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Masterplan sur Prime Video : Interview du compositeur Polérik Rouvière « C’est un passage de témoin constant entre leur jeu et la partition. »

Rencontre avec Polérik Rouvière, compositeur du film Masterplan sur Prime Video, qui livre sa vision de la musique à l’image.

La musique de film ne se contente pas d’accompagner les images. Elle en révèle les tensions, les émotions et les non-dits. Depuis plus de vingt ans, Polérik Rouvière explore les possibilités de la musique pour raconter autrement. Du jazz à l’électro-pop de Ledge, de son univers personnel sous le nom d’Ulrich Forman à la composition pour le cinéma et la télévision, son parcours se nourrit d’une même envie de décloisonner les styles et de chercher, pour chaque film, une identité sonore singulière.

Avec Masterplan, le nouveau film de Thomas Vincent disponible dès aujourd’hui sur Prime Video, le compositeur retrouve un terrain propice à cette liberté musicale. Porté par Stanley Tucci, Simona Tabasco et Victor Belmondo, ce film de casse produit par Gaumont et Amazon MGM Studios met en scène le braquage de la Joconde sur fond de retrouvailles familiales inattendues. Derrière le cambriolage se dessine le rapprochement d’un père et de deux enfants qui découvrent leurs liens familiaux au cœur du danger.

Pour accompagner cette aventure, Polérik Rouvière fait dialoguer production pop et écriture orchestrale, sonorités électroniques et textures organiques. Sa partition accompagne l’évolution des personnages sans jamais prendre le pas sur leur jeu. De son enfance passée à transformer un piano à queue en cabane à son travail de compositeur, producteur et mixeur, il n’a cessé d’explorer les façons dont la musique peut donner une autre dimension aux images. À l’occasion de la sortie de Masterplan, il revient sur la création de cette bande originale, sa collaboration avec Thomas Vincent et l’équilibre entre tension, émotion et énergie musicale.

« Ulrich Forman relève davantage de la confidence que de la déclaration. »

Ton histoire avec la musique commence, littéralement, par un piano à queue hérité et transformé en cabane dans une chambre d’enfant. Qu’est-ce qui, du petit garçon qui retranscrivait les chansons entendues à la radio au cofondateur de Ledge Music, t’a poussé à faire de la musique une matière capable de raconter des histoires à l’image ?

Polérik Rouvière : Quand j’étais petit, je me disais que, si je devais déclarer mon amour à une fille, ce serait beaucoup plus simple s’il y avait de la musique diffusée dans la cour de récréation ! Pour moi, la musique a toujours accompagné des histoires : les miennes, celles des autres, mais aussi celles des livres que je lisais. Cette association entre musique et récit était déjà là. J’avais déjà cette intuition qu’une musique pouvait aider à exprimer ce que les mots ne suffisaient pas à dire, ou donner une autre intensité à un moment. Composer pour l’image prolonge assez naturellement cette envie de raconter.

Tu maîtrises aujourd’hui toute la chaîne de fabrication, de la composition au mixage en passant par la production et l’enregistrement. En quoi cette autonomie influence-t-elle ta manière de chercher une identité sonore pour un film ?

Polérik Rouvière : Maîtriser les différentes étapes de fabrication me donne une grande liberté. Je peux explorer une idée et aller au bout sans être immédiatement freiné par des contraintes techniques ou financières. Mon imagination devient alors ma principale limite. Cette autonomie me pousse à me renouveler et à chercher jusqu’où je peux aller. Cela permet aussi de penser l’écriture et le son ensemble : une idée peut évoluer au moment où l’on choisit un timbre, où l’on enregistre, où l’on travaille sa place dans le mixage. Toutes ces étapes participent à l’identité de la musique.

« Mon imagination devient alors ma principale limite. »

Entre tes projets personnels sous le nom d’Ulrich Forman et tes bandes originales, tu développes deux écritures qui peuvent sembler très différentes. Comment définis-tu la frontière entre le musicien qui livre quelque chose de très personnel et le compositeur au service d’un récit visuel ?

Polérik Rouvière : Pour moi, Ulrich Forman relève davantage de la confidence que de la déclaration. C’est une écriture intime. Lorsque je compose pour l’image, je mets cette même sensibilité au service d’une histoire qui n’est pas la mienne. La différence se situe là : dans ce que je raconte et dans la place que j’occupe dans le récit. Il y a toujours quelque chose de personnel dans une bande originale, puisque j’y apporte mon regard et ma sensibilité. Mais le film me demande de les orienter vers ses personnages, son univers, sa façon de raconter.

Quand Thomas Vincent te confie Masterplan – un film de casse international avec Stanley Tucci, Simona Tabasco et Victor Belmondo -, qu’est-ce qui t’attire immédiatement : l’histoire du braquage ou cette dimension familiale inattendue qui se révèle derrière le casse ?

Polérik Rouvière : J’y ai surtout vu, immédiatement, un formidable terrain de jeu musical : la possibilité de réunir mon goût pour la production pop et mon envie d’une écriture orchestrale un peu épique. C’est cette rencontre entre une énergie ludique et une dimension orchestrale qui m’a attiré. J’aime pouvoir faire cohabiter ces approches, passer du plaisir immédiat d’un son ou d’un rythme à quelque chose de plus ample. Masterplan offrait cette possibilité de les faire dialoguer dans un même récit.

Le film repose sur un trio singulier : un père cambrioleur, une fille experte en cybercriminalité et un fils spécialiste des explosifs qui découvrent qu’ils sont de la même famille. Comment la musique traduit-elle cette dynamique à la fois tendue, technique et intime ?

Polérik Rouvière : La partition se construit au même rythme que cette famille. Elle part du doute, accompagne la confiance qui s’installe progressivement, puis l’union des personnages pendant le braquage. À mesure que leurs liens se renforcent, la musique se déploie et s’enrichit elle aussi. Ce qui m’intéressait, c’était d’accompagner cette progression : la musique suit autant leur manière d’être ensemble que les événements qu’ils traversent. L’action et la relation familiale avancent ainsi dans un même mouvement.

« C’est un passage de témoin constant entre leur jeu et la partition. »

Entre la France, l’Italie, le Louvre et la haute technologie, le film brasse des univers très différents. Quels sons, textures ou instruments ont constitué ta palette pour faire dialoguer le spectaculaire et l’organique ?

Polérik Rouvière : Pour chaque bande originale, j’essaie de trouver un instrument ou une sonorité qui en sera la colonne vertébrale, quel que soit le style musical. Juste avant de commencer Masterplan, j’avais fait l’acquisition d’une vieille basse des années 1960. Elle est devenue ce point d’ancrage, même si sa présence n’est pas forcément évidente pour tout le monde à la première écoute. Ce type de point de départ m’aide à trouver une couleur propre au film. Une identité sonore ne tient pas nécessairement à un élément que l’on remarque immédiatement : elle peut aussi se construire autour d’une présence plus discrète.

Un film de braquage exige une précision presque chirurgicale dans le rythme, entre l’attente silencieuse et l’action. Dans tes anciennes interviews, tu expliquais redouter que la musique « mange » l’image. Sur Masterplan, comment as-tu dosé la tension, et à quel moment choisis-tu au contraire de laisser parler le silence ?

Polérik Rouvière : Sur Masterplan, l’équilibre se joue surtout entre des thèmes très affirmés et des underscores plus discrets. Il s’agit de laisser aux comédiens la place de porter l’émotion, puis de permettre à la musique de prendre le relais. C’est un passage de témoin constant entre leur jeu et la partition. La question est donc aussi celle de la place que prend la musique à chaque instant. Elle peut être très présente, puis se retirer dans l’accompagnement, sans perdre le fil de ce que raconte la scène.

Tu as notamment composé pour Visitors et McWalter aux côtés de Simon Astier. En quoi travailler avec des auteurs issus de la comédie ou de l’imaginaire pop modifie-t-il ta manière d’aborder une partition ?

Polérik Rouvière : Travailler sur une comédie ne change pas fondamentalement mon approche. Pour moi, la musique n’a pas à chercher à être drôle : c’est le décalage avec la situation qui crée l’humour. En restant au premier degré, elle peut justement renforcer la dimension comique de la scène.

Plus largement, je crois que ma singularité tient à la diversité des projets et des styles dans lesquels je m’investis. Chez des artistes comme Ennio Morricone, Damon Albarn, Beck ou Jon Batiste, ce qui me plaît, c’est cette liberté de circuler entre les styles. J’aime moi aussi puiser dans la pop, le rock, la soul… Ce mélange des influences nourrit mon écriture pour l’image.

« Quand la discussion reste tournée vers le film et ce qu’il doit faire ressentir, on peut avancer ensemble. »

Tu as souvent expliqué que composer pour l’image était aussi un art de la négociation douce : proposer sa sensibilité sans jamais passer en force. Comment cette discussion s’est-elle construite avec Thomas Vincent par rapport à tes précédentes expériences ?

Polérik Rouvière : Les échanges avec Thomas Vincent ont été très bienveillants, malgré la pression que peut représenter un film international porté par un tel casting (Stanley Tucci, Simona Tabasco et Victor Belmondo). Nous avons réussi à préserver un espace de dialogue centré sur la création, où les questions artistiques gardaient toute leur place face aux enjeux commerciaux. C’est ce que je retiens de cette collaboration. Cette qualité d’échange est importante pour pouvoir proposer, écouter et ajuster. Quand la discussion reste tournée vers le film et ce qu’il doit faire ressentir, on peut avancer ensemble, même dans un contexte où les attentes sont fortes.

Avec ‘Masterplan’, des projets internationaux à venir et cette reconnaissance autour de ‘McWalter’, as-tu le sentiment d’entrer dans une nouvelle étape de ton parcours, ou est-ce simplement la continuité naturelle de ce que tu construis depuis plus de vingt ans ?

Polérik Rouvière : Les deux, je crois. Je travaille actuellement sur des films à dimension internationale, mais cela ne m’éloigne pas des productions françaises. Je compose notamment la bande originale du prochain film de Simon Astier, B.A.D.G.E, avec Marina Foïs et Alison Wheeler au casting. C’est à la fois une ouverture vers de nouveaux projets et la continuité des collaborations que je construis. Je trouve intéressant de pouvoir poursuivre ces deux mouvements en parallèle : découvrir d’autres univers et approfondir des relations de travail déjà engagées. La diversité des projets me permet aussi de continuer à me renouveler.

Nous arrivons au terme de cet échange. Merci encore, Polérik, d’avoir accepté de revenir avec nous sur l’aventure Masterplan, mais aussi sur ton parcours et ta vision de la musique à l’image.

Polérik Rouvière : Merci beaucoup à vous. C’est précieux que des médias prennent le temps de mettre en lumière la musique à l’image et le travail des compositeurs. C’est l’occasion de parler de choix que le spectateur ressent parfois sans forcément les identifier, et de la façon dont ils participent au récit.

Interview et propos recueillis par Thomas O. pour Eklecty-City.fr, qui remercie Polérik Rouvière s’être prêté au jeu d’une interview.

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Thomas
Thomas
Rédacteur en chef et chroniqueur anti-protocolaire. Enfant des années 80's / 90’s biberonné à la Pop Culture. Ancien administrateur et rédacteur des sites et forums francophones dédiés à l'univers de Metal Gear.

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