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Mémoires d’un Junkie Dl’a Zik #5

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La musique en 2010 : Nous voici en Décembre, c’est le moment où tout le monde va y aller de son petit top 10 des albums de l’année. On aura le groupe de pop sympa, l’artiste de rap un peu ghetto mais ouvert, l’artiste de rap pas du tout ghetto donc acceptable, une chanteuse d’un pays exotique (inclus les pays scandinaves), deux trois trucs hype qui ont eu une chanson en synchro dans une pub, un truc hippie folk inécoutable mais gage de vraie créativité. Bref, on le connaît déjà.

Et pourtant, aucun de ces disques de 2010 ne sera jamais un classique, vu la pauvreté toujours plus inquiétante de la créativité et de l’artistique dans la musique.

Du micro évènement, une profusion de singles, et des albums nuls. La musique c’est manger un paquet de M&Ms maintenant. On mange un bleu, un jaune, un vert, on s’en fout un peu, il y a marqué M&Ms dessus ça suffit à nous faire plaisir. On ira pas en magasin demander un paquet de bleus parce qu’on ne veut que ceux là pour le déguster tranquillement en prenant son temps. Ce n’est pas possible.
Oui on est bien devant un paquet de M&Ms. Peut importe la couleur tout a le même gout. Sauf que là on se demande encore lequel.

Tout est devenu tellement uniformisé, manufacturé, prêt à consommer, quasiment prémâché. De la vaseline auditive, quoi.

Franchement, tenter de faire un top 10 des albums en 2010, c’est vraiment se contenter de pas grand chose. Un single, par nature, c’est le titre du moment, s’il reste dans la mémoire collective tant mieux, s’ il nous divertit sur l’instant présent, c’est son rôle après tout. Je n’en voudrai jamais à David Guetta ou d’autres de venir pondre quelques bons titres pour amuser la galerie.
Pas plus qu’on ne peut en vouloir à Boney M ou Village People. On n’attend pas leurs albums, on n’attend pas d’aller les voir en concert, on ne leur demande pas de pondre une œuvre sur 40 ou 50min. C’est de l’Entertainment, pur et dur.

Pour les autres, ça se corse. Quand on est fan d’un groupe, d’un artiste, on veut tout. On veut tous les morceaux, on veut le voir en concert, on veut rentrer dans l’univers qu’il nous propose. Enfin on voulait. Enfin, c’est ce qu’on nous proposait.
Non seulement l’ère actuelle n’est pas à l’écoute studieuse de 12 titres de suite du même artiste, mais si vraiment on décide de le faire, gare à la déconvenue.
Je ne dis pas qu’il n’y a pas de bons titres, mais il n’y a rien d’assez fort pour rester. Pour tenir. Tout se joue sur un gimmick, sur un son de prod, sur une mode, sur un style, sur une posture, mais pas sur des chansons.

On a eu quoi cette année ? Two Doors Cinema Club, The Drums, Vampire Weekend, j’en passe et des encore plus insipides. Ok, y’a des bons titres, c’est gentil, c’est mignon, ça m’a l’air sincère mais c’est chiant, ça n’a aucune âme. Ca ne bouscule rien. Ca brosse dans le sens du poil. Désolé, mais c’est difficile de se contenter de ça. Et puis quels noms de groupes à la con !
Le groupe de l’année alors me direz-vous ? Hurts, je pense. Pas de chichi, pas de plagiat, çà a cherché son style, çà l’a trouvé.

Le mal de la décennie est aussi d’avoir introduit trop de second degré dans la musique, histoire de rendre la merde acceptable. Mettre des moustaches, jouer au tennis dans son clip, mettre un casque de moto avec un drapeau américain en paillettes comme slip de bain, mettre du scotch sur son synthétiseur pour faire le mec déglingo. Tout ça c’est de la posture, du vide, un manque d’idée comblé par par l’accumulation de n’importe quoi. Le mauvais goût n’est pas du mauvais goût, c’est être cool maintenant.
C’est bien de faire du vintage ringard, c’est bien de chercher « hier », mais quand est ce qu’on fait demain ? Bref toute cette vague hipster second degré n’est là que pour donner une légitimité à la musique de merde.

Beurk.
Ensuite, la pop pour les charts : Ke$ha, Katy Perry, Black Eyed Peas… bon, là pas la peine d’en dire plus. On est de toutes façons dans la pure culture du single, l’album c’est vraiment le prétexte à soutirer de l’argent ou à pouvoir se produire sur scène en arguant qu’on a assez de titre à jouer. Tout sonne faux. Au moins Katy Perry c’est minable musicalement, mais esthétiquement elle essaie d’imposer une certaine idée . Elle essaie, mais tout cela reste bien artificiel.

Et puis il reste aussi les stars de « on ne sait pas trop quoi », comme Kanye West qui finalement est plus une image pop qu’un mec dont on va écouter le disque aujourd’hui. C’est un peu comme les livres. C’est le dernier disque qu’il faut dire avoir dans sa collection pour être bien vu.

Bien sur, on ne demande pas à tous les groupes de trouver le refrain universel qui tue, ensuite chacun sa vision de la musique, chacun sa niche, chacun son petit plaisir. Si vous me parlez du meilleur album de 1986 pour moi c’est Master Of Puppets de Metallica alors que peut être que pour d’autres ce sera Invisible Touch de Genesis ou Licence to Ill de Beastie Boys. C’est bien sur très subjectif. Sauf qu’en 2010, il n’y a aucun Invisible Touch, aucun Master of Puppets, aucun Licence to Ill, aucun Black Celebration de Depeche Mode… comme en 1986. (çà marche aussi pour les autres années).

Chacun a son style musical préféré, ses groupes fétiches, oui on peut trouver son bonheur dans la musique de niche. Mais on ne peut pas se passer de grands albums qui basculent d’un groupe d’initiés à la masse. On a aussi besoin de disques qui bousculent les choses, les barrières, les cultures.
Pas besoin d’attendre 10 ans pour se rendre compte qu’un album est un must. Mais aujourd’hui tout est génial, et tout est aussi vite remisé. Et oui. On survend, le produit mais derrière c’est le vide.

Avoir 1 ou 2 albums qui retournent tout, 1 ou 2 trucs qui paraissent indispensables et qui restent, ce serait quand même pas mal. La musique n’est pourtant pas sans intérêt aujourd’hui. Il y en a beaucoup, partout, tout le temps. Il y a des choses très bien faites, qu’on peut apprécier, c’est sur.

Mais rien pour demain. Tout pour aujourd’hui. Aucun album référence. Aucun disque que l’année suivante ne viendra pas balayer. C’est peut être simplement comme ça que la musique évolue. C’est peut être simplement comme ça qu’on doit la vivre maintenant. Ecouter sur le moment. Apprécier, et ne jamais se retourner. Je le fais. Par obligation. Oui j’ecoute ce qui arrive, ce qui sort. J’aime beaucoup certains disques. 1 fois, 2 fois peut être. Mais c’est tout, ca ne vaut pas de se les passer en boucle. Et puis souvent ça ne vaut même pas de l’écouter en entier.
Il n’y a pas de fautifs, ou tout le monde est fautif, je ne sais pas. Les artistes ne répondant qu’en terme de « trucs à la mode » au lieu de « je vous fais écouter ce qui vient de moi », les auditeurs dans un cercle de « si c’est sorti il y a 1 mois c’est déjà trop vieux », « si mon voisin n’ecoute pas c’est que ça doit être nul ». Il n’y a pas de musique en réaction à quelque chose, une vraie proposition artistique couplée a de bonnes chansons, mais simplement de la musique produite pour que ça colle à l’air du temps.

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2 Commentaires

  1. :S Aïe mon pauvre, l’industrie musicale n’est pas qu’en crise économiquement parlant mais dans son art même…. Quel triste constat tu nous donnes.
    Pour l’année prochaine je te souhaite une bonne année musicale avec espoir ! :)

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