Immersion au cœur de la création de Lady Deadpool et Wolverine, un fanfilm impressionnant porté par une ambition cinématographique.
Trois minutes trente. C’est le temps nécessaire pour qu’une vingtaine de passionnés condensent des mois de travail acharné dans une création à l’ambition hollywoodienne. Présenté à la Coupe de France de Cosplay Online 2026, Lady Deadpool & Wolverine dépasse le simple hommage pour proposer une expérience visuelle forte, portée par un savoir-faire bénévole impressionnant. Immersion au cœur d’une production où chaque détail, du grain de l’image à la chorégraphie des combats, a été pensé pour transformer les codes habituels de ce type de réalisation.
Une organisation méthodique du début à la fin
Bien avant l’allumage des caméras, plusieurs mois de préparation occupent l’équipe. L’écriture débute à l’annonce de la nouvelle édition de la Coupe de France de Cosplay Online. Rapidement, les réalisateurs comprennent que le format très court de la compétition les contraint à abandonner une narration classique au profit d’une construction rythmée. C’est ainsi que naît l’idée d’un clip cinématographique, capable de fusionner action, humour, références à Marvel et performance musicale. L’équipe réalise un découpage technique complet, élabore des feuilles de service, produit une prévisualisation 3D de nombreux plans et organise plusieurs réunions afin que chacun partage la même direction artistique. Samir Kadri explique à Eklecty-City que cette organisation constituait une nécessité pour coordonner les différents corps de métier :
« Tout est un travail de communication et aller droit au but. Il faut condenser les idées et ne pas s’éparpiller. Il est important que chacun des techniciens connaisse sa mission. Nous avions travaillé sur un découpage technique ainsi qu’une prévisualisation en 3D réalisée par Alex Chapas, avec également un planning destiné aux acteurs. Nous avions un metteur en scène qui s’occupait du jeu des cosplayers, ainsi que deux chorégraphes pour les combats, ce qui permettait aux acteurs d’évoluer dans un environnement serein. »
Cette préparation intègre l’anticipation de la postproduction. Afin de gagner du temps sur le plateau et de privilégier le jeu physique des acteurs, les dialogues ne sont pas enregistrés dans leurs conditions définitives pendant les prises. Les comédiens évoluent avec un simple son témoin, la musique étant diffusée pendant le tournage afin de synchroniser précisément les mouvements, les chorégraphies et les différents temps forts. Ce choix permet d’affiner les performances vocales en studio. Antoine Thomé prend en charge le montage sonore et le mixage, puis Édouard Verdier intervient sur l’étalonnage afin d’harmoniser l’ensemble. En parallèle, Alex Chapas et Sébastien Loison consacrent plusieurs semaines à la réalisation des effets visuels et des éléments 3D, tous créés sans recourir à l’intelligence artificielle, un point auquel l’équipe tient.
Un décor naturel
Pendant trois jours, les membres du tournage investissent l’ancienne maison d’arrêt de Riom, un lieu dont l’architecture particulière correspond aux besoins de l’univers imaginé autour du Deadpool Corps. Ses couloirs étroits, ses murs marqués par le temps et son atmosphère industrielle apportent une profondeur naturelle aux différentes séquences. Une carrière de pouzzolane située à Volvic complète certains passages en apportant une autre dimension aux décors.
Grâce à ces choix, chaque espace semble pensé pour accompagner les personnages et renforcer l’ambiance générale, sans donner l’impression d’une simple succession de lieux de tournage.
Construire une identité visuelle inspirée des blockbusters
L’ambition de reproduire les sensations procurées par une grosse production hollywoodienne est revendiquée par les réalisateurs. Pour autant, il n’était pas question de copier une esthétique existante. Samir Kadri explique que cette identité visuelle est le fruit d’un travail collectif entre lui-même, Alex Chapas et Maxime Chantel :
« L’esthétique a été réfléchie avec les trois réalisateurs. Nous voulions une image douce tout en retrouvant une sensation de pellicule d’époque. C’est ce qui donne son aspect de film hollywoodien. Le travail sur les couleurs a demandé beaucoup de recherches parce que cela peut rapidement paraître artificiel. Nous avons cherché quelque chose de plus lugubre puisque nous tournions dans une ancienne prison. Toutes les lumières ont été calculées pour valoriser les acteurs, avec également de la fumée afin d’adoucir encore l’image. Beaucoup de plans rappellent des films comme Reservoir Dogs ou Alien, autant dans les couleurs que dans leur mise en scène. »
Cette identité repose aussi sur le travail de Maxime Chantel et de Liam Letellier concernant les décors. Chaque accessoire, chaque élément installé dans les cellules ou les couloirs participe à la crédibilité de cet univers, jusqu’aux nombreux clins d’œil destinés aux amateurs de Marvel et de cinéma. Le dossier de production évoque plusieurs références allant d’Alien à Orange mécanique, en passant par Taxi, Reservoir Dogs, le bouclier de Captain America ou encore Negan de The Walking Dead. Loin d’être de simples détails, ces inspirations participent à la personnalité du film sans jamais prendre le dessus sur son identité.
Une vision collaborative
Réunir une vingtaine de personnes sur un tournage bénévole représente un défi bien plus complexe que la réalisation elle-même. Entre les disponibilités de chacun, les déplacements, les repas ou les contraintes personnelles, la moindre difficulté peut ralentir une production. Samir Kadri reconnaît que cette responsabilité lui a parfois semblé impressionnante. Il confie à Eklecty-City :
« Cela n’a pas été facile. Gérer vingt personnes sur un plateau a été une véritable épreuve, je ne vais pas vous mentir. Chacun possède sa propre vision et tout le monde donne son avis. Finalement, ces propositions nous amènent parfois à réfléchir autrement et à trouver des idées auxquelles nous n’aurions jamais pensé. Ensuite, il faut aussi écouter les besoins de chacun, qu’il s’agisse des déplacements, des repas ou des disponibilités. Comme tout était bénévole, personne n’avait l’obligation d’être présent en permanence. Nous sommes avant tout des passionnés de pop culture et de cinéma, et chacun s’est laissé porter par cette aventure. »
Cette philosophie collaborative transparaît à l’écran. Le spectateur ne découvre pas uniquement quatre cosplayers devant une caméra, mais un ensemble où décorateurs, ingénieurs du son, chorégraphes, opérateurs drone, chefs électriciens, spécialistes des effets visuels, étalonneur, monteur et comédiens de doublage poursuivent un objectif commun.
Dépasser la victoire de 2022
Remporter une compétition peut devenir un piège. Après avoir décroché la première place avec Deadpool lors de l’édition 2022, DPNC Cosplay aurait facilement pu reproduire une méthode ayant déjà convaincu le jury. Pourtant, cette idée n’a jamais été envisagée. L’interprète de Wade Wilson explique avoir traversé une période de doute avant de retrouver ce personnage devenu populaire sur les réseaux sociaux :
« À vrai dire, il n’y a pas eu d’élément déclencheur précis. Après notre participation en 2022, de nombreux cosplayers incarnant Deadpool sont devenus très populaires sur les réseaux sociaux. Je me suis demandé si revenir avec ce personnage allait réellement convaincre le jury et séduire le public. Puis j’ai réalisé que j’avais oublié l’essentiel : mon propre style. Je ne cherche pas à suivre les tendances ou à ressembler aux autres. Ce qui me passionne, c’est d’incarner Deadpool à travers son jeu d’acteur, ses mimiques, son humour et toute l’énergie que Ryan Reynolds lui apporte. »
Cette réflexion influence la direction du film. Plutôt que d’accumuler les effets spectaculaires, le personnage bénéficie d’un travail sur le rôle. Son humour, sa maladresse, sa violence, mais aussi sa vulnérabilité trouvent davantage de place dans cette nouvelle interprétation. DPNC Cosplay résume sa philosophie par une formule révélatrice :
« Sous le nom de DPNC Cosplay, je fonctionne avec une philosophie simple : soit on s’investit en mode EFFORT MAXIMUM, soit on ne le fait pas. Je pense que ce qui nous a permis de franchir un cap, c’est cette volonté constante de nous dépasser tout en affirmant notre propre identité artistique. »
Donner une identité à Lady Deadpool
Parmi les nouveautés de cette édition, Lady Deadpool représente le personnage qui demande le plus de travail de construction. Encore récente dans les films Marvel, elle bénéficie dans les comics d’une personnalité plus imprévisible encore que celle de Wade Wilson. Restait à lui trouver une identité propre dans un format court. Lyanna Cosplays refuse de reproduire le comportement de Deadpool. Elle préfère construire un personnage autonome, dont la présence repose davantage sur la maîtrise que sur la folie permanente, elle confie à Eklecty-City :
« J’ai eu la chance de travailler avec deux acteurs incroyables qui maîtrisent leur personnage depuis des années. Mon objectif, c’était de trouver ce qui rend Lady Deadpool unique. Je ne voulais pas qu’elle soit une version féminine de Deadpool. Je voulais qu’elle ait sa propre identité. »
Cette réflexion influence sa manière de jouer. Dans le scénario, Lady Deadpool apparaît comme quelqu’un qui anticipe les événements et qui agit selon une stratégie réfléchie : « Dans le script, elle arrive avec quelque chose de calculé, de préparé : elle a un plan, elle sait ce qu’elle fait et elle veut aller au bout. Il y avait ce côté un peu machiavélique qui m’intéressait beaucoup dans son interprétation. »
Cette personnalité passe par le langage corporel. La comédienne explique avoir consacré une grande partie de sa préparation à la posture et à l’occupation de l’espace : « J’ai travaillé sur sa posture, son attitude, sa façon d’occuper l’espace pour marquer sa confiance et sa puissance. L’idée était qu’elle apporte quelque chose de différent tout en restant cohérente avec l’univers et son ton très assumé. »
Le travail ne s’arrête pas au jeu d’acteur. Le maquillage devient un outil d’interprétation. Les cicatrices réalisées au collodion, les effets de texture ou encore le vieillissement du costume participent à raconter le passé du personnage sans qu’un dialogue soit nécessaire. Lyanna Cosplays voit dans cette préparation une manière d’entrer progressivement dans la peau de Lady Deadpool :
« J’ai aussi travaillé énormément le visuel pour nourrir le personnage : le maquillage, les scarifications… Tous ces détails racontent qu’elle a un vécu, un bagage. Pour moi, le make-up aide énormément à entrer dans le rôle parce qu’on commence à sentir qui est le personnage avant même de bouger ou de parler. »
L’absence volontaire du masque participe à cette vision : « Dans le court-métrage, elle ne porte ni son masque ni ses gants : elle est dans son repère, elle est presque détendue. Elle attend. »
Les amateurs de cosplay connaissent déjà Lyanna pour son interprétation de Selene dans Underworld. Même si les deux univers semblent éloignés, elle explique avoir retrouvé des points communs au moment d’aborder Lady Deadpool :
« Oui, clairement. Il y a un lien entre les deux personnages dans la manière de les incarner physiquement. Selene porte aussi une tenue très exigeante, avec une combinaison et des talons, donc j’avais déjà cette habitude d’évoluer dans des costumes qui demandent de trouver du confort malgré les contraintes. »
Cette expérience lui permet de dépasser les difficultés liées au costume afin de concentrer toute son attention sur le personnage :
« Pour Lady Deadpool, je ne me suis pas concentrée sur le fait de supporter le costume mais plutôt sur la manière de l’utiliser pour construire le personnage. Même si les univers sont très différents, il y a chez Selene cette présence forte, cette maîtrise et quelque chose d’assez imposant dans la posture. Lady Deadpool appartient à un registre plus libre et plus décalé, mais je pense que cette expérience m’a aidée à lui donner cette impression de puissance. »
Une performance qui passe aussi par la voix
Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, la difficulté rencontrée par Lyanna Cosplays ne concerne ni les scènes d’action ni le costume. Habituée aux longues journées en convention, elle possède déjà l’endurance nécessaire pour évoluer durant plusieurs heures dans ce type de tenue :
« Le cosplay nous entraîne à rester parfois huit heures d’affilée dans un costume, en enchaînant prestations, shootings photo et déplacements, donc j’avais déjà cette endurance. »
Le défi apparaît au moment d’enregistrer une nouvelle interprétation de Holding Out for a Hero, le titre de Bonnie Tyler. Dans le film, toutes les parties vocales sont réenregistrées. Sous la direction de Studio Seven, Lyanna interprète elle-même cette nouvelle version, accompagnée de chœurs enregistrés par plusieurs membres de l’équipe. Pour la chanteuse comme pour la cosplayeuse, il ne s’agit pas simplement de reprendre une chanson connue :
« J’ai enregistré une reprise de Holding Out for a Hero de Bonnie Tyler, et ça a demandé une vraie préparation. J’ai eu la chance d’avoir une équipe qui m’a fait confiance et qui m’a laissé carte blanche pour proposer ma version. »
Elle cherche une couleur vocale proche de son personnage : « J’ai travaillé ma voix pour lui donner quelque chose d’un peu plus rauque, plus en accord avec l’énergie du personnage et l’intention du morceau. En plus, c’est une chanson très rythmée, très rapide et très puissante, donc il fallait réussir à garder l’intensité tout en conservant l’identité de Lady Deadpool pendant toute la performance. »
Le travail collectif occupe une place essentielle : « J’ai aussi eu la chance d’avoir des retours pendant l’enregistrement pour ne jamais perdre de vue l’interprétation : ça a été un véritable travail d’équipe. Au final, c’était un travail très complet : le corps, la voix, le costume, le maquillage… tout devait raconter le même personnage. »
Cette approche résume la philosophie générale, aucun élément n’est traité séparément. L’interprétation, la direction artistique, la musique, le maquillage, les costumes et le montage poursuivent la même intention afin que le spectateur perçoive immédiatement la personnalité de chacun des protagonistes.
De véritables séquences d’action
Même si Lady Deadpool & Wolverine ne dure que trois minutes trente, les affrontements n’ont rien d’improvisé. En amont du tournage, les comédiens travaillent avec les chorégraphes Thomas Lobo et Basil Etrevert afin d’apprendre chaque enchaînement. L’objectif n’est pas seulement de rendre les combats spectaculaires, mais aussi de tenir compte des contraintes propres aux costumes, parfois encombrants, sans sacrifier la crédibilité des mouvements.
Les scènes sont d’abord réalisées en plans-séquences avant d’être retravaillées au montage. Cette méthode permet de conserver la fluidité des gestes tout en donnant davantage de rythme à l’action, sans tomber dans une succession de coupes destinées à masquer les difficultés techniques. Cette préparation rejoint la philosophie générale : consacrer du temps aux étapes invisibles afin que le résultat paraisse naturel à l’écran.
Peter Pool et Wolverine
Si Deadpool, Wolverine et Lady Deadpool occupent naturellement le devant de la scène, Peter Pool apporte une énergie différente qui participe pleinement à l’équilibre du film. Inspiré du personnage apparu dans Deadpool 2 puis dans Deadpool and Wolverine, il apporte une touche d’autodérision au milieu des affrontements et des personnalités explosives. Interprété par Paul Joaquim Pereira, il repose sur un contraste avec les autres protagonistes, notamment grâce à une apparence plus simple et un costume assumé comme décalé. Ce choix renforce son potentiel comique et permet au personnage d’exister autrement que par l’action. Son interprète, fort de nombreuses années d’expérience entre caméra, théâtre et danse, utilise son expressivité, sa gestuelle et son sens du rythme pour donner vie à un Peter Pool attachant, dont la naïveté devient un atout dans l’équilibre général.
Face à un personnage aussi imprévisible que Deadpool, Wolverine devait conserver tout son caractère sans sombrer dans la caricature. Super Chris Cosplay s’est tourné vers Logan en raison de sa ressemblance physique avec l’interprétation popularisée au cinéma, mais aussi de son attachement au tempérament du mutant. La préparation ne s’est pas limitée au costume. Une attention particulière a été portée à la barbe, à la stylisation de la perruque ainsi qu’à la silhouette générale afin de retrouver immédiatement les codes visuels du personnage. Sur le plan de l’interprétation, le choix consiste à retrouver ce mélange de colère contenue, d’impatience et d’impulsivité qui caractérise Wolverine depuis des décennies, créant ainsi un contraste permanent avec l’humour débridé de Deadpool.
Une déclaration d’amour au cosplay
Au-delà de la compétition, Samir Kadri et DPNC Cosplay souhaitent défendre une certaine vision du cosplay. Une pratique encore parfois réduite à la simple fabrication de costumes alors qu’elle mobilise aujourd’hui des compétences particulièrement variées. Pour lui, cette discipline mérite d’être considérée à sa juste valeur :
« J’aimerais montrer que le cosplay est bien plus qu’un simple loisir. C’est une formidable manière de s’exprimer, de raconter des histoires et de donner vie à des personnages qui nous inspirent. »
Cette évolution ne concerne pas uniquement la confection des tenues. Le jeu d’acteur, le maquillage, la photographie, la vidéo, la mise en scène, la direction artistique ou encore la postproduction occupent désormais une place grandissante dans de nombreuses créations françaises. DPNC Cosplay poursuit en rappelant que cette passion peut ouvrir des perspectives professionnelles :
« Aujourd’hui, le cosplay est devenu un véritable domaine artistique, avec des compétences en création de costumes, en maquillage, en jeu d’acteur, en photographie, en vidéo et en mise en scène. Il peut même ouvrir des perspectives professionnelles. »
Avec Lady Deadpool & Wolverine, l’équipe ne cherche pas simplement à reproduire des personnages populaires de Marvel, mais à démontrer qu’un groupe de passionnés peut réunir des compétences variées pour donner naissance à un résultat qui dépasse les attentes habituellement associées à un fanfilm. Derrière les trois minutes trente visibles à l’écran se cachent des mois d’écriture, de préparation, de tournage et de postproduction, tous réunis autour d’une même ambition artistique.





