Parlons Crowdfunding est de retour pour vous parler de deux projets cinématographiques en recherche de fonds sur Indiegogo et Kickstarter.

Nucleus Films Euro Cult Cinema Restoration Project

Premier projet en demande de fond, celui de Nucleus Films. La société britannique a besoin d’aide pour restaurer deux films italiens : Lady Frankenstein, cette obsédée sexuelle et La mort a pondu un œuf. Vous l’aurez compris à la lecture des titres, il s’agit de bizarreries que les anglo-saxons appellent « Eurocult » ou « Eurotrash », ce qui chez Molière correspondrait à « film d’exploitation culte produit en Europe. »
Nucleus Films utilise la plateforme Indiegogo pour financer son projet, et met à profit l’objectif flexible. En clair les fonds seront collectés même si les objectifs ne sont pas atteints. Quoiqu’il en soit, le premier objectif de 10.000£ a été atteint en quelques jours seulement et la restauration de Lady Frankenstein est donc assurée. Il s’agit à présent d’accéder au deuxième palier (20.000£ donc). Mais pourquoi un tel engouement ?
Au-delà du choix des films, deux introuvables mutations cinématographiques, à l’origine de Nucleus Films il y a Marc Morris (documentariste et archiviste qui a fait des restaurations pour Arrow Video) et Jake West (réalisateur, entre autres de « Doghouse »).

Les deux larrons ont déjà fait parler d’eux en créant bonus et éditions spéciales pour divers éditeurs (les collectors Hellraiser et H. Gordon Lewis d’Arrow : c’est eux). Le duo est donc un gage de qualité, et peu de doute que le travail effectué sera à la hauteur des espérances. Aussi, parce que pour 30£ vous aurez le Blu-ray de Lady Frankenstein, et si l’objectif secondaire est atteint, celui de La mort a pondu un œuf.

The Trial of Mike Diana (le procès de Mike Diana)

Le second projet en recherche de financement est celui de Frank « Basket Case » Henenlotter. Le sale gosse New Yorkais revient avec un projet de documentaire sur le dessinateur Mike Diana, mis en prison dans les années 90 pour « obscénité ». Vous pourrez voir certaines de ses planches (censurée) sur la campagne du projet The Trial of Mike Diana. Rassurez-vous, le documentaire sera exempt de toute censure.

Le résultat promet d’être excitant puisqu’il soulève de nombreuses questions dont celle de la liberté d’expression, de la définition de l’art et du rôle de l’hystérie collective dans le système judiciaire américain. Vu le passif d’Henenlotter, gageons que le réalisateur se fera un plaisir d’être poil à gratter.

Neil Gaiman, sera aussi de la partie : “Because if you don’t stand up for the stuff you don’t like, when they come for the stuff you do like, you’ve already lost.” (NdR: « Parce que si vous ne défendez pas pour les trucs que vous n’aimez pas, quand ils s’en prendrons à ce que vous aimez, vous aurez déjà perdu »).

Cocoricouac ? Quelques pistes de réflexions

A chaque apparition d’un nouveau projet de financement participatif anglo-saxon (plus particulièrement lorsqu’ils rencontrent un franc succès), les réseaux sociaux s’enflamment. « En France à chaque fois qu’on tente quelque chose comme ça, ça ne marche pas. Salauds de pirates. »
Certes. Mais pourquoi ? N’y a-t-il pas mieux à faire que de se taper le cul par terre en se plaignant du piratage ? Car, oui, c’est un fléau, mais 1) la guerre contre le piratage est un échec, et 2) les Français ne sont pas les seuls à pirater. Alors ne donnons pas à ces gensun poids qu’ils n’ont pas : il n’est pas possible de savoir si ledit pirate aurait acheté le film qu’il a téléchargé s’il n’y avait pas eu accès illégalement (rappelons que le revenu des ménages n’est pas élastique et que la généralisation du piratage coïncide aussi avec une baisse du pouvoir d’achat, une crise économique, etc.). Portons donc un instant la réflexion au-delà les téléchargeurs compulsifs.

Pourquoi est-ce que des éditeurs comme Arrow, Scream Factory, et les projets de restauration portés par des entrepreneurs anglo-saxon rencontrent un succès que nous, Français, n’arrivons pas (ou difficilement) à reproduire ? La langue et la culture ne seraient-elles pas des éléments à prendre en compte ?

Lorsqu’un éditeur Français met en place un crowdfunding (ou sort un film) il s’adresse dans la majorité des cas à un public franco-Français – dans le meilleur des cas à un public francophone. Comparativement, le public ciblé est infiniment moins étendu que celui d’un éditeur anglo-saxon. D’où l’intérêt, pour des éditeurs comme Ecstasy of films de proposer des sous-titres ou des doublages dans d’autres langues (notamment l’anglais). Les campagnes de financement et les éditions bilingues permettraient sans doute d’attirer un peu plus de spectateurs.
Autre difficulté, celle-là moins aisément surmontable : le refus de beaucoup de spectateurs français de la VOST aliène une partie de la clientèle pour des sorties sans version française.

Enfin, est-ce que les grands noms généralement attachés aux projets Anglo-Saxons ne joueraient pas un rôle plus important que celui que l’on veut bien leur donner ? Lorsqu’un contributeur donne 30, 40 voire 50€ à un projet qui ne verra peut-être jamais le jour, la présence d’une personnalité qui a une légitimité dans le domaine est rassurante ; le projet de Jean-Kevin du 18, passionné de cinéma, l’est beaucoup moins.

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