De la pop culture à la porn culture, la rédaction d’Eklecty-City infiltre les coulisses de l’industrie du X avec la chronique Carré Rose. Pour ce nouveau numéro, nous sommes partis à la rencontre du célèbre réalisateur français de films X, John B. Root. Fervent défenseur du monde du X, John revient pour Carré Rose sur le début de sa carrière dans l’industrie pour adulte.

Bonjour John, merci à toi de participer à notre chronique « Carré Rose ». Dans le cas où il y aurait des internautes qui ne te connaissent pas peux-tu te présenter ?

John : Jean Guilloré, 58 ans. Écrivain pour la jeunesse et journaliste-caméraman dans le service public jusqu’en 1994. Devenu « montreur de trous de balles en fleur » (Cette expression me fait rire) professionnel en 1995. J’ai commencé dans le X avec des cd-roms interactifs, puis Canal plus est venu me chercher pour leur faire des films. J’ai produit et réalisé 22 films pour cette chaîne. Un film par an depuis le début de ma carrière.

Avant de travailler dans l’industrie du X, tu es auteur de littérature pour la jeunesse et journaliste-reporter-image pour Thalassa. Dis-nous-en davantage sur le début de ta carrière professionnelle :

John : J’étais bien parti pour avoir une vie « normale », rédacteur en chef syndicaliste dans le service public avec des petits bouquins jeunesse étudiés dans les écoles pour m’occuper le week-end. C’est l’obsession sexuelle qui m’a fait changer de voie. A 35 ans, elle était devenue si forte que j’étais en train de me transformer en consommateur compulsif. Il me semblait qu’il y avait un secret magique dans la pornographie. Il fallait que j’aille voir. J’ai cassé ma vie de famille, quitté mes filles (qui étaient déjà grandes), pris une chambre d’hôtel et créé ma société.

Alors que tu cherches un financement pour un CD-Rom pour la jeunesse – que l’on te refuse- on te propose à la place un budget pour le premier CD-Rom interactif pornographique. C’est à ce moment que ta carrière prend un virage vers le X ?

John : Oui. Quand j’ai créé ma petite société, j’avais en projet de faire un ou deux cd-roms pour adultes puis de m’atteler à des cd-roms jeunesse. Mais je n’arrivais pas à convaincre des éditeurs. A cette même époque, le responsable des programmes adultes de Canal Plus qui avait beaucoup aimé mon cd-rom « Penthouse Virtual Escort » m’a proposé de faire un film pour la chaîne. Et là j’ai été emporté par le mouvement. Je suis devenu pornographe et j’ai été trop occupé pour faire autre chose.

Ce qui s’ensuit un changement de pseudo. Explique-nous son origine :

John : C’est un gag. Je ne voulais pas signer les productions adultes avec mon nom qui était connu dans la littérature jeunesse. Imaginez la tête des parents d’élèves… Alors j’ai cherché un pseudo rigolo et j’ai trouvé celui là : John B. Root. Un mélange entre « biroute » (la bite, en langage populaire) et Jean Racine (Ndlr : La traduction littérale en anglais de « racine » est « root »). Il a tellement fait rire qu’il est resté. Mais j’ai aussi réalisé un film X sous un autre pseudonyme (que je n’utilise plus aujourd’hui) : Paul Forguette. En hommage à un personnage de Moebius, le dessinateur de BD.

Parle-nous de ta première expérience de tournage. Comment cela s’est passé ?

John : Tournage de cd-rom ? J’avais si peur du X que je n’avais pas même osé engager un acteur. La première fois que j’ai demandé à une actrice d’enlever sa culotte, j’étais tétanisé de trouille. Mon premier film, deux ans après cette première expérience, a été une folie : « Cyberix » Vingt-cinq actrices et acteurs simultanés, un tournage de 5 nuits dans un sauna gay d’Anvers, 2 caméras… Avec un seul film, j’ai fait perdre à ma boîte plus de 150.000 euros. Je m’étais pris pour le Abel Gance du X. J’ai mis des années à rattraper ça.

Quel est ton meilleur souvenir de tournage ?

John : J’ai énormément de bons souvenirs. J’aime quand les tournages sont une fête, que l’on se sent tous bien ensemble et qu’on a l’impression de participer collectivement à un projet qui en vaut la peine. Sur mes tournages, le soir, on se fait des barbecues en buvant du bon vin. Si on demande aux acteurs et actrices de montrer du plaisir, il faut savoir leur en donner.

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Des titres de films dont les tournages ont été des moments de bonheur ? « Dis-moi que tu m’aimes« , « Mangez-moi« , « SolstiX« , « Ludivine« … Pour « Dis-moi que tu m’aimes » qu’on a tourné en Crète, j’avais mis la barre trop haut. Il y avait des moments dansés, chantés, des scènes avec quatre bateaux en mer, des scènes avec une colonne de voitures et des quads. J’avais pas d’assistant à cause du manque de budget et j’ai un peu morflé. (Rires)

A ce jour, tu as combien de films à ton actif ?

John : 22 films format Canal+. Des milliers de vidéos « gonzo » pour mon site internet www.explicite-art.com.

Nous l’avons vu, tu es sans cesse dans l’expérimentation. Tu es à l’origine du premier CD-Rom interactif pornographique français, du premier film pornographique interactif en direct avec Cyberix. C’est important pour toi de te remettre en question, d’essayer de nouvelle chose ?

John : Oui. Le porno, c’est un artisanat d’art. A chaque fois que je le peux, je me pose la question : « Qu’est ce que j’ai pas encore essayé ? Comment on va tourner ça, cette fois ? Qu’est ce qui va à la fois m’amuser et me mettre en danger ? » Malheureusement, aujourd’hui, je n’innove plus beaucoup faute de sous. Je suis un bon créatif mais un mauvais businessman.

Selon toi, l’interactivité avec le spectateur est à la base de se business ?

John : Non. C’était un essai. Ça n’existe quasiment plus du tout.

Que penses-tu de la VR ?

John : Intéressant techniquement. J’adore ça en tant que geek, mais je ne suis pas persuadé que la VR et la vidéo immersive aient, en l’état, un grand avenir économique dans le X. La 3D a fait un flop. Il me semble — je peux me tromper — que les consommateurs de X veulent la techno la plus simple possible. Une vidéo sur un smartphone, une télé, un écran d’ordinateur. On clique, on regarde. Pas sûr que les consommateurs soient prêts à mettre des lunettes 3D ou pire, un casque VR pour se br…er.

Qu’est-ce que tu aimes dans le porno ?

John : A l’origine, j’adorais l’impertinence du genre, son côté soixante-huitard politiquement incorrect. Mais ça, c’est bien fini. Aujourd’hui, globalement, le porno a viré à droite. J’aime encore l’absolue liberté que j’ai dans ce métier. Personne pour me dire quoi écrire, comme filmer, quelle actrice engager. Mais cette liberté a un revers : je bosse comme un âne et je me bats en permanence contre l’économie du métier.

Et qu’est-ce que tu détestes ?

John : La mysoginie, la bêtise et la laideur qui entachent certaines productions. Le porno Kleenex. Le genre « T’aimes ça, hein, pétasse, que je te la mette à fond dans ta boîte à caca? » Ça pourrait être drôle si il y avait dans ces productions un minimum de second ou de troisième degré, malheureusement non. Elles sont stupidement primaires et bassement mercantiles. Pour moi, le sexe, c’est d’abord un rapport humain complice entre des partenaires. Sans désir, sans envie, sans plaisir, le sexe est laid.

Penses-tu que certaines productions dégradent l’image des actrices ou des acteurs ? Ou « ce n’est que » du cinéma ?

John : Ça n’est que du cinéma. Rien n’est vrai dans le X. On répète, on tourne, on maquille, on coupe, on monte. C’est fabriqué. Mais pour le spectateur, l’impression de réalité est très forte. Par exemple, lorsque je fais un casting ou une scène de rencontre avec une fille en POV (point de vue = caméra subjective. C’est moi qui tiens la caméra), tout le monde croit que c’est absolument spontané et improvisé et que la fille va accepter de me faire une pipe après cinq minutes de conversation. Mais non, ça a été discuté, répété avant. Ce détour pour te dire que l’image des acteurs et actrices dépend de ce que le réalisateur et/ou le producteur souhaite montrer. Avec les mêmes acteurs et actrices, tu peux faire une vidéo dégradante qui fait passer la fille pour une nouille soumise ou une vidéo tendre et drôle. C’est pas parce que les spectateurs sont prêts à payer pour de la merde misogyne qu’il faut en produire.

Quel est selon toi le meilleur studio de production?

John : En France ? Moi : Explicite-art. Le plus beau site X de la planète ! (Rires) Mais celui qui a le plus de succès et de force économique c’est Dorcel, de loin. Suivi par Jacquie et Michel. Dans le monde ? Il y a plein de studios US qui travaillent de manière très pro. Tushy.com, realitykings.com, Bangbros.com, Kink.com (dans un genre extrême)… des dizaines. Sinon, à la frontière du X, j’ai de la tendresse pour Roy Stuart qui a un bel univers graphique.

Les sites de streaming à l’instar de YouPorn sont-ils les ennemis des studios ?

John : Oui. Ce sont des truands, des voleurs. Ils ont aspiré le trafic en présentant des vidéos qu’ils ont volées aux studios qui les ont produites puis, avec l’argent gagné, ils ont racheté les studios. Ils ont fait perdre au consommateur le réflexe de payer pour ce qu’il regarde et ils ont tué le métier.

D’après ton expérience, comment le porno va évoluer dans les prochaines années ?

John : Je sais pas, je sais plus. J’espère que les règles, sur internet, vont devenir plus claires.

Avec notre chronique, nous partons également à la rencontre des camgirls. Certaines sont parfois plus célèbres que les actrices. Les camgirls sont-elles en train de prendre le contrôle du porno ?

John : Non. Elles ne tueront pas le porno, elles l’enrichiront. D’ailleurs, je travaille avec plein d’actrices qui sont aussi camgirls et j’ai recruté deux actrices de mon site en chattant avec elles sur des sites de webcam. (Rires) Mais blague à part, j’adore les sites de webcam. Mes préférés sont des sites de freemium : Chaturbate.com et cam4.com. Il se passe chaque jour des tas de choses fascinantes sur ces sites. Les filles, les couples, les gay, les trans sont en train d’y inventer une nouvelle façon de raconter la sexualité. Je fais souvent des shows webcam avec des nanas sur www.cam4.com et sur chaturbate.com, pour le fun. A chaque fois, on a des milliers de viewers simultanés. C’est un très gros marché.

Quels sont les actrices / acteurs – avec qui tu n’as pas eu l’occasion de travailler – que tu souhaiterais diriger ?

John : Euh… personne en particulier. J’aime les rencontres. J’aime les nanas qui ont un truc à raconter, les personnages forts. Il y a plein de nanas tendres, intelligentes et folles sur mon site. Faustine Karel, Judy Minx, Marla, Molly Saint Rose récemment.. Les « stars du X », c’est à dire les super pros internationales qui vont de studio en studio, je les connais assez peu.

Quels conseils donnerais-tu aux futures actrices ainsi qu’aux acteurs qui souhaitent se tourner vers cette carrière ?

John : De ne surtout pas tout miser sur le X et être toujours libre financièrement de refuser une prod dont on n’est pas sûre. De multiplier les expériences. Faire aussi de la webcam, des salons, multiplier les rencontres. Et prendre des conseils auprès des autres actrices et acteurs quand elles ont une proposition de tournage d’une production qu’elles ne connaissent pas. Il y a pas mal de guignols qui gravitent autour de ce métier en essayant de faire croire qu’ils sont des pros.

Tu le sais chez Eklecty-City nous traitons de l’actualité cinéma. Quelle(s) actrice(s) souhaiterais-tu convaincre de passer devant ta caméra (rires) ?

John : Scarlett Johannson ! Miley Cyrus. (Rires) Emma Watson. Non, je dis n’importe quoi.

Justement, parlons un peu de tes gouts culturels. Quels sont tes films préférés ?

John : Dans mon top ten? All that Jazz de Bob Fosse, Blade Runner de Ridley Scott (ah, la scène sous la pluie… J’y ai fait référence dans mon film « Mangez-moi« ), Les Misfits de Huston, 2001 et Shining de Kubrick (tout Kubrick, en fait), Hair et Amedeus de Forman… Récemment, j’ai pleuré comme une madeleine en regardant Les Délices de Tokyo de Naomi Kawase, j’ai beaucoup ri avec des conneries bien réalisées Deadpool, Kingsman ou Les Gardiens de la Galaxie… Il y en a tant, des bons films… Comment choisir?

Quelles sont tes séries du moment ?

John : Je regarde le moins possible la télé. Mais je n’ai raté aucun épisode de Game of Thrones. J’ai aussi vu tous les épisodes de Breaking Bad.

La musique que tu écoutes en boucle actuellement ?

John : Les sonates, trios et quatuors de Schubert… Non, plus simple : allez écouter ma playlist sur Spotify. Vous verrez, il y a un peu de tout. Du jazz, du Led Zeppelin, de l’électro, du classique, du inclassable… (Jean Guilloré)

Nous nous occupons également de l’actualité jeu vidéo. Es-tu un gameur ? Parle-nous de ta meilleure expérience vidéoludique et du dernier jeu auquel tu as joué ?

John : J’ai plus de console. Sniff. J’ai joué toute ma vie. Si j’avais des sous, je m’achèterais une Switch pour rejouer à Mario Kart. Il a l’air beau, le nouveau. Maintenant, je joue sur mon Iphone ou mon Ipad. Tous les jours. Je viens de finir Monument Valley 2. Sinon, je joue à plein de conneries. Des jeux d’action principalement (Nightgate, Geometry Wars, Race Kings…)

Parle-nous de ton actualité et de tes projets en cours.

John : Le film que je devais tourner pour canal plus en juin est reporté. J’espère le tourner cet automne. Je bosse comme un âne 7 jours sur 7 pour doper mon activité internet (explicite.com, johnbroot.com et explicite-art.com) et gagner avec ces sites plein de sous que je réinvestirai dans de belles productions.

Où te vois-tu dans 10 ans ? Toujours derrière la caméra ? Souhaiterais-tu travailler pour le cinéma traditionnel ?

John : Cinéma traditionnel ? Je sais pas jouer à ce jeu-là. Trop de compromissions, de couleuvres à avaler, de temps perdu en écritures successives, attente de réponses, dictats de producteurs. J’ai essayé et je me suis fait marcher dessus. Deux fois. J’aime pas me brûler plusieurs fois au même endroit. C’est un dialogue du film « Seul les Anges ont des Ailes » de Howard Hawks.

Si demain ta vie doit faire l’objet d’un biopic au cinéma, quelle serait l’accroche de l’affiche du film ?

John : « Le Principe de Plaisir » C’est le titre de l’un de mes premiers films. Ou « Le Saint Patron des Branleurs« .

C’est le moment du selfie, tu dois te prendre en photo avec la dernière actrices que tu as dirigé.

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John : Voilà. En studio avec la belle Emma Duval.

A quelle(s) autre(s) actrice(s) / acteur(s) souhaiterais-tu que l’on pose ces questions ? Pourquoi ?

John : Essaie avec des nanas étonnantes, qui n’useront pas de la langue de bois. Luna Rival, Molly Saint Rose. Ou avec une nana – qui a débuté chez moi – et qui a fait tous les gros studios dans le monde et qui est arrivée au sommet de la petite pyramide : Jessie Volt.

Pour terminer, quelle question aurais-tu souhaité que l’on te pose et qu’aurais-tu répondu ?

John : Il en pense quoi, ton psychanalyste, de tes conneries ?

Encore une fois merci John d’avoir joué le jeu, à bientôt.

John : A plus les ami(e)s.

John B Root sur Twitter

Propos recueillis par Thomas pour Eklecty-City.fr, qui remercie John B Root de s’être prêté au jeu d’une interview.

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