Lauréate du Buzz Booster 2025 Toera se livre dans une interview exclusive sur son parcours ses influences et son EP Zenith et Nadir.
Il y a des trajectoires qui ne s’encombrent pas de détours. En l’espace de quelques années, Toera est passée du silence des chorales à la fureur des open mics lyonnais, brûlant méthodiquement chaque étape de son ascension. Si elle s’est imposée aux yeux du grand public en devenant la lauréate nationale du Buzz Booster 2025, son identité s’est forgée bien plus tôt, quelque part entre la rigueur de l’étude classique et la liberté sauvage des squats et des rave parties. Cette dualité, qu’elle grave jusque dans son chiffre fétiche, le 22, irrigue une discographie déjà riche où la technicité du kickage n’est qu’un outil au service d’une honnêteté brutale, parfois trash, mais toujours viscérale.
Avec la sortie en mars 2026 de son projet « ZENITH & NADIR », Toera affine la noirceur de ses premiers titres pour plonger dans une zone encore plus abrasive, où chaque rime semble arrachée à une réalité sans fard. L’esthétique est sombre, l’univers est immersif, et le propos, lui, refuse systématiquement le compromis. C’est cette capacité à bousculer les codes, à transformer l’introspection en un exercice de force technique, qui fait d’elle une artiste à part dans le paysage actuel.
Véritable coup de cœur pour la rédaction d’Eklecty-City, l’univers de Toera fascine par sa précision chirurgicale et son refus des faux-semblants. Alors qu’elle sillonne la France pour une tournée marathon, elle s’est posée le temps d’une rencontre pour revenir sur la construction d’une identité qui ne cherche pas à plaire, mais à provoquer une réaction. Entre le sommet et l’abîme, portrait d’une rappeuse qui a choisi de transformer ses zones d’ombre en un brasier créatif.
« Pour moi c’est bien plus facile d’être cash et transparente, voire parfois trash, que de cacher les choses et de faire attention à montrer une certaine image de moi. »
On prépare cette interview alors que ton actualité est brûlante. Si tu devais définir ton état d’esprit aujourd’hui en un seul mot, entre « Zénith » (le sommet) et « Nadir » (le point le plus bas), où te situes-tu ?
Toera : Si on attribuait au Zénith mon objectif actuel, qui est le simple fait de vivre à peu près correctement de ma musique, alors j’en suis pas si loin, et bien plus proche que je ne l’ai jamais été jusqu’à maintenant. Je vise le statut d’intermittente du spectacle et je l’aurai très certainement avant 2027. Évidemment, cet objectif une fois atteint, il m’en faudra un autre, et à ce moment-là, Zénith représentera quelque chose dont je suis encore loin. Et Nadir, lui, se situera à l’endroit où je suis lorsque je me fixe cet objectif. Les deux points seront toujours amenés à bouger, en fonction de moi.
Tu racontes avoir découvert l’album ‘Le Fil’ de Camille à l’âge de 3 ans. Quand on connaît ton rap actuel, très texturé et technique, que reste-t-il aujourd’hui de cette petite fille qui chantait « avec ses tripes » dans son walkman ?
Toera : Elle est toujours hyper présente. Elle ne se montre pas encore beaucoup dans ma musique, mais on y travaille. Il arrive de plus en plus souvent qu’elle vienne avec moi en studio d’enregistrement…
Tu as fait du piano pendant 7 ans avant de refermer le couvercle. Est-ce que cet instrument est devenu trop ‘sage’ pour la rébellion que tu avais besoin d’exprimer, ou est-ce qu’il influence encore tes compositions de manière invisible ?
Toera : Je pense pas que c’était le piano qui posait problème. À l’âge de 15 ans, j’ai mis fin à mes cours de piano et également à 9 ans de danse. Je découvrais le sexe et ai commencé à fumer des joints quotidiennement. Je crois que j’avais juste envie de garder tout mon temps libre pour faire mes expériences (des bêtises). Je séchais parfois les cours et faisais le mur régulièrement. Je traînais dehors avec des gens plus vieux que moi qui n’avaient pas de projets d’avenir et vivaient dans la rue ou en squat, pour certains.
Dit comme ça, c’est un peu déprimant, et au fond ça l’était, mais ça me donnait la sensation de vivre une aventure. C’était aussi un échappatoire, car j’ai toujours été dépressive et ça me permettait de me sentir un tout p’tit peu mieux dans ma peau, d’être entourée par des gens qui avaient eux aussi une image d’eux-mêmes un peu fracturée. Je me suis toujours sentie à côté de la plaque à l’école et parmi les autres enfants.

Avant le rap et les squats, il y a eu l’expérience de la chorale au collège. Qu’est-ce que tu as gardé de cette période dans ta manière d’utiliser ta voix ou de construire tes morceaux aujourd’hui ?
Toera : Franchement j’ai rien gardé de bien notable de cette expérience. Je chantais pas très bien et je me fondais dans la masse. Ça me serait jamais venu à l’esprit à cette époque de chercher à être la voix lead du groupe. Je fondais ma voix dans celles des autres et ça m’allait très bien de ne pas attirer l’attention sur moi.
En vérité, je m’amusais bien plus quand j’allais à la danse et que je retrouvais mon crew de Hip-Hop. J’ai dansé avec les mêmes meufs pendant presque 10 ans, on était liées par un truc fort.
« Le rap me permet aujourd’hui de jouer sur le même terrain que les hommes et je puise ma force parmi eux, tout en détestant ce qu’ils sont censés incarner. »
Entre le CD de Camille offert par ta sœur qui a tout déclenché, et ton frère qui t’a accompagnée des premières jams aux sessions freestyle dans son appart, ta famille semble avoir été ton premier incubateur. Est-ce que tu penses que tu aurais eu le même cran pour te lancer sans ces deux piliers qui ont « forcé » le passage de ta chambre à la scène ?
Toera : Je dois absolument tout à mes frères et sœurs et à mes parents. Sans eux, c’est pas que j’aurais pas eu « le cran » comme tu dis, mais j’en aurais juste jamais eu l’idée ou l’envie, très certainement. C’est mon père qui nous a tant sensibilisés à la musique et à l’art en général.
Avant de poser tes propres mots, tu as appris par cœur les textes de Népal ou d’Alpha Wann. À quel moment as-tu senti que tu n’étais plus « l’élève » et qu’il fallait que tu commences à écrire ton propre dictionnaire ?
Toera : Il s’est passé très peu de temps entre le moment où j’ai commencé à apprendre leurs textes et le moment où j’ai commencé à écrire. À peine 3 ou 4 mois, je crois… Et j’avais très très peu de connaissances en rap, car j’ai même commencé à m’y intéresser en tant qu’auditeur seulement 1 an avant d’en faire.
Tout est allé super vite, car c’est un exercice qui s’est avéré être très facile pour moi. J’ai toujours aimé jouer avec les mots. J’ai eu l’habitude d’utiliser ma voix, et j’ai depuis toujours un excellent sens du rythme. J’suis une fraude. J’ai aussi toujours aimé l’humour et la répartie, je pense que ça a joué.
Pourquoi avoir choisi le nom de scène Toera ? Est-ce qu’il porte une facette de ta personnalité que tu ne montres pas ailleurs ?
Toera : C’est tout simplement le verlan de Erato (muse grecque de la poésie érotique). J’ai eu beaucoup tendance à m’hypersexualiser étant jeune. Et je pense que c’est toujours un peu le cas. Mais aujourd’hui, j’ai bien plus de recul par rapport à tout ça, donc c’est fait d’une façon qui me convient mieux et qui est moins façonnée par le regard masculin. Mais à l’époque, cela m’a beaucoup fait défaut et m’a amenée à subir pas mal de violences sexuelles, car il y avait une recherche de validation des hommes à tout prix.
Je pense que ce blaze colle plutôt bien à mon rap, même si les gens peuvent ne pas comprendre pourquoi… J’ai un peu honte de dire ça, mais je crois que l’une des raisons qui m’a fait commencer le rap était justement la volonté d’attirer l’attention des mecs, mais sans avoir à coucher avec eux.
On attend rarement d’une femme qu’elle s’épanouisse dans son métier ou sa passion. On va plutôt chercher à l’hypersexualiser ou bien à la sacraliser dans son rôle de mère ou de future mère. Et moi, je suis direct rentrée à fond dans l’option A, mais au fond, j’ai toujours eu envie de rentrer dans l’option C, qui est de faire des « trucs de garçon » à leur côté – option qu’on va rarement proposer aux femmes si elles veulent conserver leur « féminité ». Quand j’étais à l’école primaire, je me disais toujours : ‘c’est trop nul et trop la honte d’être une fille, j’aurais voulu être un garçon‘, et j’étais jalouse des 2 seules filles qui jouaient avec eux au foot à la récré.
Le rap me permet aujourd’hui de jouer sur le même terrain que les hommes et je puise ma force parmi eux, tout en détestant ce qu’ils sont censés incarner.

D’où vient ta fascination pour le chiffre 22 et qu’est-ce qu’il représente pour toi ?
Toera : Je suis née le 22/02. Et je vois des suites de 2 absolument partout – parce que je veux les voir, soyons honnêtes – ça me suit depuis toujours. Pour moi, le chiffre 2 représente la dualité, la confrontation (exemple : ma part de ‘féminité’ confrontée à ma ‘masculinité’). Et le nombre 22 incarne l’équilibre parfait de cette dualité et crée de l’harmonie avec ces contradictions (acceptation des deux parts en moi pour qu’elles coexistent sans dissonance cognitive, pour poursuivre le même exemple).
Je précise que ce que je mets derrière ‘masculin’ et ‘féminin’ est à la fois très subjectif et biaisé, basé sur une construction sociale du genre qui n’a pas vraiment de sens profond.
« Ça me permettait de me sentir un tout p’tit peu mieux dans ma peau, d’être entourée par des gens qui avaient eux aussi une image d’eux-mêmes un peu fracturée. »
Pour le clip de ‘Tout en noir’, tu as convoqué un univers très Burtonien. Qu’est-ce qui te fascine chez un personnage comme Edward aux mains d’argent pour que tu décides d’en faire une pièce centrale de ton imagerie ?
Toera : J’aime les personnages qui, comme lui, Quasimodo, Sinok, Elephant Man ou même encore Shrek (oui), sont jugés mauvais à cause de leur apparence disgracieuse alors qu’ils sont en fait les personnages les plus sages, bienveillants et empathiques du récit. Étant aussi très cliente d’esthétiques horrifiques et de body horror, je les aime beaucoup car ils sont effrayants et monstrueux.
Quelles sont les autres œuvres – tous genres et supports confondus – qui t’influencent vraiment et qui ont forgé ton imaginaire ?
Toera : La littérature et les jeux vidéo ne sont pas des supports qui m’intéressent. En ce qui concerne la musique, j’ai des goûts très éclectiques qui vont de la variété au rap, du métal progressif au punk, en passant par la cold wave, l’indie rock, le jazz, la funk, la folk, la soul… Je peux citer des noms comme Meshuggah, Thank You Scientist, Amyl and the Sniffers, Sextile, The Cure, GoGo Penguin, Amy Winehouse, Christine and the Queens ou Aurora… Mais je serais incapable de mettre le doigt sur ce qui me plaît le plus. Donc je vais concentrer ma réponse sur le cinéma et faire un top 3.
Impossible de citer seulement 3 films, donc je vais choisir 3 réalisateurs.
Julia Ducournau n’a réalisé que 3 longs métrages pour l’instant. Et ‘Grave‘ et ‘Titane‘ font partie de mon top 10 des films d’horreur. Ils évoquent des sujets comme l’identité face aux normes, le désir voire la pulsion, l’interdit, la monstruosité, la famille et les relations dysfonctionnelles… Et le rapport au corps occupe une place centrale. Ayant eu l’opportunité de faire un peu d’acting et de figuration, mon rêve ultime serait d’avoir un jour un rôle dans l’une de ses œuvres.
Ari Aster, très novateur dans sa vision de l’horreur et aussi dans l’esthétique (particulièrement avec ‘Midsommar‘). Ses films parlent de sujets qui me travaillent énormément (la sexualité taboue et tordue, la spiritualité, la famille, la secte…).
Denis Villeneuve, qui aborde via la science-fiction ou le thriller psychologique des thèmes comme l’identité, la quête de soi, la solitude, l’incompréhension et la violence de l’être humain. ‘Premier contact‘, ‘Incendies‘, ‘Prisoners‘ et ‘Enemy‘ font partie des films qui m’ont le plus marqué.
Et sinon, j’ai très peu de connaissances en peinture mais il y a quelques peintres dont j’aime beaucoup le travail. Par exemple Jérôme Bosch, Pierre Soulages ou Hans Ruedi Giger, pour citer trois univers bien différents.
On ressent justement cette exigence de mise en scène dans tes derniers visuels. Depuis ‘Tutti Va Bene’, et particulièrement sur la trilogie de ‘Zenith & Nadir’, tes clips affichent une esthétique de plus en plus léchée, qui s’éloigne des codes classiques du rap. Qui sont les artisans de cette identité visuelle et comment travailles-tu avec ton équipe pour traduire tes obsessions cinématographiques en images ?
Toera : Pour la réal de ‘Zénith & Nadir‘, j’ai fait appel à ma copine Lola Diligent, photographe de talent. Ses retouches photos sont souvent très poussées, et donnent un aspect tout sauf naturel, ce qui fonctionnait bien avec l’esthétique souhaité pour mon projet. L’idée était d’obtenir un rendu un peu surréaliste, pour plonger les auditeurs dans un univers totalement nouveau. C’est Clara Douaud, une amie coiffeuse et maquilleuse, hyper pointilleuse et très professionnelle, qui nous a accompagnées sur tous les tournages et shooting photo du projet. En ce qui concerne la direction artistique, les choix ont été faits à 2, et sont nés de discussions et d’échanges de références entre Lola et moi-même.
Pour le clip de ‘GRAVE‘, j’avais envie de refaire appel à mes danseurs préférés, que l’on peut voir dans le clip de ‘Tutti Va Bene‘ : Rudy Machetto et Camelia Neagu. Ils ont monté ensemble une compagnie qui se nomme ‘Les Humains Alpha‘. C’est Émilie Chanrion, une amie à eux danseuse, chorégraphe et vidéaste, qui s’est greffée au projet en tant que metteuse en scène et directrice de la photo pour ce clip. C’est elle qui a rendu possibles ces mouvements de caméra, les faux plans séquences, et la confusion entre les danseurs et les chanteurs.
Tu expliques qu’entre tes blocages et tes pensées négatives, tu te sens souvent comme une « grenade dégoupillée » ou la spectatrice de ta propre impuissance. Est-ce que c’est pour ça que tu as besoin de ce contraste radical dans tes clips – comme la piscine face à ton look sombre – pour montrer que même dans un décor coloré, ta seule réalité c’est l’intensité de ce qui bouillonne à l’intérieur ?
Toera : C’est totalement le message que je veux faire passer avec l’imagerie du clip de ‘TOUT EN NOIR‘, oui, en effet. Les autres clips, eux, par contre, racontent autre chose.
Celui de ‘GRAVE‘, par exemple, met l’accent sur notre tendance à se sentir incompris par notre entourage, et notre besoin d’être écouté alors que la communication est défectueuse. Il parle de notre rapport aux autres et à la famille. La table et les deux chaises comme seul décor symbolisent le fait de mettre au centre de notre vie les relations qui comptent le plus pour nous, alors même qu’elles sont dysfonctionnelles. La colorimétrie très verdâtre, elle, traduit la toxicité des relations et les non-dits qui nous rendent malades.
Entre certains récits très personnels ou ton refus de la maternité, tu abordes des sujets intimes avec une précision chirurgicale. Est-ce difficile de livrer ces textes au public, ou est-ce un soulagement d’affirmer ta vérité de femme ?
Toera : Pour moi c’est bien plus facile d’être cash et transparente, voire parfois trash, que de cacher les choses et de faire attention à montrer une certaine image de moi. Je pense que je suis quelqu’un de particulièrement honnête et c’est quelque chose d’assez confortable. J’ai de la chance d’y arriver. Ça me fait me poser moins de questions.
Sur scène, qu’est-ce que le public te donne que tu n’arrives pas à trouver en studio ou dans ton écriture ?
Toera : Je pense que quand on crée une œuvre, c’est d’abord pour nous-mêmes. Ça répond à un besoin de s’exprimer, de se comprendre pour mieux se connaître. Réponse bateau, mais je trouve que l’art est plus intéressant encore lorsqu’une œuvre est partagée aux autres, reçue et jugée. L’art évolue comme il évolue car les différentes visions sont présentées et confrontées aux autres. Sans le partage, l’art n’évoluerait pas ou peu, je pense, enfin de toute façon on n’en saurait rien… Moi je fais de la musique pour toucher les gens. Leur faire ressentir quelque chose, peu importe si c’est positif ou négatif. Je veux simplement que ça provoque une réaction.
Entre tes débuts en squat et ta victoire au Buzz Booster, tout s’est accéléré. Comment tu vis le fait d’être maintenant entourée par des équipes professionnelles, toi qui as longtemps fonctionné à l’instinct ?
Toera : C’est à la fois stressant parce qu’il y a des gens qui s’engagent à travailler sur mon projet, donc ça met la pression. Et à la fois rassurant que tout ne repose pas sur moi seule, vu l’ampleur que ça prend. Et j’ai plutôt confiance en mon projet globalement, mais parfois, ça arrive que j’aie des doutes et que me prenne l’envie de tout envoyer chier pour faire un projet plus simple qui ne me demande pas de devoir compter sur les autres.
Ça sera forcément quelque chose d’artistique, ou tout du moins créatif. Je ne suis pas à l’abri de changer mes plans un jour… Je me verrais bien rester enfermée dans un atelier à fabriquer des choses manuelles. Ça me ressemblerait bien.
De tes premiers morceaux à Zénith & Nadir, ton univers a beaucoup bougé. Si tu devais isoler trois titres dans tout ton répertoire qui résument l’essentiel de ton travail et de tes différentes facettes, lesquels choisirais-tu ?
Toera : C’est vrai que j’ai visité déjà plein de façons différentes d’aborder mon rap, tout simplement parce que je me cherche encore. ‘Le Roi Du Silence‘ est un morceau super important pour moi, car le texte est très introspectif et hyper technique dans l’écriture. Et musicalement, il a une couleur bien particulière : c’est très doux et pour autant très rythmé. Il peut donner l’envie de chialer tout en bougeant la tête sauvagement. Je trouve que ce texte est l’un des meilleurs exemples de mon côté torturé dans ma musique, avec ‘dis pas jtm‘ et ‘Tutti Va Bene‘.
‘Lames & Sextoys‘, toujours dans un délire très technique dans l’écriture des rimes et des placements rythmiques, mais cette fois-ci dans une démarche purement égotrip avec juste ce qu’il faut de punch sans que ça vole très haut. Une recette que j’ai beaucoup utilisée.
‘Sugar Baby‘ est le meilleur exemple d’une approche plus punk de mon rap, que ce soit dans la simplicité du texte (ce que j’y raconte et même la façon dont il est construit). C’est débile mais pas que. C’est aussi un bon défouloir quand je le joue sur scène. Ici, c’est vraiment l’énergie qui compte, pas la technicité.
Sur Le Roi du Silence, tu as invité ton amie Lubna à chanter un refrain que tu avais écrit. Tu cherchais cette esthétique ‘chanson française’ à la Barbara. Est-ce que confier tes propres mots à sa voix, c’est une façon de mettre de la distance avec ta douleur, ou est-ce que c’était simplement la seule manière d’obtenir cette émotion que ta propre voix ne pouvait pas aller chercher ?
Toera : Y a plusieurs raisons.
Déjà oui, le but était surtout d’aller chercher un timbre de voix qui n’était pas dans mes cordes. Ensuite, Lubna est l’une de mes meilleures amies, elle chante merveilleusement bien mais elle a un certain manque de confiance en elle qui fait qu’elle n’aurait peut-être jamais mis les pieds dans un studio si c’était pas pour mon projet. Je suis fière et très contente d’avoir réussi à lui faire vivre ça.
Et pour finir, oui, cela met une distance avec la douleur, ça crée du détachement et illustre bien le phénomène de dissociation vis-à-vis de soi-même. Et puis quelque part, ce n’est pas moi qui ai vécu tout ça, mais bien la gamine de 18-20 ans que j’étais. Même si ça a brisé quelque chose en moi qui ne sera jamais réparé.
Ta collaboration avec Masguel sur le titre ‘Grave’ montre une facette plus ouverte. Est-ce que tu as envie d’aller vers plus de partage de voix, ou le rap solitaire reste ta maison principale ?
Toera : C’est vrai qu’on est sur un EP où il y a deux featurings et uniquement un solo… Je n’y avais pas réfléchi. Ça s’est fait naturellement. Ce sont deux approches très différentes et j’aime les deux, je n’ai pas de préférence.
Si tu devais ne laisser qu’une seule trace de ton passage, une seule phrase de tout ton répertoire gravée sur un mur, ce serait laquelle ?
Toera : Je pense à une phase que j’ai encore jamais placée dans un texte.
‘Je suis unique. Comme tout le monde.‘
Merci infiniment Toera pour ce moment de sincérité et pour la précision de tes réponses. Je te laisse le mot de la fin si tu as un message à passer ou une actualité que tu veux souligner.
Toera : Je commence depuis mars une tournée pendant laquelle je vais jouer un peu partout en France. Je vais me produire prochainement à Lille, Paris, Dijon, au Fimu Festival, à Perpignan… Et il reste encore des dates à annoncer. Soyez à l’affût sur Insta.
Propos recueillis par Thomas O. pour Eklecty-City.fr, qui remercie Toera de s’être prêtée au jeu d’une interview. Crédits photos Instagram @lyt_eyes / @n3mo.mp4.





