Maoh Cosplay se confie dans cette interview sur ses doutes et ses victoires pour devenir une référence du cosplay français.
En 2016, Jeanne franchit les portes d’Anim’Est et reçoit un choc visuel car le cosplay fera désormais partie de sa vie. Dix ans plus tard, celle que l’on connaît sous le pseudonyme de Maoh Cosplay a transformé cette passion dévorante en un métier à part entière.
Installée dans le tiers-lieu créatif de Bliiida à Metz, elle représente aujourd’hui une personnalité forte du milieu dans le Nord-Est de la France. Entre la création de contenus, la confection de patrons, ses victoires comme la Poro Cosplay Cup en 2024 et son rôle de jury, Jeanne a appris à dompter ses doutes d’autodidacte pour s’imposer sur scène et dans les ateliers.
Dans cet échange exclusif, Maoh revient avec une sincérité totale sur l’évolution de son art ainsi que sur la réalité parfois difficile du statut de cosplayeuse professionnelle en 2026. Elle lève aussi le voile sur le défi le plus fou de sa carrière. Suivez le parcours d’une artiste qui n’a pas peur de faire des erreurs pour mieux progresser !
On remonte dix ans en arrière. Tu découvres Anim’Est en 2016 et c’est le déclic. Avec le recul de 2026, quel regard portes-tu sur tes débuts et sur le premier costume qui a tout lancé ?
Maoh : Forcément, c’est le début de tout : ma première vision du cosplay, mes premiers tests de craft et couture, première convention… Un monde complet s’ouvre à moi.
Quand je regarde 10 ans en arrière, je suis tellement contente d’avoir suivi mes deux amies Nolwenn et Marilou dans cette convention.
Tu as appris en autodidacte. À cette époque, quels ont été tes plus grands défis techniques pour fabriquer tes premiers costumes sans les ressources actuelles ?
Maoh : Les difficultés que j’ai rencontrées à l’époque sont surtout des questions d’échec. Contrairement à aujourd’hui, je n’acceptais pas de faire des erreurs. Maintenant j’ai bien compris que ce n’est qu’en faisant des erreurs qu’on avance et qu’on apprend. Et c’était malheureusement quelque chose que je ne comprenais pas à l’époque et qui me créait bon nombre de frustrations.
Deuxième difficulté : je n’osais pas demander de l’aide. Je pensais que ça m’enlevait du mérite. Aujourd’hui je demande toute l’aide que je peux obtenir, c’est grâce aux autres que je m’améliore !
Parlons de ton environnement de travail à Bliiida (Metz). En quoi résider dans ce tiers-lieu influence-t-il ta manière de produire et ton accès à des technologies comme la découpe laser ou l’impression 3D ?
Maoh : Alors pour moi, la chose la plus importante à Bliiida c’est bien les personnes qui y résident et y travaillent. J’ai énormément appris grâce à eux, que ce soit en termes d’entreprise, de techniques, de matériaux… Bien sûr, l’accès aux machines et les formations proposées me font gagner en propreté, en légitimité et en temps aussi.
Je suis nettement plus efficace depuis que je suis installée là-bas !
Ta boutique propose des patrons et des tutoriels. Qu’est-ce qui t’a donné l’envie de passer du côté de la transmission ? Est-ce devenu pour toi une part essentielle de ton modèle économique pro ?
Maoh : Je suis devenue cosplayeuse pro il y a maintenant 2 ans. J’étais en plein Master Arts à Metz, mais sans savoir ce que je voulais faire de ma vie. La seule passion qui était restée constante, c’était le cosplay. En voyant mes idoles dans ce milieu en vivre pleinement, je me suis dit ‘pourquoi pas moi ?’
J’ai ouvert mon entreprise, tout en continuant ce que je faisais déjà : des vidéos !
Je faisais déjà des tutoriels depuis longtemps, alors créer des patrons et des tutoriels écrits, ce n’était que la continuité de ce que je faisais déjà.
Ton parcours t’a aussi amenée à voyager. Quelles sont les rencontres ou les conventions (en France ou ailleurs) qui t’ont le plus marquée par leur vision différente de cet univers ?
Maoh : Mes rencontres les plus marquantes se sont faites lors de la finale de la Coupe de France de Cosplay à Tours en 2024. J’y ai rencontré des personnes incroyablement passionnées, mais surtout, j’ai redécouvert le monde du cosplay. Ce n’était pas juste un hobby. Entre le staff totalement dévoué pour cet évènement, et les participants, c’est une partie du cosplay que je n’avais jamais vue.
Tu as remporté plusieurs prix « prestation ». Au-delà de la qualité du costume, qu’est-ce que la scène représente pour toi ? Comment gères-tu la transition entre l’ombre de l’atelier et la lumière des projecteurs ?
Maoh : La scène permet de donner vie à ton costume. C’est là que tu peux rendre un morceau de mousse vivant. Ce n’est plus ‘juste’ une armure. C’est à ce moment précis que je deviens le personnage que j’incarne. De plus, ce costume et cette scène me donnent le courage de prendre la personnalité de quelqu’un que je ne suis pas. Je suis quelqu’un de nature très très anxieuse, je serai toujours en stress intense avant de monter sur scène. Mais une fois un pied posé sur le plancher, tout le stress s’évapore.
En 2024, tu remportes la Poro Cosplay Cup organisée par les ambassadeurs de Riot Games. Qu’est-ce que cette victoire a changé pour toi, tant sur le plan personnel que dans la reconnaissance de ton travail par les éditeurs ?
Maoh : C’était tout d’abord un défi de temps. Nous avions environ 6 mois pour la conception de nos costumes. J’ai commencé le mien avec du retard car j’ai changé de projet en cours de route. Je me suis forcée à coudre, même si je déteste ça. J’ai même cassé mon costume lors du shooting photo des photos à envoyer. On a pris les photos sous la pluie (Le personnage ayant pour skin ‘berger de la pluie’) nous devions le faire sous cette météo. Mais mon costume étant sous-couché avec un produit à base d’eau, le sac et les bottes ont malheureusement succombés au temps. Mais ça en valait totalement la peine, donc aucun regret.
Et évidemment, la plus grosse récompense a été de voir une de ces photos exposées sur le stand de Riot Games à la Paris Games Week 2024.
Dans ton vlog d’août 2025 sur la Coupe de France de Cosplay, on te voit en tant que ‘Helper’ pour le jury. Qu’apprend-on sur les exigences d’une telle compétition quand on est du côté de l’organisation plutôt que sur scène ?
Maoh : Quand tu deviens staff d’un concours, c’est là que tu te rends compte de sa qualité.
Je fais partie de l’association Cosplayers de France depuis 3 ans, donc ça fait un moment que je suis en backstage de concours. Avant de les rejoindre, je ne savais pas tout le travail qu’il fallait faire en amont. Entre les inscriptions à poster en ligne, gérer les validations des participants, gérer le stand de l’asso sur place, et le jour-J, gérer les prejudgings, les accessoires des participants à monter sur scène, trouver des sponsors… Bref la liste est encore très longue pour des petits concours régionaux.
Pour la Coupe de France de Cosplay, je n’ai été que le helper de Cosmesven, en tant que participante et jury. J’ai pu un peu aider le staff, mais en surface. Mais juste en voyant tous les bénévoles courir partout, être extrêmement concentrés et fatigués, c’est là que tu vois que c’est un taff monumental. C’est grâce à eux qu’on peut assister à un concours aussi prestigieux.
Tu as plusieurs casquettes : participante, jury, staff. Ces différents rôles ont-ils modifié ton exigence envers tes propres créations ? Est-on plus dure avec soi-même quand on a l’habitude de juger les autres ?
Maoh : Après avoir pu juger des concours plusieurs fois, et toujours accompagnées d’incroyables autres jurys, je ne fais plus mes costumes de la même manière. Je fais beaucoup plus attention aux détails, à soigner des endroits que je négligeais avant, comme l’intérieur d’une armure, ou d’une robe. Tu sais exactement sur quoi tu dois te concentrer une fois que tu as eu en tête les critères de notation. Donc oui, je dirai que je suis plus dure avec moi-même, mais cela permet de m’améliorer petit à petit.
Être « Cosplayeuse Professionnelle » en 2026, ça ressemble à quoi ? Comment parviens-tu à équilibrer tes commandes, tes partenariats avec des marques et tes propres envies créatives ?
Maoh : Être cosplayeuse professionnelle dans mon cas, c’est porter plusieurs casquettes. Je suis créatrice de contenu sur les réseaux sociaux, mais je crée aussi des patrons, des petits objets à vendre lors de salons, je peux également juger des concours, être invitée en convention, tenir des conférences ou des ateliers… C’est un métier assez fourni.
Malheureusement, ce n’est pas encore bien reconnu, et avec les plateformes de fast fashion qui nous concurrencent ou les salons qui ne voient pas le cosplay comme un métier, il est très difficile de vivre de tout ça.
C’est assez difficile de caser toutes ces activités dans mon emploi du temps, étant une personne très désordonnée, donc je fais un peu au feeling, au jour le jour.
Côté pop culture, quels sont les univers qui t’inspirent le plus actuellement ? Y a-t-il une œuvre sortie récemment qui t’a donné une envie immédiate de création ?
Maoh : J’ai toujours été fan des jeux Riot Games, mais en ce moment je rejoue beaucoup à Valorant. Évidemment je suis en train de retaper un vieux costume de Jett ! Mais les jeux-vidéos en général ont toujours été ma source principale d’inspiration de costumes.
Quel regard portes-tu sur l’évolution de la communauté cosplay française ? Après dix ans de parcours, trouves-tu que le milieu a gagné en entraide ou que la course à la perfection technique est devenue intimidante ?
Maoh : Pour moi, le milieu est grossièrement le même qu’avant en terme d’entraide. Évidemment, l’explosion des réseaux sociaux a un rôle majeur dans le développement du cosplay et sa démocratisation. On a maintenant accès à des millions de tutoriels gratuitement !
Pour conclure, quels sont tes projets pour la suite de l’année 2026 ? Un nouveau costume « défi » ou un développement pour ta boutique dont tu pourrais nous parler ?
Maoh : Je suis en train de travailler sur le projet le plus ambitieux que j’ai fait jusqu’à maintenant. Je prépare un costume qui me sort complètement de ma zone de confort. Que des matériaux nouveaux que je ne maîtrise pas, mais je ne serai pas seule dans cette aventure, alors j’ai hâte de le voir se concrétiser !
Retrouvez Maoh Cosplay sur son site officiel, Instagram, Tik-Tok, Facebook.
Propos recueillis par Thomas O. pour Eklecty-City.fr, qui remercie Jeanne / Maoh Cosplay de s’être prêtée au jeu d’une interview. Crédits photo Damien Pierron.





