Highlander III efface les aliens pour revenir aux sources. Découvrez les coulisses d’une suite née d’un procès explosif.
Le grand déni cinématographique
Le cinéma oublie parfois ses erreurs par la force brute. Après le séisme industriel provoqué par la planète Zeist en 1991, les producteurs de la saga se retrouvent face à une impasse. Leur solution ? Prétendre que l’épisode précédent n’a jamais existé.
Highlander III agit comme une gomme narrative, réécrivant le destin de Connor MacLeod dès les premières minutes. On y découvre que Brenda Wyatt n’est pas morte d’un cancer lié à la couche d’ozone, mais dans un banal accident de voiture en 1987. Ce choix radical restaure un monde où le ciel est intact et où l’immortalité de Connor reste totale, contredisant frontalement les fondations mêmes du deuxième volet.
Cette stratégie du « soft reboot » avant l’heure ne se limite pas au scénario. La production cherche désespérément à retrouver l’ADN visuel qui a fait le succès du premier film. Elle mise sur un retour en Écosse, filmant à nouveau dans les paysages mythiques des Highlands pour rassurer une base de fans trahie. Le film tente de boucler la boucle en présentant ce troisième duel comme la véritable « Dimension Finale ».
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Un divorce à 8 millions de dollars
L’histoire des coulisses est au moins aussi tendue que celle à l’écran. Russell Mulcahy, le réalisateur des deux premiers opus, devait initialement clore sa trilogie. Le destin en décide autrement quand les producteurs refusent de placer son salaire de 1.2 million de dollars sur un compte bloqué. Mulcahy se retire. La riposte juridique ne se fait pas attendre : Davis-Panzer Productions lance une poursuite massive, réclamant 8.3 millions de dollars au cinéaste pour rupture d’un accord oral.
C’est dans ce climat électrique qu’Andy Morahan, transfuge de l’univers du clip vidéo, fait ses premiers pas de réalisateur. Il hérite d’une lourde mission : stabiliser une franchise en pleine tempête judiciaire. Le tournage se transforme en un périple international entre le Maroc, le Québec (pour simuler un village japonais médiéval) et New York. Morahan injecte une esthétique très marquée par les années 90, multipliant les effets de lumière et les transitions nerveuses, tout en naviguant entre les exigences d’un budget qu’il doit impérativement rentabiliser.
La part de mystique : Nakano et la forge
Pour se démarquer de la brutalité punk du Kurgan, Highlander III introduit une nouvelle dimension : la magie pure. Le film nous transporte au XVIe siècle, dans une grotte du mont Niri au Japon. Connor y rencontre Nakano, un maître des illusions et ancien ami de Ramírez. Ce segment apporte une profondeur ésotérique inédite à la formation de MacLeod. Nakano ne lui enseigne pas seulement l’art du sabre, il lui transmet la maîtrise de l’esprit.
L’antagoniste, Kane, brise ce sanctuaire. En décapitant Nakano, il s’approprie une puissance mystique qui dépasse le simple combat physique. Ce Quickening provoque un éboulement qui emprisonne Kane pendant des siècles, gelant le « Jeu » jusqu’à ce qu’une archéologue, Alexandra Johnson, ne libère accidentellement ce mal ancien en 1994. Le film lie alors le destin de Connor à celui d’Alex, sosie troublant d’un amour passé, Sarah Barrington, rencontrée durant la Révolution française. Cette quête de rédemption passe par la reconstruction d’un katana brisé, forgé à partir d’un acier raffiné issu de la grotte de Nakano, symbolisant la renaissance du Highlander.
Le hold-up du box-office
Contre toute attente, cette manœuvre de sauvetage s’avère payante. Malgré des critiques souvent acerbes qui lui reprochent son manque d’originalité, le film réalise un exploit : il devient le seul volet de la franchise à récupérer son budget initial directement en salles. Avec 36,7 millions de dollars de recettes mondiales, Highlander III s’impose comme le succès commercial le plus solide de la saga. Pour les producteurs, c’est la validation d’une stratégie pragmatique : donner au public ce qu’il réclame, à savoir un calque efficace du premier film, plutôt que de tenter une expérimentation risquée.
La production s’autorise même quelques manœuvres stratégiques pour unifier un univers qui partait dans tous les sens. William Panzer injecte des éléments de continuité directement calibrés pour la série télévisée alors en plein essor. On y retrouve l’application stricte de la règle du « terrain sacré », où l’épée de MacLeod vole en éclats lors d’un duel prohibé dans un sanctuaire, un pilier immuable des aventures de Duncan MacLeod sur le petit écran. Cette volonté de cohérence se niche aussi dans l’approche historique des flashbacks et l’idée d’une documentation secrète sur les Immortels, préparant ainsi le terrain pour la fusion future des deux branches de la licence.
Du PG-13 au sang versé
Le film subit pourtant une dernière distorsion lors de sa distribution américaine. Sorti au cinéma sous une classification PG-13, le montage original se voit amputé de ses moments les plus crus pour ratisser large. Il faut attendre la sortie vidéo et le « Special Director’s Cut » pour découvrir la vision non censurée d’Andy Morahan. Ce montage restaure deux scènes d’intimité ainsi qu’une violence bien plus graphique lors des duels.
La version américaine, rebaptisée The Final Dimension, se distingue aussi par des retouches numériques spécifiques. Le portail de téléportation de Kane à New York ou les séquences de lévitation finale de Connor bénéficient d’effets visuels retravaillés. Même la bande-son change : là où l’international vibre au son de Loreena McKennitt, les États-Unis optent pour une reprise instrumentale de Mötley Crüe lors du combat final. Ces ajustements montrent à quel point le film a été poli comme un produit de consommation calibré pour chaque marché.
La fin d’un cycle
Avec la décapitation de Kane dans une centrale électrique désaffectée de Jersey City, Connor MacLeod obtient enfin ce qu’il cherchait : le Prix. En absorbant l’énergie de tous les immortels ayant jamais vécu, il gagne le droit de vivre une vie normale auprès d’Alex et de son fils adoptif John. C’est la conclusion définitive pour le personnage interprété par Christopher Lambert, qui laisse derrière lui une trilogie aussi chaotique que fascinante.
En sauvant les meubles après le désastre du deuxième opus, cet épisode tente de refermer la parenthèse Connor MacLeod avec une dignité retrouvée. Si le film ne réinvente pas la roue, il offre à l’Écossais une sortie que l’on pensait alors honorable, loin du chaos de Zeist. Mais dans l’univers d’Highlander, la paix n’est jamais qu’un sursis. Ce repos ne sera que de courte durée, car l’ombre d’un passé encore plus lointain s’apprête à forcer Connor à croiser le fer une ultime fois aux côtés de son cousin Duncan.





