Alexandre Gillet se confie à Eklecty-City sur ses rôles cultes, de Ryan Gosling à Jesse Pinkman, lors du Play Azur Festival 2026.
Le Palais des Expos de Nice a vibré pour cette neuvième édition du Play Azur Festival, marquée par la présence de grands noms du doublage français. Parmi eux, l’équipe d’Eklecty-City a rencontré Alexandre Gillet, une voix incontournable qui accompagne le public depuis plus de trente ans. De ses débuts après avoir délaissé ses études de droit jusqu’à son ascension fulgurante grâce à la trilogie du Seigneur des Anneaux, le comédien revient sur une carrière d’une impressionnante diversité.
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Au micro, il livre des détails passionnants sur sa méthode de travail pour traduire l’intensité silencieuse de Ryan Gosling ou l’autorité naturelle de Chris Evans en Captain America. Alexandre Gillet évoque également la difficulté humaine d’interpréter des personnages sombres comme Jesse Pinkman dans Breaking Bad, un rôle qui l’a obligé à puiser dans ses retranchements les plus profonds. Entre ses souvenirs de la « Fraternité » des doubleurs de Frodon et son lien indéfectible avec le personnage de Sonic, il nous fait découvrir l’exigence d’un métier où l’instinct et le jeu d’acteur priment sur la technique. Enfin, il aborde son actualité dans le domaine du jeu vidéo avec Gustave dans Clair Obscur: Expedition 33, confirmant que son énergie reste intacte après deux décennies à prêter sa voix aux plus grandes icônes de la pop culture.
Tu as fait du droit avant de te lancer dans la comédie. Qu’est-ce qui t’a fait dire un jour : « Stop, je veux être comédien » ?
Alexandre Gillet : J’étais un adolescent très studieux et je voulais être diplomate. J’ai fait une prépa Sciences Po mais je me suis « rétamé ». Comme je ne voulais pas refaire une deuxième année de prépa parce que c’est lourd et que j’étais à saturation, j’ai fait du droit pour entrer dans la diplomatie différemment. Au bout d’un an et demi, j’ai fatigué et j’ai pris une année sabbatique.
Ma mère étant comédienne et mon père l’ayant été, j’ai toujours baigné un peu là-dedans. J’étais timide et je me suis dit que j’allais faire du théâtre pour m’occuper et apprendre les auteurs, car ma culture livresque était trop technique. J’y ai pris goût, j’ai tenté de reprendre le droit un an, puis j’ai lâché pour me lancer en 1988. À l’époque, il y avait beaucoup de travail pour les jeunes. Je m’étais dit : « Si au bout de 5-6 ans je ne peux pas payer mon loyer, j’arrête« .
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Doubler Frodon est une expérience de vie. Gardes-tu des contacts avec les autres membres de la « Fraternité » et as-tu l’impression que l’aura des films a influencé ta vie comme une protection ?
Alexandre Gillet : Je croise régulièrement Pierre Tessier, Vincent Ropion et Christophe Lemoine car on est de la même génération et on travaille pas mal. On s’aime vraiment bien. Les autres, je les croise moins. Certains sont partis, comme Michel Leroyer. Jean-Pierre Leroux, je ne l’ai jamais vu car on enregistrait seul ! Sinon, je croise Féodor Atkin de temps en temps. J’ai aussi un rapport de « fils à maman bis » avec Danielle Perret qui a dirigé la trilogie ; c’est une femme extraordinaire et passionnée.
Concernant la protection, j’avais déjà fait des choses comme Akira ou Croc-Blanc, mais cette trilogie nous a fait passer dans une autre dimension. Ça assoit une réputation et ça nous a tous les quatre guidés et accompagnés depuis 25 ans. J’ai d’ailleurs racheté les versions longues l’hiver dernier et je me suis fait trois soirées de suite : j’ai pris un plaisir sincère à les redécouvrir 20 ans après.
Tu es la voix de Ryan Gosling. Comment arrives-tu à faire passer autant d’émotion en disant si peu de mots ?
Alexandre Gillet : Je le fais environ une fois sur deux (12 ou 13 films sur 25). C’est un acteur qui a beaucoup de recul sur lui, comme Chris Evans. Même quand il y a peu de paroles, ce n’est pas facile. C’est là où une formation d’acteur est impérative pour aller chercher très rapidement une profondeur et une intensité de jeu qu’eux ont travaillé longtemps sur le plateau. Il faut être dans une forme d’instantanéité.
Tu doubles Sonic depuis plus de 20 ans. Comment as-tu adapté ton jeu pour le Sonic plus « moderne » ?
Alexandre Gillet : Ça se fait naturellement. Chaque production est différente, l’image et les intentions de jeu changent un peu. Parfois on me dit que je le fais un peu plus « nazillard » que dans le jeu, c’est l’instinct qui fait que ça sort comme ça, avec ce petit côté filou.
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Incarner Captain America, est-ce que ça change ta posture derrière le micro ?
Alexandre Gillet : Oui, car Chris Evans a une voix un peu plus lourde que moi, un médium plus lourd. Comme on m’a choisi sur essai, je dois trouver l’intensité de son jeu pour « remplir l’image ». Le doublage, c’est vraiment ce qui se passe dans le regard et le « body language ». C’est en essayant de trouver son autorité naturelle que je me suis glissé dans le personnage. C’est un acteur qui a une palette immense et beaucoup d’humour.
Le rôle de Jesse Pinkman était hyper éprouvant. Comment fais-tu pour te « nettoyer » la tête après une séance aussi intense ?
Alexandre Gillet : C’est l’un de mes meilleurs souvenirs car c’était un rôle très loin de moi. Il a fallu chercher des choses très noires et sombres en moi. C’est une série lourde et destructrice. En ressortant du travail, il me fallait un petit temps de décompression pour me laver la tête et oublier ce que j’avais dû puiser en moi. C’est extraordinaire en tant que comédien, mais humainement c’est perturbant.
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Ton actualité, c’est aussi le jeu « Clair Obscur: Expedition 33 » ?
Alexandre Gillet : Oui, sur Clair Obscur: Expedition 33 avec le personnage de Gustave. Les enregistrements de jeux vidéo sont connus pour être intenses. Sur celui ci, j’ai enregistré seul, c’est commun dans ce domaine.
Propos recueillis par Anastasia V. et retranscrits par Thomas O. pour Eklecty-City.fr, qui remercient Alexandre Gillet de s’être prêté au jeu de cette interview. La rédaction remercie également l’équipe du Play Azur Festival pour son accueil et son invitation.





