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Highlander II : Autopsie d’un naufrage industriel devenu culte par l’absurde

Highlander II a brisé le mythe avec ses aliens et son tournage chaotique. Découvrez l’histoire du plus grand crash de la SF.

Le mirage d’une suite impossible

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Highlander se suffisait à lui-même. En 1986, la fin du premier film fermait héroïquement la porte à toute prolongation : Connor MacLeod devenait mortel, gagnait le Prix et emportait le cœur des spectateurs. Pourtant, le succès foudroyant du marché vidéo et des diffusions télévisées change la donne. Les producteurs William Panzer et Peter Davis voient une opportunité financière là où le bon sens artistique conseillait le silence. Lors du Festival de Cannes 1988, des distributeurs européens pressent le duo de lancer une suite, ignorant que le scénario original ne laissait aucune place à un second chapitre.

Le développement s’engage sur une pente savonneuse. Gregory Widen, Larry Ferguson et Peter Bellwood, les architectes du premier volet, refusent de revenir par manque de conviction ou de disponibilité. Panzer se retrouve avec des concepts flous, oscillant entre des villes sous dômes et des atmosphères polluées. Le titre de travail « Highlander 2020 » annonce déjà la couleur d’une science-fiction générique. Russell Mulcahy et Christopher Lambert, initialement enthousiastes face à un budget plus confortable, déchantent rapidement devant des scripts qu’ils jugent de plus en plus médiocres.

Brian Clemens entre alors en scène pour tenter de structurer ce chaos. Il ajoute ce qu’il croit être un trait de génie : la planète Zeist. Pour expliquer l’origine des immortels, on décide d’en faire des extraterrestres bannis sur Terre après une rébellion ratée contre le Général Katana. Cette décision, imposée par la nécessité de faire revenir Sean Connery malgré sa mort dans le précédent film, va dynamiter la mythologie de la franchise. Connery accepte de reprendre le rôle de Ramírez pour 3 millions de dollars, mais n’accorde que six jours de présence sur le plateau, exigeant que son salaire soit placé sur un compte bloqué avant même de poser un pied devant la caméra.

L’enfer de la production argentine

Le tournage s’installe en Argentine, un choix dicté par des raisons économiques qui va se transformer en piège mortel. Le pays traverse une crise financière sans précédent, provoquant une instabilité permanente. Les investisseurs et la compagnie de caution mutuelle (bonding company) surveillent chaque dollar dépensé, finissant par retirer tout contrôle créatif à Russell Mulcahy. Le réalisateur assiste, impuissant, au charcutage de sa vision.

La violence n’est pas seulement symbolique sur le plateau ; elle devient physique pour les acteurs. Christopher Lambert et Michael Ironside s’affrontent avec des épées massives de 10 kilos, rendant toute précision impossible. Durant une joute, Lambert brise une dent à Ironside. Ce dernier réplique involontairement en tranchant une partie du doigt de Lambert lors d’un combat au sabre. John C. McGinley, de son côté, tente d’imiter la voix profonde d’Orson Welles pour son personnage, une idée qu’il regrettera plus tard, la qualifiant de décision désastreuse.

La situation dégénère lorsque les assureurs prennent directement les commandes du montage final. Ils modifient des pans entiers de l’intrigue pour simplifier une production qu’ils ne comprennent pas. Mulcahy, horrifié par le résultat, quitte la première mondiale du film au bout de quinze minutes seulement. Christopher Lambert menace lui aussi de claquer la porte avant la fin du projet, mais ses obligations contractuelles le forcent à rester dans ce qui devient officiellement l’un des naufrages les plus retentissants du cinéma moderne.

La fin de la mythologie

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La sortie en salles en 1991 agit comme un détonateur. Les fans du premier opus découvrent avec horreur que leurs guerriers mystiques sont désormais des exilés de l’espace. Le film piétine tout ce qui faisait le sel du mythe : le Quickening n’est plus une énergie naturelle liant l’immortel à la Terre, mais une sorte de lien magique extraterrestre utilisé par Ramírez pour ressusciter. Ce changement de canon radical rend le film incohérent, au point que le volet suivant, Highlander III, choisira d’ignorer purement et simplement l’existence de cette suite.

Le public européen a toutefois droit à un montage légèrement différent. Cette version inclut des scènes où Brenda Wyatt meurt des radiations solaires, justifiant l’obsession de Connor pour le Bouclier électromagnétique. Plus étrange encore, certains cinémas européens projettent la « fin de conte de fées » : après avoir terrassé Katana, Connor et Louise Marcus retournent sur la planète Zeist dans un déluge d’effets spéciaux surannés. Ce final, où les amants se transforment en faisceaux de lumière pour s’envoler vers les étoiles, reste l’un des moments les plus kitsch et incompris de la saga.

La bataille des montages

Conscient du désastre, Russell Mulcahy ne baisse pas les bras. En 1995, il profite de la sortie en vidéo pour reconstruire le film à partir des chutes de pellicule originales. C’est la naissance de la Renegade Version. Son objectif est simple mais titanesque : effacer toute trace de la planète Zeist. Les références aux extraterrestres disparaissent, les rebelles deviennent des humains d’un passé lointain et oublié, et le montage retrouve une nervosité plus proche de l’esprit du réalisateur. Cette version supprime également des erreurs de continuité flagrantes, comme la fusion absurde de deux combats distincts contre Katana en une seule séquence illogique.

En 2004, une « Special Edition » tente un dernier coup de poker numérique. Les producteurs révisent les effets spéciaux, changent la couleur du bouclier (qui devient bleu comme Mulcahy l’avait initialement rêvé) et peaufinent l’image. Cette version rend le film « tolérable », voire « divertissant », ce qui relève du miracle compte tenu du matériau de base.

Malgré ces efforts de chirurgie esthétique cinématographique, Highlander II reste une cicatrice dans l’histoire de la science-fiction. Il incarne ce moment où l’avidité commerciale et le chaos logistique ont failli décapiter définitivement une franchise.

Aujourd’hui, il se regarde comme une curiosité fascinante, un accident de parcours dont la survie même à travers ses multiples versions prouve que, décidément, il est très difficile de tuer un immortel.

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La Rédaction
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