour des ballets surprend les amateurs de pop, cette direction répond en réalité à un héritage intime très fort. Sa mère ainsi que sa tante pratiquaient la danse à un niveau professionnel dans la capitale française, une passion commune qui a d’ailleurs permis la rencontre de ses parents. Son père, connu sous le pseudonyme de Daniel Vangarde, a lui aussi marqué l’univers du disque en produisant le tube planétaire D.I.S.C.O. du groupe Ottawan à la fin des années soixante-dix.
L’art de la scène coule donc dans les veines du musicien, qui voit dans le ballet une forme de communion humaine, un choix qu’il justifie par ces mots : « Une symphonie serait une proposition très présomptueuse – « Je suis le maestro ! » Un ballet reste au service d’un besoin rituel de se rassembler. »
La matière sonore sculptée à l’état brut
Après l’expérience de Mythologies où il s’imposait une écriture traditionnelle sur partition, Thomas Bangalter renoue avec les machines pour Mirage, mais selon une méthode totalement réinventée. Cette suite linéaire, divisée en huit sections distinctes, délaisse la perfection numérique au profit de l’accident et de la surprise. L’ancien producteur de musique électronique souhaite ainsi tordre le cou aux idées reçues sur son obsession du contrôle : « Les gens disent parfois : « Oh, Daft Punk étaient des control freaks. » Mettre l’accent sur la partie spontanée du processus est vital. »
À travers ces nouvelles pages, l’auditeur découvre un environnement minimaliste, une sorte de météo sonore faite de bruits sourds et de cloches célestes. Ce travail prouve que l’absence de programmation rigide autorise une création libre, loin des clichés. L’album accompagne le mouvement des corps avec souplesse, tout en existant pour une écoute solitaire.
Une exploration artistique sans frontières
Désormais libre face aux exigences du marché de la musique, Thomas Bangalter multiplie les collaborations insolites à Paris comme à l’étranger. Il compose ainsi pour des installations urbaines, à l’image de la structure gonflable du Pont Neuf imaginée par l’artiste JR, un espace temporaire qui diffuse une unique fréquence continue.
Évoquant la diffusion continue de ce paysage sonore, il confie ses doutes initiaux : « J’étais réticent à l’idée d’imposer de la musique dans un espace public, en particulier quelque chose qui durerait trois semaines, 24 heures sur 24. »
À cinquante et un ans, Thomas Bangalter délaisse le confort de sa fortune (estimée à plus de 80 millions d’euros) pour privilégier le risque de la recherche pure.





