Le biopic à la française n’a jamais été une mince affaire. Rares sont ceux qui auront su transcender la figure qu’il sont censés mettre en avant pour en tirer la substantifique moelle nécessaire à l’élaboration d’une œuvre singulière. On peut citer le Van Gogh de Pialat, Le Coco et Stravinsky de Kounen, le Cloclo de Siri ou encore le Gainsbourg de Joann Sfar.

Malheureusement, le film de Jérôme Salle – si plein de bonnes intentions soit-il – ne rentrera pas dans ce moule là. Ce dernier jonglera – un peu péniblement il est vrai – entre la volonté de rendre un hommage sincère à la figure de Jacques-Yves Cousteau et celle de faire de cette Odyssée une véritable fable écologique.

De là viendra l’exacte réussite du film. Moins biopic qu’œuvre pamphlétaire, L’Odyssée est avant tout l’histoire d’un éveil. Une ode à la découverte des fonds marins et une initiation à l’écologie. Le prisme de Jacques-Yves Cousteau – appelons-le JYC – sert d’ancre et de point d’attache sensoriel pour le spectateur. Ce dernier sera guidé petit à petit par Philippe, le fils cadet de la maison Cousteau, qui s’imposera comme le véritable élément moteur de l’intrigue. C’est ainsi qu’il guidera son père – le spectateur, donc – vers l’idéal écologique qui était le sien à la fin de sa vie. D’un JYC ambitieux, rayonnant et bravache en début de métrage, le personnage sera beaucoup plus en demi-teinte par la suite. Prenant conscience des erreurs qu’il a pu commettre, ce dernier tentera de réparer ses torts et de transmettre son savoir aux générations futures.

L’âme du film était là. Parfaitement esquissé et suffisamment subtile pour que le parallèle fonctionne à plein régime. Dommage du coup que Jérôme Salle tente désespérément de courir deux lièvres à la fois. D’un coté, raconter cette fable utopiste au sein de laquelle chacun prendra conscience de sa nature et de son rôle. De l’autre celui – beaucoup plus pragmatique – de dresser le portrait d’un homme à qui l’évidence du devoir d’hommage est indéniable. C’est dans ces deux volontés que le film s’entrechoque et perd de son efficacité. Les méandres de JYC nuisent à l’intensité sa quête. Ses défauts deviennent des accalmies. Nécessaires parfois au récit – ses arrangements pour profiter de fuel en quantité illimité – mais souvent évoquées puis laissées à l’abandon sans que cela n’ait une quelconque incidence – ses coucheries avec d’autres femmes.

Si l’on se doute que Jérôme Salle avait les meilleurs intentions du monde, c’est dans ce souci d’exactitude et cette volonté d’exhaustivité que le film se noie dans un académisme peu inspiré et complaisant. Pourtant dans le rôle de JYC, Lambert Wilson en impose comme jamais. La connexion entre l’acteur et son personnage est on ne peut plus tangible. Sans doute aurait-il fallu faire un choix : s’intéresser à l’homme ou à l’œuvre ? À la portée du travail accompli ou au devoir de mémoire compilatoire ? En essayant de conjuguer les deux, Jérôme Salle finit par perdre sur les deux tableaux. Dans son rôle de trait d’union, Pierre Niney se démène et fait ce qu’il peut pour raccrocher les wagons de ces deux univers. Finalement le véritable héros du film ce sera lui. Lui, Philippe Cousteau qui verra le regard qu’il pose sur son paternel changer drastiquement. D’abord émerveillé et adorateur comme l’enfant qu’il était, avant de percevoir les défauts et les brèches qu’il se fera un devoir de recoller. Enfin, ce sera Philippe, l’ange salvateur, qui guidera JYC vers le grand but de sa vie : celui d’ouvrir le monde à une nouvelle façon d’appréhender les choses.

Joliment emballée, cette Odyssée aura donc le mérite de remettre au goûts du jour l’un des sujets phares de notre société d’aujourd’hui. On le sait mais Jérôme SalleLargo Winch, Zulu – sait tenir une caméra et n’a pas son pareil pour rapporter des images exotiques. Avec un grand souci d’exactitude : la reconstitution des aventures de la Calypso est une réussite visuelle. Que ce soient les décors, les accessoires ou les costumes, tout transpire le vrai et un respect authentique. Les prises de vues sous-marines assureront, quant à elles, le quota dépaysement. Mention spéciale aux séquences tournées en Antarctique qui achèveront de donner un goût de fabuleux à ce voyage.

Moins réussi sur le fond que sur la forme, L’Odyssée est quand bien même une œuvre intéressante témoignant d’un profonde admiration pour le personnage qu’elle dépeint. Dommage que cette adoration rende le film trop timoré dans certains de ses aspects. Malgré tout, l’aventure se suit sans déplaisir et ravira sans nulle doute les passionnés de grands espaces et/ou de fonds marins.

Dois-je l’intégrer à ma vidéothèque ?

LOdyssée-Edition-Collector

Wild Side est un éditeur remarquablement généreux quant à la qualité de ses éditions. Celle de L’Odyssée ne déroge pas à la règle et se révèle admirablement complète.

Vous trouverez en supplément un making-of du film d’une durée de 45 minutes, ainsi qu’une featurette de 4 minutes sur les effets spéciaux numériques utilisés.

Mais c’est surtout « Chroniques australes », un carnet de tournage d’une heure provenant des archives personnelles de Lambert Wilson – présent uniquement dans l’édition spéciale Fnac – qui vaudra son pesant d’or. Très impliqué dans l’aventure, l’acteur narrera la vie sur le tournage, ses doutes et ressentis sur sa façon d’appréhender le rôle ainsi que les difficultés d’obtenir certains plans logistiquement compliqués. Tout cela avec une franchise, une pudeur et une honnêteté terriblement prégnante. Un document assez rare qui captivera autant les cinéphiles que les amateurs désireux de vivre l’expérience d’un tournage.

Enfin, l’édition collector rassemblant Blu-Ray et DVD se verra accompagnée d’un très beau livret de 86 pages avec photos, extraits du story-board et anecdotes.

Une très belle édition qui complétera abondamment le film pour ceux désireux de prolonger l’expérience et la vie sur la Calypso quelques heures de plus.

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