Découvrez les secrets du script original de Highlander. Connor MacLeod possédait trente-sept enfants et un destin bien sombre.
L’esthétique flamboyante de Russell Mulcahy et les accords de Queen ont gravé Highlander dans l’imaginaire collectif comme une épopée romantique. Pourtant, derrière les éclairs et l’héroïsme, se cache une genèse bien plus tourmentée.
Le scénario initial de Gregory Widen, rédigé sous le titre Shadow Clan alors qu’il était encore étudiant à l’UCLA, présente une vision beaucoup plus sombre que la version cinématographique de 1986. Dans ce manuscrit original, Connor MacLeod naît en 1408 au sein des Highlands. Sa résurrection après une blessure fatale provoque une rupture immédiate avec son entourage. Contrairement au long-métrage définitif où son clan l’expulse violemment, Connor prend ici la décision de s’exiler de lui-même. Il perçoit avec effroi le changement de comportement de ses proches, qui le considèrent désormais comme une créature démoniaque.
Widen imaginait un personnage principal profondément marqué par les siècles de violence. Le futur Highlander adopte d’ailleurs l’identité de Richard Taupin et manie une épée large conçue sur mesure. Cette version rejette le romantisme lié au personnage de Heather, car celle-ci n’apparaît pas dans le texte original. Le guerrier aime une jeune femme nommée Mara, mais cette dernière repousse Connor avec horreur dès qu’elle découvre sa nature éternelle.
Une descendance nombreuse
L’un des changements les plus radicaux par rapport à la mythologie connue concerne la fertilité des immortels. Le premier jet de Widen autorisait ces guerriers à engendrer des enfants. Connor totalise ainsi trente-sept descendants à travers l’histoire. Cette capacité transforme la perception de sa vie éternelle en un fardeau psychologique accablant.
Une séquence poignante décrivait initialement Connor assistant aux funérailles de l’un de ses propres fils. Le héros conservait son apparence de jeune homme face à sa femme âgée de 70 ans et ses deux autres fils quinquagénaires. Ce choix narratif renforçait l’aspect tragique de sa condition, montrant l’impossibilité de vieillir aux côtés de sa progéniture. Finalement, les réécritures ultérieures de Peter Bellwood et Larry Ferguson ont supprimé cette descendance pour instaurer la stérilité des immortels.
Des mentors et des adversaires sans artifices
Le personnage de Ramírez subit lui aussi des modifications importantes durant le développement. À l’origine, le mentor ne possédait aucune origine égyptienne ancienne. Widen le décrivait comme un Espagnol né en l’an 1100. Bien que sa relation avec Connor repose sur une amitié solide, son enseignement se concentrait sur des techniques de combat brutales plutôt que sur une philosophie mystique.
Par ailleurs, l’antagoniste principal, le Kurgan, portait initialement le nom de « Chevalier ». Sous le pseudonyme de Carl William Smith, ce tueur n’affichait pas l’esthétique punk de Clancy Brown. L’auteur envisageait un assassin froid, méthodique et extrêmement discret. Ce personnage souffrait intérieurement de la perte de ses attaches passées. Sa seule motivation consistait à terminer ce duel séculaire pour justifier son existence solitaire.
L’absence du Quickening
La mythologie des duels ne comportait aucun élément fantastique spectaculaire dans le script de l’UCLA. Le concept de « Quickening » n’existait pas encore. Lorsqu’un immortel en décapitait un autre, aucune explosion de lumière ne se produisait. Le vainqueur ne recevait aucun transfert de puissance ou de connaissances. Connor ressentait simplement une douleur physique intense lors de la mort de son adversaire.
De plus, le concept du « Prix » restait totalement absent de cette version. La victoire finale n’apportait aucune récompense, ni la mortalité, ni la capacité de lire les pensées des hommes. La fin du manuscrit original laissait d’ailleurs entendre que la lutte ne s’arrêtait jamais. Connor percevait la présence d’un nouvel immortel immédiatement après avoir vaincu le Chevalier, suggérant un cycle de violence sans issue.
Un casting radicalement différent
Le visage de la franchise aurait pu appartenir à une autre icône du cinéma d’action. La production attribue d’abord le rôle de Connor MacLeod à Kurt Russell. Cependant, l’acteur quitte le projet suite aux demandes insistantes de sa compagne Goldie Hawn. Le studio sollicite ensuite de nombreux noms prestigieux comme Mel Gibson, Michael Douglas ou Kevin Costner avant de choisir Christopher Lambert.
Pour le rôle de l’antagoniste, Arnold Schwarzenegger reçoit une proposition pour incarner le Kurgan. L’acteur décline toutefois l’invitation car il juge ce guerrier trop proche de ses performances dans Conan le Barbare et Terminator. Ce refus mène la production vers d’autres pistes comme Rutger Hauer ou Nick Nolte, avant que Clancy Brown n’obtienne finalement le rôle. Scott Glenn et Roy Scheider figuraient également parmi les premiers choix lorsque le personnage ne s’appelait encore que « Le Chevalier » dans les versions préparatoires.
La distribution des rôles féminins connaît une instabilité similaire durant la phase de pré-production. Catherine Mary Stewart décroche initialement le personnage de Brenda Wyatt. Elle évince alors des candidates sérieuses comme Demi Moore, Linda Hamilton ou Sigourney Weaver. Pourtant, Stewart abandonne la production peu avant le tournage, ce qui permet à Roxanne Hart de reprendre le flambeau. Ces changements de dernière minute modifient la dynamique du duo principal, puisque Christopher Lambert doit s’adapter à une nouvelle partenaire alors qu’il apprend encore la langue anglaise.
Enfin, le choix du mentor espagnol nécessite une stature internationale capable de rassurer les investisseurs. Les producteurs envisagent de grands noms du cinéma britannique et international. Peter O’Toole, Michael Caine et Gene Hackman reçoivent des marques d’intérêt sérieuses pour incarner Ramírez. Le choix final se porte sur Sean Connery, dont la présence apporte une crédibilité immédiate au film malgré un budget qui reste serré pour une telle ambition visuelle. L’acteur écossais accepte de jouer un Espagnol aux origines égyptiennes, ajoutant une couche d’exotisme supplémentaire à un scénario qui, à l’origine, préférait une approche historique plus terre-à-terre.
Ce basculement vers le fantastique pur a permis de transformer un thriller froid en un mythe universel dont le cri de ralliement résonne encore quarante ans plus tard au cœur de la pop culture.







