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[CRITIQUE] « Scream 7 » : Un héritage gâché par la production

Sidney Prescott revient dans un septième Scream marqué par une production chaotique et un scénario qui oublie l’esprit de Wes Craven.

ATTENTION CRITIQUE AVEC SPOILER

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Écrire sur la saga Scream a toujours été fascinant. À la rédaction, nous avons un certain affect pour la franchise initiée par Wes Craven et Kevin Williamson en 1996 avec le premier opus, ainsi que pour ses interprètes, Neve Campbell, David Arquette et Courteney Cox. Il y a eu du bon et du vraiment moins bon avec Ghostface, mais chacun des films qui composent la franchise a quelque chose à dire, que ce soit sur ce qu’ils sont, sur leur genre ou sur la société dans laquelle ils s’inscrivent. C’est pourquoi, malgré sa production chaotique, nous apprécions également Scream 3 qui boucle une trilogie.

Onze ans après cette conclusion, Wes Craven signait son dernier long-métrage en 2011 avec Scream 4. Si à sa sortie, le film a divisé de nombreux fans – nous y compris – nous avons appris avec le temps à l’apprécier à sa juste valeur. Scream 4 était en avance sur son temps en proposant une version 2.0 de Ghostface, plaçant au cœur de l’intrigue la culture web et le vlogging, alors que les diffusions en direct sur internet n’en étaient qu’à leurs balbutiements. Un épisode pleinement ancré dans son époque, plus intelligent qu’il n’y paraît, et qui aurait pu être le premier opus d’une nouvelle trilogie centrée sur la cousine de Sidney Prescott, Jill Roberts (Emma Roberts). Cerveau derrière les crimes du quatrième opus, elle aurait dû être elle-même la proie dans les films suivants.

Avec la disparition de Wes Craven en 2015, Scream a tardé à revenir sur les écrans et la franchise est passée entre les mains de sociétés de production pro-MAGA, Spyglass Media Group et Paramount Pictures.

Les héritiers de Woodsboro

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Melissa Barrera est Samantha Carpenter dans Scream 6 (2023).

Scream se démarque des autres sagas par son côté méta, notamment via la franchise de films Stab qui s’inspire de la vie de Sidney Prescott. Un autre élément ayant marqué les esprits est l’utilisation d’acteurs connus et reconnaissables, ce qui n’était pas courant pour les films d’horreur à l’époque. Citons l’actrice Drew Barrymore, éliminée dès les premières secondes du film alors que celui-ci ne comptait par ailleurs que des acteurs de séries pour les personnages principaux. Ou encore Tori Spelling qui joue son propre rôle dans Scream 2, celui d’une actrice ayant signé pour incarner Sidney Prescott dans la franchise Stab. Avec la disparition de Wes Craven, cette partie de l’âme de Scream s’est éteinte.

En 2022, les réalisateurs Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett arrivent avec un cinquième opus écrit par James Vanderbilt et Guy Busick. Ce nouveau volet introduit une nouvelle génération portée par Melissa Barrera (Samantha Carpenter) et Jenna Ortega (Tara Carpenter). Le nouveau tueur prend pour cible la bande d’amis de Tara, qui possèdent tous des liens avec les victimes des tueurs originaux. Il s’avère que l’un des tueurs est Richie Kirsch (Jack Quaid), le petit ami de Samantha Carpenter, laquelle n’est autre que la fille cachée de Billy Loomis, le tueur et petit ami de Sidney Prescott dans le film original. Il est accompagné d’Amber Freeman (Mikey Madison) ; le duo s’est rencontré sur un forum et, en tant que fans de la franchise Stab, leur motivation est de relancer la saga qui s’est égarée avec une « bonne histoire » : une legacy sequel. Le film suivant se déroule à New York et met en scène la sœur, le frère et le père de Richie Kirsch, venus venger la mort de ce dernier auprès des sœurs Carpenter.

Bien que solides et efficaces, ces deux épisodes nous avaient parfois laissés perplexes, notamment en raison de l’introduction d’éléments plus « surréalistes », voire « surnaturels », comme les hallucinations de Sam Carpenter voyant apparaître son père Billy Loomis (à nouveau incarné par Skeet Ulrich). Une approche qui détonnait clairement avec l’ADN de la franchise. De plus, la mort de Dewey (David Arquette) dans le cinquième opus est sans aucun doute la plus grosse erreur de ces films.

Ces deux longs-métrages ont également élevé un quatuor en lieu et place du trio formé par Sidney Prescott, Gale Weathers et Dewey Riley. Ce nouveau groupe, composé de Samantha Carpenter, Tara Carpenter et des jumeaux Mindy Meeks-Martin (Jasmin Savoy Brown) et Chad Meeks-Martin (Mason Gooding) – les neveux de Randy, le spécialiste cinéma des films originaux – devait porter la suite.

Une production dans la tourmente

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Si un septième film devait initialement voir Samantha Carpenter vriller définitivement en tant que Ghostface, la mise en chantier de Scream 7 a traversé une crise en coulisses. Suite au renvoi de Melissa Barrera par la société de production Spyglass – une décision très controversée liée à son soutien au peuple de Gaza – l’actrice Jenna Ortega a choisi de quitter le projet par solidarité avec sa partenaire. Dans la foulée, le réalisateur initialement prévu, Christopher Landon, s’est également retiré suite à des pressions et des menaces à son encontre, déclarant que le projet de ses rêves s’était transformé en cauchemar.

Face à cette impasse, Spyglass a dû revoir sa position concernant Neve Campbell. Alors que la production avait refusé de rémunérer l’actrice à sa juste valeur pour le sixième épisode – raison de son absence de l’opus précédent – les producteurs lui ont finalement sorti le grand jeu pour Scream 7, conscients qu’elle était la seule capable de sauver la franchise. Ils ont également fait appel, pour la réalisation, à Kevin Williamson, le scénariste des films originaux.

Conscient de sa mauvaise image auprès du public international, Spyglass enchaîne rapidement les grosses annonces, notamment avec les retours de Matthew Lillard (Stu Macher), Scott Foley (Roman Bridger) et David Arquette (Dewey Riley). Très rapidement, les fans s’interrogent sur le retour de ces personnages censés être tous morts. La thématique de l’IA au cœur de l’intrigue émerge alors dans les conversations. Quant au retour de Stu Macher, cela alimente une partie de la fanbase qui rêve de le revoir en tant que tueur, comme c’était prévu initialement pour le troisième opus. Spyglass et Paramount mènent également une campagne marketing tambour battant avec Neve Campbell, qui fait le tour des plateaux de télévision du monde entier, notamment chez Quotidien en France. En bref, la production met le paquet pour faire oublier le début de production chaotique et honteux de ce septième opus.

Un septième volet dont l’intrigue a fuité dans son intégralité au mois d’octobre 2025. Lorsqu’on évoquait ces fuites dans nos colonnes, nous espérions une fuite orchestrée par la production afin de protéger le film, tant le scénario paraissait médiocre, malgré le potentiel de l’IA dans l’intrigue. Ne pas savoir cadenasser les éléments du film en 2025 est un aveu d’incompétence. Pourquoi les producteurs n’investissent-ils pas un minimum dans la diffusion de fausses pistes afin de préserver leur histoire, surtout au vu du passif de la franchise en la matière ?

Sidney Prescott face aux dérives de la technologie

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Comment pouvons-nous résumer Scream 7 ? Le film commence par le meurtre brutal de deux fans de la franchise Stab, Scott et Madison, éliminés par Ghostface alors qu’ils exploraient l’ancienne demeure de Stu Macher. L’intrigue se déplace ensuite vers Pine Grove, où Sidney Prescott mène une vie paisible avec son mari Mark et sa fille adolescente, Tatum. Le calme est brisé lorsque Sidney reçoit un appel d’un Ghostface prétendant être un Stu Macher vieilli et défiguré, lançant ainsi une nouvelle vague de terreur qui cible directement sa famille et ses proches. Alors que Sidney s’allie à nouveau avec Gale Weathers et les jumeaux Meeks-Martin pour protéger sa fille, le tueur utilise des technologies de pointe, comme le deepfake, pour manipuler ses victimes et ressusciter les traumatismes du passé. La traque mène à une confrontation finale sanglante où Sidney doit transmettre son instinct de survie à Tatum. Pour mettre fin au cauchemar, elles affrontent un duo de tueurs dont les motivations s’enracinent dans une obsession morbide pour l’héritage de la « Final Girl » originale.

À plusieurs reprises, le film évoque au détour des dialogues l’absence de Sidney à New York – soit le sixième opus – expliquant qu’elle voulait préserver sa famille, tentant ainsi de donner une logique à l’ensemble. Mis à part les événements de New York et le retour des jumeaux Meeks-Martin, les deux précédents opus et les sœurs Carpenter ne sont pas évoqués. Il faut attendre une ligne de dialogue de Mindy Meeks-Martin peu avant le dernier acte pour qu’elle mentionne « l’enfant caché de Billy Loomis ». La production a choisi purement et simplement de gommer l’arc des sœurs Carpenter et de le réduire à un détail insignifiant du lore de Scream.

Quant aux tueurs, n’y allons pas par quatre chemins, il s’agit de la révélation la plus « éclatée au sol », la palme revenant jusqu’ici au précédent volet. Tout commence à l’asile, là où les trois tueurs se rencontrent et élaborent leur plan. Le cerveau de l’opération, Marco Davis (Ethan Embry) détourne son expertise en informatique acquise chez Google pour ressusciter numériquement le mythe de Stu Macher, mû par une obsession de fan devenue pathologique. À ses côtés, Jessica Bowden (Anna Camp) voisine modèle en façade, nourrit un projet tordu. Traumatiser la jeune Tatum afin de la façonner en nouvelle Final Girl, aussi endurcie que sa mère. Le troisième larron, Karl Gibbs (Kraig Dane) n’est qu’un pion instable, un bras armé sacrifiable manipulé par le duo. On comprend d’ailleurs qu’il est lui aussi un fan de Stab, comme en témoignent les dessins de Tori Spelling sur les murs de sa chambre à l’asile. Aucun membre de ce trio n’entretient le moindre lien personnel avec Sidney. Jessica avait pourtant commencé par tuer son mari violent, inspirée par l’autobiographie de son idole. Mais l’absence de Sidney lors des meurtres de New York l’a plongée dans une déception telle qu’elle a fini par basculer, allant jusqu’à se faire interner volontairement pour approcher Marco et Karl et mettre sur pied ce plan macabre.

On peine à reconnaître les jumeaux Meeks-Martin, car leur évolution trahit l’essence même de leurs personnages dans les films précédents. Ils ne sont désormais plus que de simples ersatz de Gale Weathers. On regrette également l’absence incohérente de Kirby Reed (Hayden Panettiere), qui était pourtant devenue une agente du FBI spécialisée dans la traque de Ghostface. Quant aux fameuses règles… oubliez-les, il n’y en a pas.

Globalement, Scream 7 n’approfondit jamais vraiment ses personnages. Des rôles qui étaient centraux se retrouvent relégués au second plan, comme les jumeaux Meeks-Martin. On nous laisse entrevoir que Gale traverse un traumatisme similaire à celui de Sidney dans Scream 2, mais cela reste à peine effleuré. L’introduction de l’intelligence artificielle dans les méthodes des tueurs est elle aussi sous-exploitée, perdant ainsi tout son potentiel dramatique.

Une saga sans boussole

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Scream 7 prend un malin plaisir à s’auto-saborder et ce depuis le début de sa pré-production. Entre les annonces des retours des précédentes incarnations de Ghostface ou encore la scène d’ouverture, moment attendu pour chaque film mais gâché dès la première bande-annonce, la production a gaspillé toutes ses cartouches. Ces éléments auraient pu garantir un minimum de surprise au public et c’est fort regrettable car l’idée de départ de James Vanderbilt et Guy Busick avec l’IA possédait les ingrédients pour aboutir à un excellent Scream.

Après le Ghostface 2.0 de Scream 4, ce septième opus veut construire une Sidney 2.0 par l’intermédiaire du personnage de Tatum. Ce qui sauve le film est clairement la relation – qui aurait mérité elle aussi d’être approfondie – entre Sidney et sa fille Tatum, nommée ainsi en référence à la meilleure amie de Sidney interprétée par Rose McGowan dans le film original. Neve Campbell porte clairement le film et cela fait plaisir de la revoir au cœur d’un volet de la saga. Isabel May (Tatum) livre également une très bonne performance, notamment dans le dernier acte. Et là encore, l’idée de construire une Sidney 2.0 à travers Tatum était prometteuse… mais elle reste largement sous-exploitée.

Ce qui est le plus regrettable avec ces derniers films, c’est que certains éléments de Scream 6, comme le sanctuaire secret dédié à l’histoire de Ghostface avec le tueur laissant derrière lui les masques des précédents massacres, mélangés à ceux de Scream 7, son usage de l’intelligence artificielle et la construction d’une Sidney 2.0, auraient pu donner un excellent Scream 5 sous la direction de Wes Craven. Lui aurait clairement su exploiter tous ces concepts à un moment où notre société connaît un basculement avec l’intelligence artificielle qui occupe notre quotidien depuis fin 2022. Un cinquième film qui, quinze ans après un Scream 4 en avance sur son temps, serait arrivé au moment idéal pour la saga et aurait pu s’imposer comme le digne successeur de la franchise, laissant un nouvel héritage.

Les cinquième, sixième et septième opus, malgré le retour de Williamson pour ce dernier, montrent clairement qu’il ne suffit pas d’avoir de bonnes idées. Il faut savoir les exploiter comme l’aurait fait probablement Wes Craven qui reste l’âme de la franchise et dont l’absence continue de se faire cruellement ressentir.

RÉSUMÉ

L'absence de Wes Craven pèse lourdement sur ce volet qui ne parvient jamais à transformer ses concepts technologiques en un véritable bon film Scream capable de respecter son héritage.

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Thomas
Thomas
Rédacteur en chef et chroniqueur anti-protocolaire. Enfant des années 80's / 90’s biberonné à la Pop Culture. Ancien administrateur et rédacteur des sites et forums francophones dédiés à l'univers de Metal Gear.

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