Alors que DC Comics a conquis l’univers télévisuel depuis belle lurette – disons depuis Loïs et Clark, que Marvel cartonne grâce à Netflix et aux Defenders – ont attend Iron Fist avec fébrilité, c’est au tour de la Fox de s’accaparer le petit écran en transposant sa franchise X-Men.

C’est donc sur la chaîne câblée FX que débarque Legion. Le show s’appuie sur David Haller, plus connu par les fans du comics comme étant le fils de Charles-Xavier. Extrêmement nébuleuse, ce sera la seule information à peu près tangible que l’on pourra relier à l’univers super-héroïque. En effet, la série fait tout pour s’en distinguer.

Réalisé par Noah Hawley lui-même – le créateur de la série Fargo, Legion offre une approche assez inédite. Fort de son personnage principal torturé – et campé par un Dan Stevens bien éloigné de son rôle dans Downton Abbey, Legion s’impose comme une plongée surréaliste dans la psyché de son héros.

Interné dans un centre psychiatrique David est soigné pour schizophrénie chronique. Hors la vérité, c’est que David possède de puissants pouvoirs télékinétiques dont il n’a pas conscience. Prenant ces derniers pour des hallucinations matérialisant des crises de violence, il consent à se soigner par tous les moyens. Son destin bascule lorsqu’il rencontre Syd, une autre patiente internée avec lui.

La grande force de ce pilote est d’embrasser totalement le point de vue de David. Sa réalité devient la notre et le show nous fait douter de ce qui se passe à l’écran. Tout comme lui, perdu et hébété, nous remettons constamment en cause la véracité et l’exactitude des péripéties qui se déroulent sous nos yeux.

Pour parvenir à cela, Noah Hawley use de tout les ressors possible. Jeux de couleurs, de cadrage et de montage. Même le format de l’image est mit à contribution pour illustrer les multiples timeline usitées par le script. Consciencieusement, Noah Hawley tisse son atmosphère si particulière – entre Lynch et Kubrick – et hisse instantanément son pilote parmi les plus créatifs et les mieux réalisés depuis longtemps. D’une longueur d’1h07, ce dernier ose tout et tente des séquences hors des sentiers battus. La scène de danse sur « Pauvre Lola » de Gainsbourg est absolument jouissive. La direction artistique est léchée, les lumières sont magnifiques… En de nombreux points nous sommes face à une véritable exception en termes d’adaptation de comics. Bien loin d’être une simple série DE super-héros, Legion est avant tout un thriller psychologique AVEC des super-héros.

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A l’instar de Jessica Jones ou Luke Cage, tout est fait pour que le public réfractaire au genre puisse y accéder. Pas de costume, pas de références constante aux films. Si, à vrai dire, il n’y avait pas le nom de « David Haller » rien ne laisserait deviner que la récit puisse être rattachée à l’univers X-Men. Au contraire, Legion s’en affranchit, ré-invente le genre et apporte sa propre touche. Plutôt que de montrer des affrontements entre surhumains, c’est la recherche de la vérité qui sera au cœur de l’intrigue. Vérité sur la nature de David et vérité sur la réalité des situations vécues. C’est là tout l’intérêt d’une série qui a pour but d’embrouiller son spectateur afin de le rendre aussi schyzo et perturbé que son héros.

Dans le rôle principal, Dan Stevens est impeccable. Faisant preuve d’une interprétation parfois bluffante on s’accroche et on se laisse porter par sa compagnie. Pas en reste, le casting féminin est délicieux : Rachel Keller – déjà aperçu dans Fargo, est touchante dans le rôle de Syd, l’élément déclencheur ; Aubrey PlazaLife After Beth, Park and Recreations, Scott Pilgrim, elle, apporte son humour et son coté loufoque rajoutant une fois de plus une touche de décalage à la série.

Particulièrement prometteur ce pilote de Legion est une réussite là ou personne ne l’attendait. Malin, généreux et singulier… la Fox a manifestement trouvé le bon filon pour faire perdurer le genre aussi longtemps que possible. A l’heure ou les adaptation de comics se font de façon de plus en plus automatisées, Legion transcende son matériel originel. Noah Hawley en tire quelque chose d’atypique mais (peut-être) paradoxalement plus à même de viser un public plus large. Espérons donc qu’au cours de ses huit épisodes, Legion continue sur sa bonne lancée et parvienne à s’imposer comme un véritable exercice de style au milieu de standards malheureusement trop formatés.

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