Fin de contrat entre Kojima et Sony pour Physint : l’indépendance du studio a causé la rupture, loin du clash de Konami en 2015.
Cette semaine, on a appris la fin du partenariat entre Kojima Productions et Sony PlayStation. Un partenariat qui durait depuis des années, et que certains comparent à la séparation entre Hideo Kojima et Konami en 2015. La comparaison mérite qu’on s’y arrête, parce que les deux situations n’ont pas grand-chose à voir.
Retour en 2015. À l’époque, la collaboration entre Kojima et Konami se termine mal, très mal, et de façon très médiatisée. Les tensions sont énormes pendant la dernière ligne droite du développement de Metal Gear Solid V: The Phantom Pain. Konami avait retiré le nom du créateur des jaquettes, fermé son studio, bloqué son accès aux locaux, annulé Silent Hills, puis poussé Hideo Kojima vers la sortie. C’est d’ailleurs suite à cette guerre ouverte que Kojima avait trouvé refuge chez PlayStation pour son projet Death Stranding.
La situation actuelle ne ressemble pas à ce schéma. Avec Sony, il n’y a pas de clash interne destructeur, pas de censure éditoriale, pas de mise au ban humiliante du créateur. La fin de cette entente est pragmatique, contractuelle et financière. Elle naît d’un désaccord sur l’indépendance du studio et sur les conditions d’exclusivité des créations. Rien à voir avec la violence psychologique et le règlement de comptes public qui avaient marqué le départ de Konami.
La perte du moteur Decima
Dans un article publié par Forbes, Paul Tassi indique qu’après ce divorce avec Sony, Kojima Productions pourrait – le conditionnel est important ici – aussi perdre l’accès au moteur Decima, qui appartient à Sony. Concrètement, le studio perdrait le moteur Decima en plus de la collaboration avec Columbia Pictures afin de rapprocher cinéma et jeu vidéo pour les besoins de Physint. L’équipe doit donc réorganiser tous ses partenariats techniques, en s’appuyant sur l’infrastructure mise à disposition par Microsoft et d’autres partenaires encore inconnus.
Les observations de l’analyste William R. Aguilar éclairent les désaccords économiques et stratégiques qui ont mené à l’arrêt de cette collaboration en juin. D’après son analyse, Sony a tenté plusieurs fois de racheter Kojima Productions. Hideo Kojima a refusé à chaque fois, car il tenait avant tout à préserver l’indépendance totale de son studio.
Devant ces refus répétés d’une acquisition complète, Sony a revu ses exigences financières et ses calculs de rentabilité.
Financer un jeu de cette envergure ne se justifiait plus, aux yeux de la direction, qu’à une condition : obtenir une exclusivité totale et définitive sur console PlayStation. L’objectif stratégique était que le titre apporte une valeur à long terme et de la puissance à l’écosystème matériel de la société, plutôt qu’un simple accord d’exclusivité temporaire qui profiterait ensuite à la concurrence.
Un investissement de cette taille ne valait plus la peine dès lors que le budget dépassait les prévisions, que le développement prenait du retard et que la création risquait de partir sur d’autres plateformes. C’est ce refus d’une exclusivité permanente qui aurait poussé la direction de PlayStation à couper les vivres, car l’analyse coût et risque était devenue trop défavorable, ce qui a entraîné le retrait du financement.
L’analyste ajoute qu’il n’y avait aucun intérêt stratégique pour PlayStation à conserver la licence PHYSINT sans son créateur. La valeur de la création tient entièrement à la présence, à la patte artistique et à la renommée mondiale d’Hideo Kojima, père spirituel du genre.
Si Sony voulait absolument proposer un nouveau jeu d’action, d’infiltration et d’espionnage sans lui, la société a déjà des pistes endormies dans son catalogue, comme des franchises oubliées à l’image de Syphon Filter. Elle pourrait aussi, en théorie, chercher à acquérir Konami pour récupérer Metal Gear Solid, Silent Hill et Castlevania.
Mais une résurrection de Syphon Filter ne pèserait rien face à l’attachement que les joueurs portent à Hideo Kojima. Sans son géniteur, posséder la licence PHYSINT ne servirait donc à rien à Sony. Faute d’accord sur ces conditions d’exclusivité non négociables, et face au blocage des négociations d’achat du studio, la collaboration s’est arrêtée en juin. Xbox a saisi l’occasion pour intégrer le jeu à sa propre stratégie, aux côtés d’OD, leur première exclusivité avec Kojima, et s’imposer comme le nouveau refuge du créateur japonais.





