S’infliger un film de Gaspar Noé, c’est toujours la promesse de vivre une expérience traumatisante. En mal comme en bien, on ne peut pas dire que la filmographie du réalisateur italo-argentin laisse indifférente. Climax son dernier film ne déroge pas à la règle.

Conçu de l’aveu même du réalisateur comme un espèce de best-of de sa filmographie, Climax est une expérience viscérale avant tout bâtit sur des sensations plus que sur une intellectualisation rejetée en bloc par Gaspar Noé lui-même. Tourné en seulement 15 jours, pour un budget minime et sans aucun scénario, le film suit une troupe de danseurs en répétition dans un hangar perdu on ne sait ou en montagne. Bref, alors que la dernière répétition touche à sa fin et que toute la troupe commence à festoyer, ce microcosme s’aperçoit que quelqu’un a mystérieusement drogué la sangria que tout le monde s’enfile joyeusement. À partir de là, la descente aux enfers commence et le trublion Noé s’amusera à placer le spectateur en témoin de première loge face à la décadence instauré par la désinhibition provoqué par la drogue.

Rien ne sera épargné, histoire de grossesse non désiré, viol, inceste, gamin frit dans un générateur électrique, suicide, bref… Les aficionados du réalisateur adoreront, les réfractaires beaucoup moins.

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En convoquant tout les tics habituels de son cinéma, Gaspar Noé crée une sensation de déjà vu. Lumières colorées, caméra aux plafonds, plan-séquences interminables, points de vue zénithaux, génériques à rebours – lancés, évidemment, en début et même en milieu de film… Tous les artifices formels du réalisateur sont présents et combleront les sales gosses du cinéma de genre. Pour les autres, l’entreprise aura des allures redondante et plus que lassante sur la durée.

Une lassitude guère aidée par un scénario inexistant (#PartisPris) qui ne plafonnera pas des masses une expérience semi-psychédélique. Le film s’ouvre tout d’abord sur une série de portraits vidéos diffusé en VHS sur une vieille télé cathodique enchâssée dans un monceau de cassettes name-droppant ad nauseam la cinéphilie du parfait petit bisseu. Censé nous mettre dans la peau des personnages ces portraits se révéleront assez inutile puisque le film démarre réellement après une séquence de danse très réussi et incroyablement hypnotique. Les personnages parlent entre eux, comme le ferait des potes dans un bistro (rappelez-vous les dialogues ne sont pas écrit, il n’y a pas de scénario), et c’est là que l’on parvient véritablement à saisir les tenants et aboutissant des relations noués au sein de ce microcosme.

Malheureusement, sans écriture solide, il est relativement compliqué de s’attacher un tant soit peu aux différents conflits. Des bribes de trucs sont vaguement amorcées et trouveront leur résolution dans la seconde partie du film. Parfois (souvent ?) bien trop succinctement pour que certaines choses ne semblent pas tomber comme un cheveu sur la soupe. C’est au terme de ces 45 première minute d’introduction (et donc après un second générique) que démarrera enfin le film.

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Beaucoup plus maitrisé que sa première moitié, Gaspar Noé nous plonge avec cette seconde partie dans le cauchemar initialement imaginé. Suivent alors 20 minutes grandioses témoignant d’une montée en puissance assez viscérale dans la folie. Hélas, arrivé à son paroxysme, le film n’a plus grand-chose à offrir. Étirant avec difficulté ses séquences pour atteindre les 1h30 réglementaire, Gaspar Noé ne laisse d’autre choix aux spectateurs que de se complaire dans une contemplation masochiste de l’enfer des autres.

Climax donne cette impression assez désagréable d’être le gars qui arrive en retard à une soirée et qui doit se contenter de border ses potes bourrés et d’éponger le vomi dans les WC. Amusant sur l’instant mais déplaisant sur la durée. En cela (et c’est une constante chez Noé) le public a perdu dès lors qu’il a mit le pied dans la salle (ou son DVD dans le lecteur). Si tu kiff’ alors tant mieux. Si t’aimes pas c’est que t’es passé à coté. Si ça t’emmerde c’est qu’on t’a bien eu. Ce sont les règles du jeu avec Gaspar. Peut-importe ton ressenti, Climax est intouchable. C’est une expérience sensorielle et sensitive avant d’être un film. À toi de voir si tu veux être de la partie.

Dois-je l’intégrer à ma vidéothèque ?

Avis personnel mais j’ai toujours préféré Gaspar Noé à ses films. L’homme à une approche tellement pure de son art, avec une naïveté parfois confondante, qu’il est impossible de ne pas s’intéresser au processus créatif de son cinéma.

Disponible en DVD et Blu-Ray depuis le 30 janvier, Climax fait honneur à cet état de fait. Capté par Alexandre Poncet (de chez Mad Movie) la galette contient en sus du film un entretien de plus de 40 minutes entre Gaspar Noé et Jan Kounen (réalisateur de Dobermann et Blueberry). Hyper intéressants les deux larrons parlent de leur filmographie respective, de ce que Climax représente, d’où il vient et de quoi sera fait l’avenir. Passionnant cet entretien permet de cerner un peu mieux la bête « Noé ». On y apprend qu’il a fait Climax pour payer ses factures (alors à deux doigts d’accepter de faire une pub pour du parfum) et que, malgré un tournage de 15 jours, la majorité des prises de vues ont été faites en dix.

Autre featurette d’intérêt, l’entretien consacré à Tom Kan et nommé : L’Art du Générique. Graphiste pour Gaspar Noé, l’intéressé revient sur sa collaboration avec le réalisateur pour la création du générique d’Enter the Void. Le titrage de Climax est bien entendu évoqué ainsi que les différents processus créatif qui ont mené aux choix typographiques. Instructif.

En plus de ça vous pourrez trouver dans la version Blu-Ray :
– Le court-métrage : Shoot
– Deux clips : Sangria et Love in Motion
– La bande originale du film (mais faut aimer l’électro)

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