Qui est le plus fort entre Batman et Superman ? Voici une question que se pose un enfant joueur qui fait s’affronter deux de ses figurines préférées dans un combat à mort et voici qui fera office de pitch pour ce nouveau blockbuster super-héroïque. Batman V Superman : l’Aube de la Justice.

Du moins c’est ce que l’on pourrait croire à priori mais il s’agit en fait de l’arbre cachant la forêt, d’un simple prétexte pour faire venir le public en salle et pouvoir lui faire la promotion des films à venir dans l’univers DC Comics.

Si le film a ses forces et ses faiblesses, il convient de commencer notre critique par le principal point noir au tableau : cette constante sensation d’avoir à rattraper le temps perdu. En effet, entre la saga X-Men lancée de longue date qui s’apprête à sortir un nouvel opus et l’univers Marvel qui n’en finit plus de nous vomir un nouveau film chaque six mois, DC Comics entre dans la danse et compte bien réclamer sa part du gâteau. Si l’intention est louable et l’univers de DC suffisamment dense pour le permettre, il n’en reste pas moins qu’un immense retard doit être comblé au risque de s’y perdre.

C’est pour cette raison que les trois premiers quarts du film forment une succession de séquences inarticulées qui semblent enchaînées de manière très forcée, sans lien de cause à effet le rendant difficile à suivre. Et pour cause il y a beaucoup trop de chose à faire entrer en un seul film quand bien même celui-ci dure 2 heures 40, se faisant l’on nous livre un film qui n’a de cesse de tendre des perches pour de futurs aventures ce qui le rend parfois très indigeste. Ce besoin d’instaurer tout un univers en un seul long métrage de manière à déclencher chez le spectateur une curiosité se révèle souvent frustrant.

L’histoire

Batman V Superman : l’Aube de la Justice s’ouvre exactement là où se terminait Man of Steel (Zack Snyder, 2013), dans le chaos d’un affrontement entre Superman et Zod. Au milieu de cet effroyable combat se trouvaient des civils et notamment des employés de Wayne Enterprise qui deviendront des dommages collatéraux, motivant de ce fait la haine de Bruce contre l’homme d’acier.

Malgré une structure hachée en début de film comme nous le mentionnions plus haut, le scénario général est très convenu et sans surprise, calqué sur ce qui se fait en général à Hollywood. On est loin du scénario infaillible de The Dark Knight (Christopher Nolan, 2008) mais encore une fois ce faux pas est à mettre au crédit des trop nombreuses histoires à amorcer en même temps là où les films de Nolan, ne faisant pas partie d’un univers cinématographique, avaient toute la liberté nécessaire.

Sans s’appesantir sur le scénario (déjà pour ne pas vous gâcher l’histoire mais surtout parce-que ce n’est pas révolutionnaire), attardons nous plutôt sur le sous-texte du film et son questionnement sur le terrorisme. Cette idée se fait sentir dès l’ouverture sur la destruction de Metropolis par Superman et Zod. Ces deux étrangers qui ravagent les immeubles de la ville, ces habitants déboussolés errant dans les rues à la recherche d’un abri ou fixant le ciel dans la crainte de l’inéluctable, les pompiers inefficaces, la terreur ambiante et les coulés de fumée et de gravats… Une scène mémorable qui donne des frissons à quiconque se souvenant du World Trade Center. Le traumatisme du 11 septembre est évident. D’ailleurs force est de constater qu’ici le terroriste c’est Superman alors qu’il est censé incarner l’idéal américain, l’éternel boyscout. Suite à cet événement, Batman voudra se venger tout comme les USA sont entré en guerre après les attentats.

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Adapter la caméra au super héro

En ce qui concerne la direction artistique, Batman V Superman : l’Aube de la Justice laisse perplexe tant il navigue entre les plans léchés à la scénographie proche de la perfection et les plans génériques dépourvus de saveur. Ces plans à l’esthétique travaillée surviennent ponctuellement comme autant de tableaux héroïques disséminés dans le film, des images conçues pour être marquantes est rares. L’ennui c’est que de tels moments de perfection mettent en exergue la banalité de la majeure partie de l’œuvre.

Ce faisant, certains plans trahissent une vraie volonté de faire évoluer le médium en forçant la caméra à quitter son point de vue habituel d’humain pour s’adapter à celui d’un surhomme. Lors de certaines phases, de combat notamment, la caméra évolue dans l’espace en s’ajustant au sujet filmé au moyen de travellings extrêmement rapides. Ainsi la caméra revêt une double identité à l’instar des personnages principaux et jongle de l’une à l’autre en même temps que les héros de manière à mieux rendre compte de leurs actions.

Au niveau de la lumière, le film baigne dans une constante désaturation des couleurs livrant un monde terne dont se dégagent seulement le jaune et le bleu, constamment bordés d’un noir profond. Cette esthétique tendant vers le noir rappel le dessin du comics tout en confortant l’idée d’un univers plus sombre que celui de Nolan. De plus, cette dominante du duo jaune et bleu créé un contraste lumineux très plaisant à l’œil (Une technique que David Fincher utilise systématiquement). Ce contraste évolue d’un plan à l’autre et n’est pas sans rappeler la rivalité Batman / Superman. On regrettera le recours trop fréquent à la longue focale. Certes un objectif long, permet de jouer sur le point ainsi que sur l’importance du flou tout en creusant l’image ce qui est très appréciable en 3D. Cependant, de ce choix il résulte une impression de confinement accentuée par la rareté des plans larges. En ce qui concerne les effets spéciaux, on ne peut pas dire que ce soit Byzance (ce qui est dommageable pour un film de super héros vous en conviendrez). Si les effets sont réussis lors des scènes de combats, il semblerait que le budget ait été inférieur pour les plans subsidiaires. En effet quelques plans d’illustration (sur des environnements notamment) réalisés sous formes de matte painting sont particulièrement criards.

Le générique de début est composé d’une suite de plan très graphique largement inspiré des dessins de comics. Tout en longue focale, il propose une 3D très intéressante et a le mérite de plonger le spectateur dans le film très rapidement. Il rappelle l’excellent générique d’introduction de Watchmen (Zack Snyder, 2009) toutefois cette appréciation est purement subjective.

Les personnages et le casting

L’impression de débarquer dans un monde qui a déjà vécu hors-film peut être intéressante. En effet l’univers présenté ici est déjà très riche avant même que le spectateur s’en approche. Batman est désabusé, voilà 20 ans qu’il opère et traîne un lourd passif. Certes les raisons de cette dépression ne sont pas clairement exprimées (encore un teasing pour les futurs films de et avec Ben Affleck) cependant ce manquement scénaristique a au moins la vertu de placer Batman dans un état de fragilité qui justifiera sa haine immédiate envers superman.

Continuons sur la performance de Ben Affleck qui signe ici une interprétation différente du chevalier noir que celle de Christian Balle. Même si on le voit peu avec son costume, il a le charisme que l’on attend d’un Bruce Wayne / Batman et nulle doute que la trilogie qu’il va lancer saura exploiter son talent plus en profondeur. Dès ses premières apparitions il vole la vedette à Superman, joué par un Henry Cavill décidément aussi lisse que son costume. Cependant le personnage de Batman est sujet à controverse. D’accord il est plus sombre et torturé qu’il ne l’a été au fil de ses incarnations, cependant il va jusqu’à bafouer, et ceci à de très nombreuses reprises, son seul et unique credo, la limite qu’il ne devrait jamais s’autoriser à franchir. Ce choix difficilement compréhensible a pour conséquence de diminuer la taille de la fosse séparant le héros des criminels. Cependant cet écart s’explique aisément par un Batman plus proche de ses origines imaginées par Frank Miller.

Passons au rôle de Jesse Eisenberg qui campe un Lex Luthor si exubérant qu’il en devient rapidement énervant. Pour vous faire une idée imaginez son interprétation de Mark Zuckerberg dans The Social Network (David Fincher, 2010) hyperactif à l’extrême. Chose très étrange, ce Lex Luthor semble complètement dérangé et n’a pas de motivation évidente justifiant ses actes. L’écriture du personnage est calqué sur celui du Joker, la version de Christopher Nolan avec Heath Ledger.

En ce qui concerne Wonder Woman (Gal Gadot) elle est intégrée à l’intrigue de manière assez forcée, servant surtout à introduire d’autre héros. Vis-à-vis de l’histoire elle reste en retrait mais se laisse découvrir peu à peu jusqu’à s’affirmer dans sa double identité en fin de film. Son personnage est secondaire voire même tertiaire mais l’on sait qu’elle prendra de l’importance dans l’avenir de la licence et plus encore dans son propre film Wonder Woman (Patty Jenkins, 2017).

Pour terminer sur le casting, Jeremy Irons l’acteur derrière Alfred semble légèrement jeune pour le rôle mais par contre ressemble exactement à l’idée que l’on se fait de Jym Gordon en particulier après la saga des Batman Arkham.

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Un résultat en dent de scie

Pour conclure Batman V Superman : l’Aube de la Justice contentera les amateurs de film de super héros ou simplement les spectateurs en quête de divertissement. Cependant si vous êtes en quête d’un traitement réaliste de l’univers mieux vaut passer votre chemin et espérer que la suite de la série ira dans de meilleurs directions. Le scénario est bancal, les personnages ne sont pas intéressants (même si Batman sauve le navire), l’impression de fourre-tout gâche constamment l’expérience et la musique ne restera pas dans les mémoires tant elle est systématiquement moins puissante que l’action qu’elle accompagne. Enfin, inutile de rester pendant le générique car il n’y a pas de scène post-crédits, nous en avons fait l’expérience…

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