Exclusif : Emmanuel Bonami évoque son rôle dans la série ‘NCIS : Tony & Ziva’ et les coulisses d’un tournage entre Paris et Budapest.
Acteur, directeur artistique et comédien de doublage, Emmanuel Bonami s’est construit une trajectoire singulière. Sa voix a marqué les amateurs de jeux vidéo avec Metal Gear Solid, où il incarnait Solid Snake dans la version française. À l’écran, on l’a vu dans Vermines (2023) de Sébastien Vaniček, Furies (2024) ou encore Coup de Chance (2023) de Woody Allen. Cette circulation constante entre doublage, cinéma et séries illustre un parcours ouvert, toujours attentif à explorer de nouveaux terrains.
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En 2024, Emmanuel Bonami franchit une étape importante avec son arrivée dans NCIS : Tony & Ziva. Ce spin-off, attendu en septembre 2025 sur Paramount+, s’inscrit dans une franchise qui figure parmi les plus populaires de la télévision américaine depuis plus de vingt ans. Créée en 2003 par Donald Bellisario comme spin-off de JAG (1995-2005), NCIS a donné naissance à plusieurs déclinaisons (Los Angeles, Hawaï, Sydney) et séduit un public international. Cette fois, la série met en avant deux figures très appréciées des fans, Tony DiNozzo (Michael Weatherly) et Ziva David (Cote de Pablo), réunis plusieurs années après leur départ du NCIS.
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Au cœur de cette nouvelle aventure, tournée entre Paris et Budapest, Emmanuel Bonami incarne Pierre Galimard, un rôle récurrent qui lui permet d’intégrer un projet pensé pour l’international. Nous avons échangé avec lui sur cette expérience. Un tournage européen aux allures de production américaine, sa rencontre avec Michael Weatherly et Cote de Pablo, mais aussi les défis de ce nouveau rôle et la manière dont cette aventure s’inscrit dans son parcours.
Se retrouver autour d’une table avec tous ces comédiens dont je connaissais le travail était une expérience assez forte.
Au cœur d’un tournage international
Comment as-tu été contacté pour rejoindre NCIS : Tony & Ziva ? Qu’est-ce que ça t’a fait de débarquer dans une franchise aussi culte ?
Emmanuel : Par le biais de mon agent, j’ai passé des essais avec la directrice de casting Sophie Holland et son assistante, venues de Londres à Paris pour rencontrer des comedien.ne.s français.es.
S’en est suivi plusieurs étapes de casting jusqu’à la validation du rôle. Quand cela a été le cas, j’avais encore un peu l’impression que c’était comme dans un rêve, partir plusieurs semaines à Budapest pour travailler sur une série américaine culte… j’étais sur un petit nuage.
La directrice de casting Sophie Holland a notamment travaillé sur des séries internationales comme The Witcher (Netflix) ou Shadow and Bone. Et plus récemment, sur la série Mercredi avec Jenna Ortega.
Qu’est-ce qui t’a accroché en découvrant le rôle de Pierre Galimard ? Qu’est-ce qui, selon toi, le rend intéressant à incarner ?
Emmanuel : Le personnage étant développé sur plusieurs épisodes, cela permettait de lui trouver des aspérités, des nuances, de lui donner plus de corps afin de trouver sa place dans cet univers.
Tu as partagé l’écran avec Michael Weatherly et Cote de Pablo. Comment s’est passée la rencontre ? Il y a eu une alchimie immédiate ou il a fallu trouver le bon ton ?
Emmanuel : La première rencontre a eu lieu lors de la lecture des premiers épisodes avec la distribution principale. Se retrouver autour d’une table avec tous ces comédien.ne.s dont je connaissais le travail en regardant des séries et des films anglosaxons était une expérience assez « forte ». Et puis ça s’est passé très simplement. Ils sont charmants, drôles et très pros. L’alchimie est venue assez vite, car on est tout de suite dans le jeu, c’est comme dans un groupe avec des musiciens, on joue au diapason.
Michael Weatherly et Cote de Pablo reprennent leurs rôles plus de dix ans après avoir quitté la série mère. Leur duo, central dans l’univers NCIS, est l’un des plus populaires de la franchise auprès des fans.
Comment était l’ambiance sur le plateau ? Il y a eu une vraie complicité avec l’équipe, les comédiens ?
Emmanuel : Un bel esprit d’équipe. Tout le monde était très sympathique. On est dans le travail, autant que ça se passe bien. Les rapports étaient vraiment excellents, que ce soit avec la distribution, les réalisatrices avec lesquelles j’ai travaillé, les prods éxé, le showrunner John Mcnamara, et les auteur.rice.s. Beaucoup de plaisir a être sur le plateau.
Le tournage a eu lieu entre Paris et Budapest. Quel souvenir gardes-tu de cette expérience sur un plateau aussi international ?
Emmanuel : Une expérience un peu dingue. C’était un peu comme un rêve de gosse, quand gamin on se dit naïvement « un jour je ferais des films américains », puis près de 40 ans plus tard, ça se réalise… et travailler avec des personnes de différentes nationalités, différents horizons, expériences, je trouve cela toujours tellement enrichissant. Partager sa passion n’a pas de prix.
Budapest est devenue un lieu privilégié des productions internationales grâce à ses infrastructures et à un système d’incitations fiscales attractif. De nombreuses séries et films américains y sont tournés chaque année.
Tourner pour une production américaine, c’est une autre échelle. Qu’est-ce qui t’a le plus surpris ou marqué dans leur façon de travailler ?
Emmanuel : Le travail reste le même. On change juste de cours de récréation. Ce qui m’a le plus surpris, c’est que même avec une très grosse équipe, le travail paraît « simple ». Il y avait beaucoup de bienveillance. C’est assez « smooth ». Et puis comme évoqué précédemment, il y a vraiment le sentiment d’être dans un groupe, que l’on joue la même partition avec générosité. On discute avec ses partenaires pour trouver des petits détails pour rendre la scène la meilleure possible.
NCIS : Tony & Ziva est la sixième série dérivée de la franchise. Elle succède à ‘Los Angeles’ (2009–2023), ‘Nouvelle-Orléans’ (2014-2021), ‘Hawai’i’ (2021–2024), ‘Sydney’ (2023) et ‘Origins’ (depuis 2024).
Y a-t-il une scène ou un jour de tournage qui t’a particulièrement challengé – physiquement, émotionnellement ou techniquement ?
Emmanuel : Il y a eu quelques scènes de « cascades », que j’affectionne particulièrement, qui ont nécessité un peu de prépa. Et c’était une belle expérience de répéter, d’échanger et préparer avec des spécialistes hongrois et américains
Tu as souvent interprété des rôles complexes, parfois sombres, que ce soit à l’écran ou sur scène. En quoi le personnage de Pierre Galimard prolonge-t-il cette veine, ou représente-t-il une évolution dans ton parcours artistique ?
Emmanuel : L’évolution était pour moi de jouer dans les 2 langues, en français et en anglais. Un bel exercice car il ne s’agit pas que d’une question de mots ou d’accent. Il faut que les intentions soient justes. Et elles ne se traduisent pas toujours de la même façon.
C’est vrai que j’adore les personnages qui flirtent avec le côté obscur. Je trouve que ce sont souvent les personnages les plus intéressants à construire car ils permettent d’explorer la part d’ombre qui sommeille en chacun de nous. Mais j’adorerai un jour interpréter un vrai gentil…
Emmanuel Bonami a l’habitude d’alterner entre l’anglais et le français : il a étudié le jeu d’acteur à Londres, au City Lit et à The Actor’s Center, avant de poursuivre sa formation à Paris.
En plus de ton rôle dans NCIS : Tony & Ziva, on te connaît également pour ton travail de doublage. Est-ce que tu te doubles toi-même pour la version française, ou un autre comédien s’en charge ? Et au-delà de l’aspect technique, est-ce que c’est plus facile ou au contraire un peu étrange de se doubler soi-même ?
Emmanuel : Oui, j’ai eu la chance de pouvoir me doubler dans la VF de la série. Ce n’est pas toujours simple de se post-synchroniser soi-même. Car il faut pouvoir récréer en studio ce que l’on a déjà vécu sur le tournage, il y a un bon moment. Et dans ce cas précis, il fallait se doubler parfois dans une langue différente. C’est un petit peu troublant au début car on a encore le dialogue originel en tête. Mais je suis vraiment ravi d’y avoir participé.
Ce n’est pas la première fois qu’un acteur francophone assure lui-même son doublage pour une série internationale. C’est le cas, par exemple, de Tahar Rahim dans The Serpent (Netflix/BBC).
Comment vois-tu ton rôle dans cette série : comme une simple parenthèse ou une expérience qui marque un tournant dans ton lien avec les productions internationales ?
Emmanuel : Je vois ça surtout comme une expérience extraordinaire, une chance d’avoir pu travailler sur un tel projet. De pouvoir partager sa passion et de côtoyer des personnes d’horizons différents. Une aventure que je ne suis pas près d’oublier.
Pour les fans de NCIS – ou ceux qui vont découvrir la série – qu’est-ce qui rend Tony & Ziva unique, à ton avis ? Pourquoi il ne faut pas passer à côté ?
Emmanuel : Tony & Ziva se détache un peu de la série originelle en étant moins « procédurale » mais plus une aventure sur 10 épisodes à travers l’Europe, avec ce qu’il faut d’espionnage, d’action, d’humour et de romantisme.
Contrairement aux séries NCIS traditionnelles, centrées sur des enquêtes bouclées à chaque épisode, Tony & Ziva adopte une narration feuilletonnante, construite sur une histoire continue en dix épisodes.
Avec ce rôle dans NCIS : Tony & Ziva, Emmanuel Bonami rejoint une franchise suivie depuis plus de vingt ans. La série sera diffusée à partir du 4 septembre 2025 sur Paramount+.
Propos recueillis par Thomas O. pour Eklecty-City.fr, qui remercie Emmanuel Bonami de s’être prêté au jeu d’une interview.
Photo : Marcell Piti/Paramount+