Saviez-vous que Le film La Rage au ventre devait initialement être la suite métaphorique de 8 Mile avec Eminem ?
Sorti en salles en 2015, le drame sportif La Rage au Ventre (Southpaw) a marqué les esprits grâce à la transformation physique intense de Jake Gyllenhaal et à la réalisation d’Antoine Fuqua. Pourtant, ce film de boxe n’a failli pas voir le jour sous cette forme. À l’origine, le long-métrage a été imaginé et écrit par Kurt Sutter comme une suite métaphorique directe de 8 Mile, le film biographique culte porté par Eminem en 2002.
Un scénario façonné sur mesure pour le rappeur
Dès décembre 2010, les studios DreamWorks acquièrent le scénario de Kurt Sutter avec l’intention évidente de confier le rôle principal à Marshall Mathers, alias Eminem. Le scénariste, producteur des séries The Shield et Sons of Anarchy, a conçu l’intégralité de son texte en s’inspirant directement de la vie privée et des épreuves personnelles du musicien.
En 2010, Kurt Sutter expliquait ainsi sa démarche à Deadline : « J’ai eu des rendez-vous avec l’équipe de Marshall au cours des sept dernières années, en cherchant quelque chose à faire ensemble. Je sais qu’il est très sélectif et ne se disperse pas. Mais il a tant partagé de son combat personnel avec cet album brut, très honnête, qui me touche à bien des niveaux. Il s’intéresse beaucoup au genre du film de boxe, et cela semblait une métaphore appropriée, parce que sa propre vie a été une bagarre. »
L’auteur ajoutait : « D’une certaine manière, ce film est la continuation de l’histoire de 8 Mile, mais plutôt qu’une biographie au sens littéral, nous narrons de façon métaphorique le second chapitre de sa vie. Il jouera un champion du monde qui tombe vraiment très bas, et doit se battre pour retrouver sa vie, pour sa fillette. Au cœur du film, on trouve une nouvelle narration des luttes qu’il a menées ces cinq dernières années, usant de l’analogie du boxeur. »
Le titre original du film, Southpaw (qui signifie « gaucher » en anglais), constituait également un clin d’œil direct au rappeur. Kurt Sutter précisait à ce sujet : « Cela me plaît que le titre se réfère au fait que Marshall est gaucher, ce qui dans le milieu de la boxe revient à être blanc dans le milieu du hip hop ; dangereux, mal-aimé et absolument pas orthodoxe. La route est bien plus ardue pour une fausse patte que pour un boxeur droitier. »
Du côté de la production, les producteurs Alan et Peter Riche apportaient un éclairage légèrement différent sur la genèse de l’implication d’Eminem, souhaitant transposer la relation père-fils du film classique The Champ en une dynamique père-fille, tout en capitalisant sur le lien fort unissant l’artiste à sa propre progéniture.
Le désistement d’Eminem et l’arrivée de Jake Gyllenhaal
Malgré l’enthousiasme initial et l’implication des équipes, le parcours de production s’avère mouvementé. En août 2011, DreamWorks abandonne le film, qui trouve un nouveau preneur auprès de Metro-Goldwyn-Mayer.
Bien que passionné par le scénario, Eminem prend finalement la décision de quitter le navire en décembre 2012. Le rappeur préfère se consacrer pleinement à sa carrière musicale, déclarant qu’il se considère avant tout comme « un musicien d’abord et un acteur ensuite ».
Le film prend alors une autre direction en novembre 2013 lorsque The Weinstein Company reprend la distribution et qu’Antoine Fuqua signe pour la réalisation. C’est finalement Jake Gyllenhaal qui endosse le costume de Billy Hope après une préparation physique drastique de cinq mois, consistant en un entraînement quotidien de plus de deux heures et l’ajout de sept kilos de muscles.
Même si le rôle a changé d’interprète, Eminem est resté impliqué de loin en tant que producteur exécutif de la bande originale et a par la suite salué la prestation de son remplaçant, affirmant lors d’une entrevue avec Zane Lowe : « Jake a tout défoncé ». Une belle façon de boucler la boucle pour ce film qui, sous une autre configuration, aurait écrit un nouveau chapitre cinématographique de la vie du rappeur de Detroit.





