AccueilCinémaHighlander The Source : Comment ce "Mauvais Rêve" a achevé la saga

Highlander The Source : Comment ce « Mauvais Rêve » a achevé la saga

Naufrage industriel et trahison des fans : voici pourquoi Highlander The Source reste le pire cauchemar de Duncan MacLeod.

Le destin des Immortels s’est souvent joué sur un fil, mais en 2007, le couperet tombe pour de bon. Après deux décennies de duels épiques, la franchise, exsangue après le chaos de la période Dimension Films, tente une survie désespérée via le marché de la vidéo et du câble. C’est l’heure du constat de décès pour le clan MacLeod.

L’ambition de lancer une nouvelle trilogie sur Sci-Fi Channel se fracasse alors contre une réalité budgétaire dérisoire, transformant ce qui devait être une renaissance en une purge visuelle. Ce cinquième volet ne se contente pas d’échouer ; il démolit les fondations mystiques établies depuis 1986, poussant les architectes de la licence à un acte de reniement sans précédent dans le divertissement populaire.

Le reniement des créateurs

En 2009, le producteur David Abramowitz, pilier de la mythologie télévisuelle, tranche dans le vif en qualifiant officiellement cette production de simple « mauvais rêve » de Duncan MacLeod. Cette déclaration brutale vise à extraire chirurgicalement le film de la continuité pour stopper l’hémorragie créative.

Le naufrage commence pourtant bien avant le premier tour de manivelle. Adrian Paul refuse initialement de reprendre son rôle, dégoûté par le traitement de la licence. La production se tourne alors vers Christopher Lambert pour ressusciter Connor, mais l’acteur original exige un salaire incompatible avec les finances dévastées du studio Davis-Panzer. Ce bras de fer financier oblige les producteurs à revenir vers Adrian Paul, lui cédant un titre de producteur pour garantir son implication. Ce compromis de façade ne masque pas l’exode technique : le tournage fuit l’Afrique pour s’échouer en Lituanie, imposant une esthétique de série B fauchée qui scellera le destin du film.

L’hérésie narrative

La quête de la Source pulvérise les lois fondamentales érigées par Gregory Widen. En introduisant l’idée d’une prophétie mystique et d’un « élu » capable de procréer, le réalisateur Brett Leonard commet un sacrilège envers le concept originel du Prix. Le film remplace les duels singuliers par des affrontements contre le Gardien, une créature à la vélocité grotesque qui tourne en dérision la noblesse du combat à l’épée. Cette direction transforme la fantasy épique en une parodie de jeu vidéo bas de gamme, où la règle absolue du « Il ne peut en rester qu’un » s’évapore au profit d’une fin absurde impliquant une naissance miraculeuse.

L’exil en Lituanie accouche d’une image terne, dénuée de la moindre ampleur cinématographique. Les effets spéciaux, censés masquer l’indigence du budget, sombrent dans le ridicule, notamment lors des scènes de vitesse surnaturelle du Gardien. Ce climat de déroute artistique se confirme par l’absence totale de sortie en salles sur le territoire nord-américain. Le film est relégué au rang de simple « Sci-Fi Original Movie », une dégradation symbolique pour la licence.

Le leak du film

Le destin du film bascule définitivement dans l’irréel en février 2007. Une version de travail, dérobée lors de la post-production, surgit brusquement sur le marché DVD en Russie et au Brésil avant d’inonder le web. Ce montage inachevé, dépourvu de mixage final et d’étalonnage, devient la première image mondiale du projet. L’industrie assiste, impuissante, à la prolifération d’une œuvre mutilée, forçant Lionsgate à réagir dans l’urgence.

Pour contrer le piratage, le distributeur diffuse une version TV amputée de huit minutes sur Sci-Fi Channel en septembre 2007. Ce montage officiel, pourtant censé être le « Producer’s Cut », propose des narrations d’ouverture et de clôture différentes du leak russe, sans jamais parvenir à corriger les failles structurelles du récit. Cette guerre de versions achève de perdre les derniers fidèles, condamnant le projet de trilogie avant même sa concrétisation. Le film devient un paria, une pièce de collection honteuse que les collectionneurs et les créateurs préfèrent oublier.

La rédemption par l’oubli

Le traumatisme laissé par ce cinquième acte impose une réaction de survie radicale. Face à la fureur des spectateurs, les gardiens du temple choisissent l’amnésie volontaire. Le court-métrage Reunion, produit en 2008 pour accompagner l’intégrale DVD de la série, agit comme un correctif chirurgical.

Ce segment réunit Joe Dawson (Jim Byrnes), Methos (Peter Wingfield) et Amanda (Elizabeth Gracen) dix ans après la fin du show télévisé. Conçu comme un hommage où les acteurs ont travaillé bénévolement par pur respect pour la licence, ce film court ignore délibérément les aberrations du film de Brett Leonard. En replaçant ces figures historiques dans une réalité fidèle à l’esprit original, la production valide le divorce définitif avec le long-métrage maudit.

Le projet de trilogie initialement vendu au réseau Sci-Fi Channel finit à la poubelle, victime d’un rejet critique quasi unanime. Vingt ans après le premier choc de 1986, le clan MacLeod dépose les armes dans l’indifférence. Cette tentative de transmission forcée, dénaturée par des arbitrages financiers grotesques et des fuites internationales, demeure une leçon de ce qu’il ne faut jamais infliger à une mythologie établie.

Le « mauvais rêve » invoqué par David Abramowitz reste aujourd’hui la seule explication acceptable pour une communauté qui préfère garder en mémoire l’image d’un guerrier solitaire sous la pluie de New York plutôt que l’errance numérique des plaines lituaniennes.

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La Rédaction
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