Pelé, film-biopic sur le footballeur éponyme réalisé par Michael et Jeff Zimbalist, s’avère être une drôle d’expérience. En effet à l’issue du visionnage, l’on se rend compte que le ton et les codes utilisés ont une approche si classique, et si littérale, qu’on croirait nager en plein radotage stérile. Et pourtant.

Un arrière-goût scolaire

Le film adopte d’ailleurs une écriture extrêmement linéaire, qui va naturellement à l’encontre des canons actuels – Les œuvres des années 2010 entretiennent un goût très clair pour la déconstruction du récit, dont Christopher Nolan s’est érigé en spécialiste.

L’introduction s’attarde tout logiquement sur les origines du personnage qui nous intéresse, à une présentation au cœur de l’environnement qui l’a vu naître, et qui constituera plus tard son ancrage.

Pelé est encore un petit garçon, et joue déjà au football avec ses copains au milieu des favélas, dans une scène chorégraphiée comme une danse, où l’objectif est de jongler, de faire des passes, sans que jamais le ballon ne touche le sol. Difficulté augmentée par l’étroitesse des rues, par le grouillement humain permanent, et par de nombreux autres obstacles. Fluidité du geste, mais surtout fluidité du contrat classique. En une scène, tout est déjà présenté (les origines sociales, la famille, les copains, la passion du football) comme une esquisse très précise de ce que sera la toile finale.

Cette entrée en matière est également intéressante car elle est à l’image de ce que sera tout le film : un spectacle (au sens d’une prestation ayant pour but de divertir).

On pourrait s’offusquer d’une forme de non prise de risque car vous l’aurez vite compris, le reste du film n’est rien d’autre que ce qu’on attend de lui, et que des centaines de films sur la destinée ont déjà fait avant lui. Pelé va donc grandir, se démarquer par son talent, s’affranchir de sa condition précaire en faisant des rencontres décisives, et monter les échelons jusqu’à la gloire qu’on lui connaît.

Tout cela semble très scolaire, mais il est possible d’attribuer un sens un peu plus noble à ce terme. Car pour se rendre compte de l’allure de l’objet dans sa globalité, il faut se rappeler ces films qu’on nous montrait à l’école, en cours de langue ou en étude comparative, légers comme une plume, sans aucune violence (Joue-la comme Beckham en est un bon exemple), et qui semblaient avoir été tournés spécifiquement pour être diffusés dans les classes.

Un monde simple

Dans Pelé, chaque séquence porte en effet son lot de bons sentiments, de petites notes bien-pensantes sur « le racisme c’est pas bien », sur la fierté nationale, les racines, l’importance de la famille ou les bienfaits de l’esprit d’équipe. Tout y passe sans exception, et sans second degré aucun. Les favélas par exemple, deviennent soudainement un lieu uniquement composé de braves gens, miséreux mais nobles, marginalisés mais vertueux. Aucune tension à l’horizon, seulement de paisibles bidonvilles où les gens commercent, rient et parlent de football. Ce n’est pas pour rien que le film choisit toujours la voie des bisounours, car pour mettre en valeur le destin héroïque du grand Pelé, il était nécessaire d’arrondir les angles, quitte à tout caricaturer (par exemple les Brésiliens, sensuels et chaleureux opposés au suédois – équipe favorite à la fin des années 50 – montrés comme des colosses froids et méthodiques).

Le football comme un art martial

La saga Rocky fait office de leçon absolue dans le genre : jamais les enjeux n’auront été aussi puissants que lorsque les disparités sont hypertrophiées.

Il est d’ailleurs difficile de ne pas sourire lorsque le sélectionneur explique à Pelé les origines du jeu brésilien – la ginga, issue de la capoeira – dans un récit ancestral mis en images comme un clip prophétique saturé de couleurs, où les esclaves parvinrent à se libérer de leurs maîtres en faisant voltiger leurs pieds. Exemple flagrant d’un code emprunté aux films d’arts martiaux, qui d’ailleurs ont été parodiés à de nombreuses reprises pour leur systématisme (cf Kung Fury). C’est sur ce lieu commun en effet, que le maître explique à l’apprenti que sa technique est l’héritage d’une longue tradition, que chaque mouvement est lourd d’une histoire qu’il devra porter au nom de tout un peuple.

Encore une fois, le film a la malice de chercher la forme la plus efficace pour assurer son spectacle. C’est aussi l’occasion d’y instaurer un souffle participatif, celui qui donne envie de se battre aux côtés des personnages, comme un supporter hurlant le nom de son joueur préféré le poing levé.

Il y a une réelle intelligence dans le projet en ce qu’il a toujours conscience de ce qu’il est. C’est-à-dire la modestie de faire un film dont les codes sont éprouvés et digérés depuis les origines, mais dont la croyance réside dans la ré-utilisation éternelle de ces même codes. En outre, l’envie de simplement faire jubiler sur une frappe puissante où le ballon vient s’écraser au fond des cages, de faire pleurer sur les reaction-shots de la famille assistant au match, agglutinés autour d’une télévision bricolée. A ce moment, nous partageons le même souvenir qu’eux, celle de ce petit garçon qui, il n’y a pas si longtemps, jonglait encore avec ces copains pour s’amuser.

C’est assez simple, la réussite du film est nécessairement liée à la capacité du spectateur à suspendre un temps son incrédulité. C’est à dire la foi qu’il sera prêt à investir dans une histoire qu’il a déjà vu, déclinée sur des centaines de sujets différents, mais qui le temps d’une projection, s’il le veut bien, recouvrera son écrin magique.

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