Avant de se retrouver propulsé à la réalisation de Spider-Man : Homecoming, Jon Watts a signé deux longs-métrages aussi différents qu’atypiques : Cop Car – avec Kevin Bacon – et Clown produit par Eli Roth. C’est de ce dernier dont nous allons parler aujourd’hui.

La genèse du projet a cela d’amusant qu’elle est totalement incongrue. En 2010 une vraie / fausse bande-annonce circule sur la toile. Réalisé par Eli Roth, Clown – c’est le titre – possède un pitch aussi ridicule qu’alléchant. Pour animer l’anniversaire de son fils, un père de famille revêt un costume de clown trouvé dans un recoin du grenier. Mais impossible de le retirer ensuite. Pire, le costume commence à avoir des effets néfastes et transforme petit à petit le gentil papa en créature monstrueuse prête à dévorer les enfants.

Bien vite, le téléphone d’Eli Roth se met à sonner. Ses amis le félicite pour son nouveau film arguant qu’ils sont plus qu’impatient de le découvrir en salle. N’ayant aucune idée de ce dont ils parlent, le réalisateur visionne la vidéo et tombe sous le charme. Amusé, il contacte le vrai créateur – Jon Watts donc – et lui propose de produire véritablement le long-métrage. Une opportunité pour Watts qui signera du coup son premier long-métrage.

Une histoire cocasse pour un pitch qui ne l’est pas moins. Reprenant l’intégralité des idées de la bande-annonce, Jon Watts brode un scénario capable de porter la durée du film à 1h30. Alors qu’avec une telle base le projet a toutes les chances de se vautrer – coucou le pas si folichon Machette – Jon Watts parvient à tirer son épingle du jeu et s’en sort avec les honneurs.

Moins axé sur la figure du clown que de celle de la malédiction, Clown est une version farfelue et macabre de La Mouche de Cronenberg. Tirant sa force de son aspect diablement bis, le film se montre crado, outrancier, provocateur et n’hésitera pas à jouer la carte du jusqu’au boutisme pour satisfaire les fans d’horreur décomplexée.

Étrangement, alors que le postulat de départ aurait pu être prétexte à une gaudriole complaisante et nanardesque, Watts ne tend jamais vers la facilité et embrasse son récit avec un premier degré enthousiasmant. Jamais le sujet n’est pris de haut et toutes les justifications scénaristiques – sur l’existence du monstre et du costume – renforcent l’univers du film en lui apportant de la crédibilité. Malgré tout, conscient du potentiel comique de son pitch, le réalisateur s’autorise des pointes d’humour bienvenues et des effusions gores aussi gratuites que jouissives. On est donc face à un produit un petit peu hybride, jouant sur deux tableaux à la fois, mais dosé avec suffisamment d’alchimie pour que le tout fonctionne sans discordance.

Probablement poussé par Eli Roth, Jon Watts s’autorise tous les excès et donne à son film un aspect résolument noir et intransigeant. N’hésitant pas à montrer – parfois de façon très crue – la mort d’enfants, le parcours de Kent possède un coté inexorable rendant quasi impossible toute rédemption. Si la première partie s’attache à suivre Ken McCoy – le gentil papa – en proie à sa transformation et à l’impossibilité de retirer le costume, le film change intelligemment de point de vue en fin de parcours pour offrir à la femme de Kent un vrai rôle d’héroïne – La Mouche, toujours.

Servis par d’excellent effets prosthétiques – Clown est, plus qu’un film d’horreur, un film de maquilleurs – l’histoire de ce costume démoniaque prenant possession du malheureux qui le porte a quelque chose de vraiment déstabilisant. Plus angoissant que grand guignolesque, Clown est donc un film tout à fait honorable malgré une ambition réduite. Ajoutons au passage la surprenante présence de Peter StormareFargo, Constantine, etc… – au casting achevant de faire de Clown un objet cinématographique aussi atypique que de bonne facture.

Dois-je l’intégrer à ma vidéothèque ?

Oublié dans les cartons depuis 2014, Clown doit probablement sa sortie française grâce à la future présence de Jon Watts sur les écrans 2017 pour Spider-Man : Homecoming. Néanmoins, le film tout comme la copie, n’accuse pas du tout les années. Le DVD se présente dans un beau master à l’encodage tout à fait correct.

Un peu léger au niveau des bonus, on y retrouve simplement une featurette (7 minutes) d’époque revenant sur la genèse du film et ses effets prosthétiques.

Seulement, le DVD trouvera largement sa place sur les rayonnages d’amateurs du genre.

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